France

Un remaniement pour rien

Thomas Legrand, mis à jour le 14.11.2010 à 10 h 40

Le seul changement serait que Nicolas Sarkozy préside autrement.

LiFe Is Like Game Of Chess Changing With Every Move!! / Fu Fe To via Flickr

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Le président Nicolas Sarkozy a «accepté la démission du gouvernement et a ainsi mis fin aux fonctions de François Fillon» a annoncé l'Elysée samedi 13 novembre en début de soirée dans un communiqué. Quelques heures plus tard, François Fillon était reconduit comme Premier ministre. la démonstration par l'absurde qu'une seule personne peut changer la façon de gouverner en France, Nicolas Sarkozy, et que les remaniements ne changent rien.

«Attendez-vous à savoir!» comme disait, sur RTL au siècle dernier Geneviève Tabouis, qui est au commentaire politique ce que Raymond Kopa est au football. «Attendez-vous à savoir» pourrait être l’attaque de tous les articles sur le fameux remaniement dont, en fait, on ne sait rien. Et comme celui qui sait (le Président) peut changer d’avis quand il veut, notamment pour ménager un effet de surprise, justement parce qu’on commençait à se douter de quelque chose, finalement, ça ne sert pas à grand-chose de savoir. Alors, c’est ça qui est pratique dans le métier de commentateur politique: on devine! Un petit compliment du Président pour François Baroin et hop, on devine que c’est peut-être lui le prochain Premier ministre. Un coup de peigne façon premier communiant dans la crinière généralement indomptable de Jean-Louis Borloo, quelques propos assurés du ministre de l’Ecologie sur des sujets à propos desquels on découvre qu’il est devenu passionné et hop, c’est évident, il se prépare pour Matignon! Et il y a des modes qui durent deux-trois jours, certaines dépassent la semaine. En ce moment, c’est donc Borloo à Matignon, Lagarde aux Affaires étrangères, Copé à l’Economie!

De vrais ministres?

Mais avec le mode de gouvernance du Président, la question du remaniement n’est plus la même... Parce que, finalement, la question n’est pas de savoir, par exemple, qui sera le prochain ministre des Affaires étrangères. C’est plutôt de savoir si celui qui est nommé au quai d’Orsay sera vraiment en charge des Affaires étrangères. Le ministre des Affaires étrangères en réalité, en ce moment, ce n’est pas Bernard Kouchner, c’est un peu Jean-David Levitte, un peu Claude Guéant, c'est-à-dire beaucoup Nicolas Sarkozy... Cette situation ne pose pas de problèmes à Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur puisqu’il est le meilleur ami et le membre du gouvernement le plus proche de Nicolas Sarkozy. Mais on n’imagine pas, par exemple, qu’Alain Juppé (dont on a parlé pour le Quai d’Orsay) puisse accepter de partager son ministère avec des conseillers de l’Elysée. Donc la question n’est pas tant de savoir qui sera ministre mais plutôt si les ministres seront vraiment des ministres. Et ce n’est pas anecdotique parce que, comme le souligne Jean-Pierre Raffarin en parlant d’impasse institutionnelle, le fait que tout soit géré en direct par l’Elysée rend le Parlement, chargé de contrôler le gouvernement –mais pas la présidence– partiellement dépossédé. C’est la différence abolie entre les fonctions complémentaire et nécessaire: présider et gouverner.

Puisque tout se fait à l’Elysée, puisque le vrai ministre des retraites s’appelle Raymond Soubie et pas Eric Woerth et ainsi de suite, le remaniement ministériel risque de n’être qu’un ravalement de façade. Plus ou moins d’ouverture, plus ou moins de diversité. Borloo à Matignon, est-ce une opération de recentrage après l’été super-sécuritaire? Et si c’est Baroin, est-ce le grand retour des chiraquiens? Ce qu’il faudrait savoir finalement, c’est donc si ce remaniement marquera le retour de la fonction de ministre responsable et véritablement en charge de ses dossiers. Nicolas Sarkozy, le veut-il? Le peut-il? Peut-on retrouver l’équilibre institutionnel? Avec la répartition des tâches entre le Président, censé être celui de tous les Français, le Premier ministre, censé être le chef de la majorité responsable devant l’assemblée, l’interrogation (qui taraude de nombreux membres de la majorité, inquiets) n’est pas tant celle du remaniement ministériel que celle du remaniement du mode de gouvernance adoptée depuis 2007 par le Président.

Thomas Legrand

Photo: LiFe Is Like Game Of Chess Changing With Every Move!! / Fu Fe To via Flickr CC License by

Thomas Legrand
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