Bizutage: l'ivresse du rite d'intégration dans les grandes écoles
Le témoignage d'une ancienne élève de l'école de commerce de Nancy.
- Des étudiants américains au Mexique durant Spring Break. REUTERS/Gerardo Garcia -
Entre 2004 et 2007, j'étais à l'ICN, la business school de Nancy à laquelle est inscrite la jeune fille qui a dit avoir subi un viol lors du week-end d'intégration organisé les 24 et 25 septembre derniers (Mise à jour 15/10: l'expertise médicale et biologique a finalement révélé une absence d'agression sexuelle). J'ai été membre du BDE (Bureau des Élèves), l'association organisant la vie de l'école et notamment les fêtes d'intégration. Depuis ce fait divers dramatique, j'ai lu et entendu pas mal de choses qui m'ont dérangée. Évidemment, les propos que vous allez lire n'engagent que moi, je ne m'assimile en aucun cas à la communauté des «anciens d'école» et je n'ai aucun compte à régler avec ladite communauté.
Populismes
En ce qui concerne le viol en lui-même, il convient, selon moi, de l'isoler du contexte. Nous avons tous à l'esprit une sorte d'échelle du bien et du mal. Boire de l’alcool en quantité: pas très bien, mais pas trop grave. Frapper quelqu'un: pas bien et un peu grave. Tuer quelqu'un: impardonnable. Viol: de même. Les individus qui franchissent les barrières de l'acceptable ont un déséquilibre psychologique qui leur fait oublier la logique. Prendre une jeune femme de force, ça n'est pas un acte dû à l'alcoolisation de l'un ou de l'autre. C'est un acte dû au déséquilibre de celui qui commet cet acte. C'est important de le souligner, parce qu'on essaie de faire croire en ce moment que l'alcoolisation forcenée des jeunes de l'ICN pendant ce week-end est responsable de l'expérience hautement traumatisante qu'a subi la jeune fille. C'est totalement faux.
Qu'il vienne de l'école ou qu'il soit rentré dans la fête depuis l'extérieur, cela ne change rien. Le violeur aurait pu profiter d'un autre moment de faiblesse que l'ivresse. C'est pourquoi je trouve les discours de Pécresse et de Royal particulièrement honteux. Laisser croire qu’intégration implique viol, que les écoles sont complices et responsables de ce drame, qu'il faut interdire les week-ends d'intégration: c'est une récupération politique, pour caresser dans le sens du poil les esprits apeurés et chagrins. Ça n'est pas moins populiste que Sarkozy quand il dit les yeux dans la caméra «je ne laisserai plus faire cela», et fait suivre un fait divers d’une loi, à propos des récidivistes, des braqueurs de flics, des preneurs d'otages... C'est une vision volontairement biaisée de la réalité.
Pour éviter de tomber dans une forme de caricature et éviter l'angélisme, on ne peut pas nier qu'il y ait une pression psychologique pour inciter les jeunes à boire, je dirais même à s'enivrer. En rentrant en école, on nous fait vite sentir que boire = cool. Donc refuser de boire = pas cool. On ne force personne physiquement, certes, –encore que faire passer des nouveaux entre les jambes des anciens pour les faire boire, c'est un peu contraignant physiquement...
Mais comme l’a dit Jérôme Caby, directeur actuel de l’ICN, à la suite de ces évènements:
«Le problème de la consommation d'alcool chez les jeunes dépasse le cadre des écoles de commerce.»
Il existe un communautarisme dans les «grandes écoles». Un corporatisme, une solidarité qui n’est construite à partir de rien: les écoles sont peu ou prou les mêmes, les élèves sont un brassage des mêmes classes préparatoires (sauf peut-être celles en têtes et queues des classements). Ce communautarisme artificiel existe pour sa finalité: pour qu'une fois dans le monde de l'entreprise privée, ces gens s'entraident. Se passent les CV, s'accordent des prêts, s'embauchent. D'où la nécessité de trouver des critères de rapprochement et des rites de passage.
Rites d'acceptation
Il y a la définition d'une identité universitaire (l'ICN est jumelée avec les Beaux Arts de Nancy et l'école des Mines, d'où une image créative et ouverte), les chants, les tournois sportifs, où les ICN sont réputés (en tout cas à mon époque) d'être nuls mais rigolos! Pourquoi pas, après tout je suis plutôt d'accord avec Albert Jacquard qui maintient que nous pouvons nous passer de la compétition entre êtres humains.
