Monde

Silvio Berlusconi, sans adversaire, ne craint que la crise

Hugues Portelli, mis à jour le 28.03.2009 à 16 h 10

Sondages toujours bon pour le Président du conseil italien qui fusionne la droite.

Avec une casquette de conducteur de train, en mars 2009, à Rome. REUTERS/Alessandro Garofalo

Avec une casquette de conducteur de train, en mars 2009, à Rome. REUTERS/Alessandro Garofalo

Après avoir atteint des sommets en octobre avec 62% d'opinions favorables, la popularité de Silvio Berlusconi subit une érosion continue mais qui reste modérée : avec 52% d'opinions favorables en mars, il retrouve son niveau de mai 2008, au moment de sa victoire aux élections législatives. Des sondages «très bons», de l'avis même du leader italien, particulièrement «accro» aux enquêtes d'opinion. Même s'il perd 10 points, Silvio Berlusconi reste nettement plus populaire que son gouvernement (44% d'opinions favorables contre 52% d'opinions défavorables dans la même enquête de mars 2009 d'IPR marketing). Ce socle de popularité rejaillit sur son parti (le Peuple de la liberté, PDL) dont la popularité (48%) laisse les autres formations à distance respectable. A titre de comparaison, le nouveau secrétaire général du principal parti d'opposition, le Parti démocrate, Dario Franceschini, n'obtient que 29% de consensus. Et si l'on compare la situation du leader italien à celle de ses collègues européens, elle reste encore particulièrement enviable.

Comment expliquer cette popularité persistante, malgré l'inévitable érosion?

D'abord par l'impopularité de ses adversaires, à commencer par le Parti démocrate, issu de la fusion des ex-communistes du PDS et des ex-démocrates-chrétiens de la Marguerite. L'échec de Walter Veltroni aux législatives de mai 2008, son incapacité à choisir une ligne entre l'opposition frontale et la recherche du compromis, la défaite des démocrates aux élections régionales des Abruzzes et de Sardaigne sur fond d'accusation de corruption en Campanie et dans les mêmes Abruzzes, avec, pour finir la démission de Walter Veltroni ont ruiné les chances d'alternative à court terme. Le seul opposant qui tire son épingle du jeu est l'ancien magistrat Antonio Di Pietro, mais ses attaques à l'emporte pièce, y compris contre les démocrates accusés de mollesse, lui valent une popularité stérile. Face au désert politique, Silvio Berlusconi n'a pas à consacrer beaucoup d'effort pour contrer ses adversaires.

Ensuite par le matraquage systématique d'une image de leader optimiste et bon enfant, parsemant ses interventions de blagues de mauvais goût et rassemblant la majorité du pays. Si Silvio Berlusconi est populaire, c'est d'abord parce qu'il le dit lui-même. Si les sondages le relèvent, c'est déjà parce que les instituts de sondage dont le «cavaliere» est propriétaire le proclament quotidiennement tout comme ses chaînes de télévision, sa presse écrite ou son parti. Orchestrant quotidiennement et méticuleusement son culte médiatique, Silvio Berlusconi est parvenu depuis 2008 à l'apogée du contrôle social soft de la société italienne à travers le vaste réseau dont il est le propriétaire économique ou le maître politique.

Enfin et surtout par la stratégie de campagne permanente conduite par Silvio Berlusconi. Au lendemain de sa victoire aux législatives de mai 2008, le président du conseil a conduit personnellement les campagnes électorales des Abruzzes en décembre et de Sardaigne en février, soutenant des candidats qui n'étaient que des comparses et transformant ces élections en référendum pour ou contre Berlusconi. Mettant ces régions en coupe réglée médiatique, mobilisant des moyens considérables (à commencer par ceux de l'Etat), n'hésitant pas à dénigrer systématiquement ses adversaires en les tournant en ridicule ou en lançant sur eux des accusations frisant la diffamation, il l'a emporté sans coup férir.

Parallèlement, la fusion ce week-end des deux partis de droite, Forza Italia dont Silvio Berlusconi est le chef et fondateur et Alleanza Nazionale de GianFranco Fini, dans une formation unique à vocation majoritaire, le Peuple de la Liberté, a créé une dynamique qui contraste avec la division de l'opposition et donne à Silvio Berlusconi l'image d'un Premier ministre à l'anglaise.

D'où vient le danger, si l'opposition n'apparaît pas comme une alternative, même potentielle?

D'abord, comme partout ailleurs, de la crise économique. Critiqué jusque dans les rangs du patronat pour son inaction, Silvio Berlusconi risque de voir progressivement son score personnel rejoindre celui de son gouvernement au fur et à mesure que la situation se dégradera. Ce sont les indications données par les sondages de février et mars.

Ensuite de la campagne électorale des européennes de juin. En effaçant le souvenir de la campagne très personnelle des législatives et des régionales qui ont suivi, en imposant une compétition à la proportionnelle entre les partis (et non entre les leaders), les européennes peuvent redimensionner le Parti des Libertés et, indirectement, son leader.

La stratégie de la campagne électorale permanente a ses limites dès lors qu'elle se heurte à l'exercice ingrat du pouvoir et à la difficulté de faire de toutes les élections un plébiscite. D'autres avant lui l'ont appris à leurs dépens.

Hugues Portelli

Image de une: Avec une casquette de conducteur de train, en mars 2009, à Rome. REUTERS/Alessandro Garofalo

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