L'alcoolisation de masse est un autre rite d’acceptation, et effectivement, puisque le mot fait débat, c’est une forme de bizutage. L'organisation d'évènements pour s’enivrer pour pas cher et dans de bonnes conditions demande beaucoup d'énergie aux groupes d'élèves volontaires! Ces fêtes orgiaques veulent dire elles aussi: accepte nos lois, tu seras des nôtres. Refuse, et tu ne pourras pas profiter des avantages d'appartenir à notre communauté. Ce qui n'est pas complètement vrai, bien sûr. Mais ce qui est implicite a bien plus de force que ce qui est clairement énoncé.
J'ai pour ma part refusé certaines étapes de l'intégration et même si on m'a verbalement fait sentir que c'était «pas cool», j'ai été bien intégrée. J'ai eu des amis, un diplôme, un réseau et même un emploi proposé par un ancien d'école de commerce. Cette forme de bizutage ne correspond donc pas tout à fait à la définition de la loi de 1998:
«Amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants lors de manifestations, ou de réunions liées aux milieux scolaires et socio-éducatifs.» (article 225-16-1 du code pénal)
Pourtant, à l'époque où j'étais au BDE, j'ai vu des gens sous contre-indication médicale de consommation d'alcool qui acceptaient les invectives des «anciens» et buvaient malgré tout... J'étais atterrée de me rendre compte que nous risquions des poursuites en responsabilité civile s'il arrivait un problème à cause d'individus qui ne savent pas dire non et d'autres qui veulent imposer leurs habitudes sous couvert du «c'est pour rire». J'étais aussi très contente d'être côté organisation pour dire avec un gentil sourire «allez, viens à côté, t'es pas obligé tu sais» et soustraire certaines brebis au groupe. Certains vivent là leurs premières ivresses, premières gueules de bois, premières audaces sexuelles, premiers trous noirs, etc.
L'administration et les professeurs de l'école ne sont pas très à l'aise avec cela. Pour la plupart, ils sont passés par là, et en sont complices avec un clin d'œil digne du tonton qui donne un préservatif à son neveu avant une fête. Mais de ce que j'ai pu voir, ils sont souvent dépassés. Eux qui cherchent à donner une image d'excellence à l'école pour la faire monter dans les classements (puisque les écoles de commerce, établissements privés bien sûr, sont soumises à des classements comme les entreprises du CAC 40) se désolent quand certains membres de leur éminente communauté saccagent un hôtel lors d'un tournoi sportif, par exemple...
Ils grondent, menacent, parfois punissent, mais surtout parce que des témoins attendent d'eux qu'ils le fassent.
Catharsis
Difficile de juger à l'aune des rares années qu'on y passe, mais depuis quelques temps, il semblerait qu'il y ait eu un resserrement de vis à l'ICN. Restrictions, redoublements, discours volontaristes. Si rien ne mentionne pour l’instant l’évènement sur le site de l’ICN, un mail a été envoyé à tous les élèves de l’école, anciens et actuels, qui précise les conditions d’organisation (plutôt carrées) du week-end d’intégration. Chacun connaît ses droits avant de partir, signe une charte, et l’école s’implique dans l’organisation. Mais l'alcoolisation de groupe reste inhérente aux grandes écoles de commerce, quoi qu'on dise.
Moi qui aimais plutôt bien faire la fête, j'avais été un peu révoltée de voir que là-bas la fête était obligatoire. Mais j'y ai participé à nouveau de bon cœur, dans la mesure où l'alcool a une fonction importante là aussi. Pour des gens d'une génération désabusée, s'alcooliser relève du carnaval romain. On devient tous fous et sauvages pendant une soirée, on oublie les responsabilités inquiétantes qui nous attendent, on laisse tomber la dignité qu'on exige de nous. Le lendemain, on se rappelle les folies qu'on a faites en souriant un peu honteusement, et puisqu'on les a vécues ensemble, le lien est créé. C'est une catharsis rédemptrice, qui aide certainement les cadres à ne pas «péter un plomb» plus tard.
Pour moi, ceux qui bizutent sont aussi victimes que ceux qui sont bizutés, déjà simplement parce qu'ils sont passés par là. Et que s'ils reproduisent ce qu'ils ont vécu sans plus y réfléchir, eux aussi sont instrumentalisés par ce système, sans que cela ne soit coupable ni grave. Mais il ne faut pas sous-estimer le pouvoir du libre arbitre. On est coupable d'accepter une soumission, presque autant qu'on l'est de l'imposer. Et même si je n'en menais pas large quand j'ai refusé certaines choses qui m'embarrassaient ou m'ennuyaient (peur d'être pointée du doigt!), j'ai immédiatement pu remarquer que cela n'allait aucunement me pénaliser. Au contraire, c'est lors d'une discussion avec le président de l'ancien BDE à propos de certaines pratiques que je trouvais douteuses, que j'ai été «repérée» pour le BDE suivant.
Classiquement, on voit pas mal de «polars» (ceux qui ne sont pas dans les «cools» et populaires, mais plutôt dans le club de finance et qui, quelle honte, suivent assidument les cours pour réussir leurs études) être assez agressifs au bizutage, parce qu'eux-mêmes ne l'ont pas très bien vécu. C'est dire si les gens se trompent sur l'intérêt d'accepter de se plier à des règles qui ne nous conviennent pas...
J'ai lu aussi que les membres de l'encadrement n'étaient que 5 ce soir-là. J'en doute, les membres du BDE sont plutôt une vingtaine, accompagnés de plusieurs vigiles, par des organisateurs du tour operateur, et la Croix Rouge n’est jamais loin. Et quand bien même: les 500 élèves ne sont pas des enfants qu'on a forcés à boire à l'entonnoir. Ils sont responsables d'eux-mêmes.
C'est ainsi que les groupes fonctionnent. On peut passer le rite puis s'en affranchir ensuite.
Donc effectivement il y a une pression psychologique dans les écoles de commerce, dont celle de Nancy, pour s'enivrer avec les autres. Tout comme il peut y avoir une pression dans l'adolescence pour tester les pétards, une pression toute la vie durant pour suivre la voie qu'auraient souhaité nos parents, une pression pour ressembler physiquement à des canons de beauté impossibles à atteindre... Mais les gens ont leur libre arbitre et le devoir de le cultiver.
Annaïg Plassard
Mis à jour le 15/10/2010 à 12h01













































Et comment éviter ses soirées lorsque l'on ne veut pas y participer ? Car ces personnes seront considérés comme des parias. En gros, il fat accepter les brimades et les humiliations et les viols pour montrer que l'on veut s'integrer. J'espere que les auteurs de ce viol vont être arrêtés et condamnés sévèrement et vont en prendre pour 10 ans afin qu'ils fassent un exemple, pour que tout le monde comprennent que le bizutage est interdit sanctionnable.
Quant aux psudos journées d'intégration, ce serait bien qu'il y ait un peu plus d'encadrement afin de protéger certains jeunes pour ceux qui veulent y parcitiper.
Car vous construisez ce texte en avançant par thèses et antithèses qui finissent très vite par s'annuler au profit d'une vision générale sans contexte et sans réflexion politique ou historique. On se retrouve donc avec des termes valises - "rite", "identité" - énoncés comme s'il s'agissait d'évidences là où précisément il s'agissait de s'interroger sur leur bien-fondé. En gros, on sent que c'est la faute à la fatalité, mieux encore, au "système": "Pour moi, ceux qui bizutent sont aussi victimes que ceux qui sont bizutés, déjà simplement parce qu'ils sont passés par là. Et que s'ils reproduisent ce qu'ils ont vécu sans plus y réfléchir, eux aussi sont instrumentalisés par ce système, sans que cela ne soit coupable ni grave. Mais il ne faut pas sous-estimer le pouvoir du libre arbitre."
Bref. On aurait juste aimé savoir en quoi ces soi-disant rituels, dont certains ne relèvent même d'aucune tradition, sont nécessaires. Et pourquoi dans certaines grandes écoles, celui qui résiste peut se retrouver éliminé des fichiers d'anciens élèves et, partant, des réseaux professionnels. Les bizutages sont-ils légitimes? Formateurs en quoi que ce soit? N'y a-t-il pas moyen de changer les choses plutôt que de les accepter parce que, au fond, "ce n'est pas si terrible que cela"? Et pourquoi, quand on parle d'"intégration", entend-on surtout "exclusion"?
Etant moi meme passe par une ecole d'ingenieur (et par les classes preparatoires scitifiques avant), je rejoins la pensee de Annaïg Plassard: ne nous trompons pas de coupable.
Cela me fait vraiment penser a la polemique sur les aperos Facebook quand une personne est morte en tombant d'un pont car elle avait trop bu. Le "probleme" dans ce cas la etait l'alcool, pas le fait que cette personne avait ete boire suite une invitation sur Facebook.
Dans le cas de ce bizutage, il faut avoir la meme circonspection. Tout d'abord, le terme bizutage garde une connotation tres negative. Durant ma/mes journees d'integration, tout s'etait tres bien deroule, avec un bonne ambiance, des jeux(effectivement souvent alcoolise, mais sans forcer ceux qui ne le voulaient pas), des nouveaux et des anciens qui faisaient connaissance. Oui, le principe de base est de faire la fete de facon totalement debridee. Oui, il y a beaucoup d'alcool. Mais cela n'est pas LE responsable de ce probleme de viol.
Il est trop facile de chercher un coupable rapide pour montrer que l'on agit, que cela ne se reproduira plus. ce n'est pas vrai. Et utiliser les integrations comme bouc emissaires servirait juste a detruire un des moyens de creer les premiers liens dans les ecoles de commerce/ingenieur.
Les cas possibles de bizutage réellement dégradant ou durant lesquels les participants sont forcés sont différents, et doivent être arrêtés/encadres. mais cela n'a rien a voir avec des fetes/journee d'integration, qui sont juste de grandes fetes ou tout le monde fait connaissance et se lache.
Avant de monter tout un article sur un viol présumé comme s'il était avéré au mépris de toute justice élémentaire, merci de vous renseigner. En l'occurrence, comme le soupçonnait déjà très fortement les enquêteurs, il semblerait plutôt que les jeunes gens en question aient simplement bien trop bu.
Autant il est rétrograde et moyenâgeux de systématiquement mettre en doute la parole des femmes qui disent avoir été violées, autant il est ridicule et même dangereux de prendre systématiquement leur parti sans rien connaître de l'affaire.
Tant mieux si finalement rien n'a eu lieu (ça rend encore plus ridicules les gens qui ont voulu faire croire que le viol faisait partie de l'intégration), mais ça ne rend pas cet article superflu. Vous savez bien que la polémique déclenchée restera bien plus dans les mémoires que les faits réels.
Le motif de cet article était de séparer causalement viol et bizutage. A titre personnel, je m’interroge bien évidemment sur les raisons de l’alcoolisation des étudiants de grandes écoles. Peut-être que ce sujet fera l’objet d’un autre article. Je tiens déjà à préciser que l’alcoolisation de groupes de jeunes existe dans de nombreux autres cercles, ça n’est pas propre aux écoles d’ingénieur ou de commerce. Mais la particularité dans ces dernières, c’est qu’elle y est organisée.
D’un point de vue plus global, je rejoins assez la vision de Snorri : les rites d’intégration sont là pour tester la capacité des individus à devenir de bons petits soldats. Ce qu’ils sont en école de commerce : rares sont les étudiants qui questionnent le monde qui les environne. Mais si on ne participe pas à l’intégration, on n’est pas pour autant exclu ! Il y a d’autres modes d’intégration dans un groupe d’étudiants que les fêtes de début d’année, il ne faut pas caricaturer !
Je reviens aussi sur une phrase de Snorri en particulier, sur l’interprétation de ce que j’ai écrit « [selon vous] Bourreaux et victimes sont tous victimes d'un système plus global, qui avec l'alcool, sont les véritables coupables. Bref, à ce titre, légitimons le déni et la protection, dont vont probablement bénéficier ces jeunes violeurs. »
Je peux vous laisser dire que j’ai écrit pour protéger mon école, si c’est ce que vous avez cru lire (pourtant dieu sait que j’ai toujours été embarrassée par les corporatismes en général, et que je n’en ai rien à f… de mon école, ce sont les gens qui m’intéressent). Mais ne faites pas croire que je légitime quoi que ce soit ou que je suis dans le déni, au contraire, j’ai voulu clarifier et expliciter certains points. Par ailleurs vous faites aussi le raccourci que je cherche à éviter… « Ces jeunes violeurs » ?? D’où vous sortez qu’ils étaient plusieurs ? Vous déduisez implicitement qu’il s’agissait d’élèves et que c’était une étape de bizutage ?
Comment peut-on dire qu’un système ou l’alcool sont responsables ? Ce n’est pas prendre un problème par le bon bout de faire porter une faute sur des phénomènes abstraits ! La responsabilité incombe aux individus : de réfléchir, de définir leur limite de tolérance, de dire non. J’ai dit qu’ils sont victimes aussi, parce que pour moi quand on suit le cours de sa vie sans réfléchir au bien fondé de ce que l’on vit (comme le font beaucoup d’étudiants que j’ai croisés), je pense qu’on est victime. J’aurais plutôt dû dire « passif », peut-être.
Je parle bien évidemment ici de l’alcoolisation et de la souscription tacite à un système pourtant en échec. Le débat sur le viol est différent, et là bien sûr il y a victime et bourreau. Ne mélangeons pas tout.
Article interessant et qui, je pense, est assez proche de la realite de ces week-end d'integration. Je partage en effet cette vision-la de ces soirees et week-ends, et je tiens a preciser qu'heureusement que c'est une femme qui a ecrit ce texte, je pense que si ca avait ete un homme, on aurait en plus pu avoir droit au couplet sur les jeunes males pleins d'hormones avines, et compagnie....
Je ne sais pas exactement comment c'était il y a vingt ou cinquante ans. Apparemment, il y avait une part d'humiliation/domination qui faisait partie intégrante du programme officiel du bizutage. Ce n'est absolument plus le cas, du moins dans l'école d'ingénieurs que j'ai fréquenté. Le but de l'intégration y était d'être un évènement de bienvenue festif et convivial, pour forger une communauté, des amitiés. Vraiment. Ça fait mièvre mais ce rôle est important puisque l'esprit de communauté, le fait que les élèves se connaissent tous entre eux, est une des choses qui différencie vraiment les grandes écoles de la fac (sans juger si ce communautarisme forcé est bien ou non). Le programme ressemblait un peu à celui d'un club Med en beaucoup plus trash : jeux à la con - alcoolisés pour la plupart mais les organisateurs insistent toujours pour dire que ce n'est pas obligatoire - bouffe, plage, grosse fête (bien alcoolisée aussi) et déguisements.
Que des fêtes orgiaques soient moralement douteuses, on est d'accord. Il y a un gros problème : ceux qui, consciemment ou pas, s'imposent de boire plus que de raison, de sortir avec n'importe qui, pour "faire partie de la communauté". D'ailleurs, c'est une mauvaise idée : ils seront relégués dans un clan des "hypers-fêtards", visibles mais au fond mal vus de la plupart. Il y a un autre problème, celui de comportements individuels d'élèves de deuxième année qui profitent de la naïveté d'élèves de première année pour effectivement les bizuter : que voulez-vous, il y a des cons partout, mais ces comportements, quand ils se font connaître, sont fortements critiqués (là aussi, ça se retourne contre leurs auteurs, qui se font marginaliser dans l'école).
Il y a quand même une remarque à faire par rapport à tout ça. J'ai remarqué que ces dernières années, la possibilité de faire la fête, de se bourrer la gueule, a été fortement limitée par les administrations des écoles et les autorités. Au début de ma scolarité il y avait des apéros réguliers dans les locaux de l'école en fin de journée (desquels on sortait passablement éméchés), il y avait des soirées open-bar, etc, ce n'est plus le cas. Or bizarrement, plus les limitations s'additionnent, plus les incidents (comas éthyliques, casse...) se multiplient lors des soirées. Chacun de ces incidents est l'occasion pour la direction de resserrer l'écrou, d'enlever une dose de liberté. Cette année ils ont enfin fait respecter l'interdiction de servir des alcools forts dans les soirées de l'école (et fait acheter au passage une licence II) : que voulez-vous, des gens ont discrètement ammené leurs propres bouteilles et on a dû appeler les pompiers pour des comas éthyliques.
On dirait qu'il y a un besoin de faire la fête, dans la jeunesse actuelle, réprimé mais qui s'exprime violemment quand il a la possibilité de le faire. Or les plus jeunes connaissent moins leurs limites que nous ne les connaissions, ils n'arrivent pas au difficile art de complètement se lâcher tout en gardant quelque part le contrôle pour ne pas faire de vraies conneries. C'est un peu étrange : avant, les soirées n'étaient soumises à aucun contrôle, était extrêmement alcoolisées, mais il n'y avait jamais de problème sérieux, et les soirées avaient un esprit "bon enfant" que je retrouve moins actuellement. Avez-vous remarqué cela dans vos écoles ?
Personnellement, j'ai participé à quatre week-ends d'intégration de mon école d'ingénieur en informatique. Effectivement, il y avait de l'alcool et j'ai fini certaines soirées dans un état désastreux (mais je l'ai fait de mon propre chef) et d'autres dans un état tout à fait correct (je n'aurais certainement pas pu prendre le volant, mais j'étais encore clair et je n'ai pas été malade le lendemain). Mais j'ai toujours vu une quinzaine de personnes sobres qui étaient là pour gérer les autres et les empêcher de faire des conneries, ce qui a toujours été largement suffisant, vu que la grande majorité des gens présents boivent trop, mais pas suffisamment pour ne plus être conscients de leurs actes.
Et surtout, je n'ai pas vu ce qu'on pourrait appeler réellement de la pression psychologique. Les seuls exemples qui me viennent à l'esprit sont qu'on demande à quelqu'un de montrer ses fesses ou qu'on le mette au défi de boire un pichet de vin cul sec (avec l'impératif conseil "tu joues pas au héros, dès que t'as fini, tu vas vomir tout ça, on veut pas un coma éthylique dans une heure") et la seule rétribution infligée aux réfractaires consiste en quelques secondes de "il a pas d'organes", les anciens ayant bien d'autres choses à foutre que de noter les noms de ceux qui n'ont pas envie de se prêter à ce genre d'idioties. Car, oui, mêmes les anciens ne prennent pas ces choses-là au sérieux.
C'est à moi d'être surpris par votre candeur, ou votre conformisme. Que vous vous soyez mis d'équerre parce que vous avez voulu faire comme vos copains, ça vous regarde. Que vous ayez aimé ça, idem : vous avez les plaisirs que vous voulez, aussi bêtes soient-ils.
Mais que ces libations ridicules et, parfois encore, les bizutages plus sérieux (eh oui, ils existent toujours et sont rarement innocents) soient considérés par des jeunes gens éduqués comme la voie normale, voire réglementaire, vers la vie professionnelle laisse songeur. Car qui a dit que l'on s'intégrait mieux après s'être ridiculisés devant les autres? Après avoir montré son sexe (pour les hommes) ou ses seins (les femmes) dans une soirée d'internes, ou avoir coiffé la grotesque faluche de la corpo de droit sous les cris débiles de jeunes gens avinés en mocassins à glands?... Les deux derniers exemples sont du vécu direct, parmi d'autres séances particulièrement démoralisantes, dans la fac que je fréquentais ou en accompagnant des amis ici et là. Je précise aussi que j'ai fait mon service militaire. C'était il n'y a pas si longtemps et bien que le niveau culturel dans mon régiment n'ait pas été le même que celui des milieux que j'ai traversés comme étudiant, je n'y ai assisté à rien d'aussi glauque que ces "traditions étudiantes" qui semblent si prisées ici : des exemples de connerie et des violences assez basiques, oui, mais jamais ces comportements grégaires et plutôt obligatoires auxquels j'ai comme vous assisté. Car quoi que vous en pensiez, et peut-être précisément parce que vous semblez si innocents, il y a une certaine violence dans tous ces actes. Mais le vous le comprenez ou pas, après tout : c'est votre libre arbitre, puisque le terme semble vous plaire.
Enfin un article qui rétablie un tant soi peu la vérité sur ce qu'est l'intégration, c'est bien dommage qu'il soit peu visible.
Pourquoi des choses telles que le bizutage, l'intégration sont mise en place.
Une année d'étude c'est assez court quand on y pense. Le premier mois vous êtes empétrés dans l'arrivée, la découverte de la solitude ou de l'autonomie. Pour beaucoup, vous vous emmerdez ferme tout seul dans votre studio vide. Il y a dailleur de nombreux problèmes de dépression, d'abandon, voir de suicide parce que tout bêtement certains jeunes n'arrivent pas à faire face tout seul et à survivre sans présence humaine à leur coté.
On a aussi un cap qui se franchit avec la fac, c'est bon, tout le monde est majeur ou assimilé majeur, contrairement au lycée ou même si vous avez 18 ans on vous traite comme un enfant.
Vous pouvez regarder toutes les théorie pour faire vite un groupe, il n'y a pas énormément de méthodes super efficace pour faire des amis soudés : - Leur faire un ennemi commun, les faire passer une épreuve ensemble. - Les forcer a baisser leurs barrières et a s'ouvrir aux autres. - Les faire gagner quelque chose ensemble.
Ces 3 méthodes permettent de créer des groupes de copains, voir d'amis en mois de 2 jours. Vous leurs apprenez l'entraide et le travail de groupe en moins de 24 heures comme aucun prof n'avait réussit a leur faire comprendre auparavant.
Je dirais qu'une bonne journée d'intégration c'est un peu de ces 3 points, avec un poil moins du premier. Si vous n'appuyez que sur l'un ou l'autre de ses points, vous arrivez a un résultat nul loin du résultat escompté.
Exemple, vous faites des tournois sportifs sagement... vous atteignez le point 3 facilement, mais les autres pas du tout. Ils gagnent, retourne chez eux et voila... un peu comme dans une soirée d'entreprise. Autre exemple, vous brutalisez les première années, ils vont devenir solidaire, mais vous allez avoir de la casse, et souvent des débordements et des gens qui auront passer un mauvais moment, voir un horrible moment traumatisant.
A coté de cela, si vous vous débrouillez pour faire des jeux d'équipe ou tout le monde gagne, que vous encouragez les nouveau à se lâcher en leur accordant plus de points, voir même à faire des choses super dégueulasse, ils en garderont une certaine fierté d'avoir réussi l'épreuve, un souvenir inaliénable et surtout, sans s'en rendre compte, ils sont devenus proche comme jamais avec personne avec des gens qu'ils connaissent à peine.
Je me souviens que nous avions un jeu ou l'on lançait des petits-suisse sur une cible(avec bien évidement une personne au centre qui devait se prendre le fromage dans la tête pour marquer le plus de points. Ou un jeu qui consistait a faire des passes avec des oeufs le plus loin possible pour qu'a un moment, bien évidement l'oeuf ne supporte pas l'arrivée et éclate dans la main. Sensation désagréable, mais bon... Ou encore ces mixtures ou l'on ne doit surtout pas savoir ce qu'il y a dedans... mais que l'on doit boire pour aller vomir un peu plus loin...(tient, celle la on me la fait pour ma soirée des 27 ans...) Dit comme cela, c'est dégueulasse. Mais quand il y a l'émulation du groupe, c'est aussi une façon de se dépasser et d'apprendre à faire confiance à son équipe.
N'imaginez pas non plus que ca soit à sens unique, une bonne bataille de farine et d'eau avec les seconde années ne fait pas de mal et met tout le monde à égalité.
Alors, de temps en temps, il y a des abus, entre autre parce que livrés à eux même les jeunes ne se rendent pas compte parfois que tous les ans ils durcissent un peu les épreuves. C'est presque pareil que l'année dernière... C'est la que le soutien de l'équipe pédagogique est nécessaire et souhaitable. Elle sert d'historique et permet ainsi de canaliser les "nouvelles" idées.
Le fait aussi de bien prévenir les secondes comme les premières années que nul obligations ne sera acceptées et que toutes personne subissant contre son grès des actes sera soutenu par l'établissement, tandis que ses bourreaux seront envoyés chez les flics. dis calmement ca permet aussi de poser des limites.
Et bien sur, faire en sorte que personne n'imagine que ce genre de journée peut servir d'excuse a des comportements considéré comme des crimes(viol, bataille, etc...)
Bref, les soirée d'intégration ou leur ancêtre le bizutage avaient quelque chose de bon quand ils avaient cet objectif. Mais dans certaines classes voir même dans certaines filières les limites ont été franchies allégrement et l'on a oublié le but principal, faire en sorte que les nouveaux étudiants soient accueilli dignement dans leur vie d'adulte. A cause de ces comportement criminels, on supprime toutes ces soirées et ses journées d'intégrations ou on les remplace par des erzatz aseptisée qui n'apporte plus rien du tout.(genre on se ballade tous en sac poubelle dans la ville pour que les passant se foutent de notre gueule... vachement drole..)
Ah oui, un autre avantage, lors de leur première vraie cuite, les jeunes sont vulnérables. Déjà aux problèmes de l'alcool, mais également aux prédateurs(genre une fille qui se réveille en se rendant compte qu'elle a couché avec 3 ou 4 gars dans la nuit pendant son trou noir..) Ces problèmes peuvent arriver n'importe ou dans la vie de tous les jours. L'alcool n'est pas une substance difficile à trouver. la différence, c'est qu'aucun organisateur ne sera pas un minimum vigilant quand il sait qu'il a sous sa responsabilité pénale 300 personnes alcoolisées. Dans mon cas, nous avions une équipe sobre pour rester alerte et les secouristes étaient identifiés par avance au cas ou... Je n'en dirait pas tant des soirées chez les un ou les autres ou l'on boit tellement que certain rentre en voiture avec plus d'une bouteille d'alcool dans l'estomac...
J'espère que les politiques ne couperont pas ces traditions, au risque d'arriver à une vie étudiante comme la vie lycéenne ou l'on ne teste plus ses libertés, ou l'on est la que pour travailler et non pas pour apprendre cette vie d'adulte si différente.
Ah oui, dernière anecdote, mon après midi "summer camp"dans ma société actuelle... On s'est retrouvée dans un endroit éloigné de la ville, emmené et ramené en car, des poubelles remplie de glaçon de bière et de vin... et des activités débiles avec drapeaux, tir a la corde, bataille d'eau, concours de buveur de bière, etc.... Et on a entre 25 et 45 ans... tout ca payé par la société d'un bout a l'autre... comme nos apéros mensuels ou l'on sort dans l'état que l'on veut, l'alcool étant suffisant pour que l'on finisse tous dans les toilettes si l'on veut... Bizarrement, cette société attire du monde et c'est une des manière de resserrer les liens d'une équipe...
A 80%, je suis d'accord avec toi. Les réactions provoquées par cet évènement sont si démago qu'elles en deviennent risibles. Mode de pensée manichéen : travailler c'est bien, bizuter, c'est mal. Comme toi, je pense que chacun est responsable de ses actes et qu'être bizuté n'est pas une obligation.
Ceci dit, pour les 20% de désaccord qu'il nous reste, tu termines justement sur la pression psychologique et le besoin de s'en affranchir. De mon côté, j'ai pris beaucoup de plaisir à accepter ce bizutage et je parle aujourd'hui avec nostalgie des mes années ICN. Mais j'ai aussi souvenir, dans ma promotion, de filles l'ayant refusé. Comme tu le préconises, elles se sont affranchies de cette pression sociale. Pendant les 3 années de leur scolarité, elles ont été persécutées. A chaque soirée, chaque séminaire, quasiment chaque jour, elles ont été raillées par une bande de débiles pensant être les modèles d'intégration suprême. Dans ce cas, peut-on réellement dire que l'on est libre de refuser le bizutage ?
Je pense que le fait que tu fasses partie de la "jet set" du BDE t'a permis d'échapper aux railleries. Tu aurais sans doute un autre discours si pendant toute ta scolarité, des blaireaux avaient décidé de te pourrir l'existence.
J'en viens à ma conclusion : la solution n'est certainement pas d'interdire ces bizutages, mais d'en prévenir les dérives. Qui est le mieux placé pour cela ? Les autorités ? Certainement pas. Les BDE, au lieu de valoriser les crétins devraient faire un peu plus d'efforts dans la prévention.
J'ai fait le même cursus que toi, khagne, master de philo, Escem tours. Il y a d'autres moyens pour s'intégrer que de boire.
Ton propos sur le viol me parait absurde. Naturellement que l'alcool est responsable de viols.
Lorsque j'étais en khagne, personne ne buvait et pourtant nous étions tous très proches. Nous découvrions un savoir dont on présentait que l'on aurait à l'endurer encore pendant longtemps avant de l'avoir assimilé. Tous nous partagions qqchose en commun.
Le problème des écoles de commerce est que le contenu des cours qu'y sont dispensés sont très superficiels. Aucune communauté savante n'y est possible.
Tu parles de l'alcool pour oublier les responsabilités à venir des élèves: je trouve cela très naif de ta part.
Le fait est que le bizutage est là pour les études qui ne font pas sens en elle-mêmes:
Première année de médecine: bourrage de crane=alcool
Pour Math sup Math spé et école d'ingé, je citerais Husserl: "dans la détresse de notre vie, la science n'a rien à nous dire"= alcool.
Ces études ne prennent sens qu'une fois que l'on travaille. Cela est regrettable, je pense. Vivre sa jeunesse dans une sorte de frustration et dont l'alcool est pour moi le symptôme.
Bien à toi
Louis