France

Jean-François Copé: Pour un G2 franco-allemand

Jean-François Copé, mis à jour le 07.10.2010 à 14 h 37

Nos deux pays réunis représentent 50% du PIB de la zone euro, plus d’1/3 du PIB américain, dépassent le PIB chinois, et c’est toujours leur entente qui a déterminé l’avancement de l’Europe.

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. REUTERS/Francois Mori

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à Paris pour la célébration de l'armistice, le 11 novembre 2009. REUTERS/Francois Mori

En visitant le Deutsches Historisches Museum, le mercredi 29 septembre dernier à Berlin, je me suis longuement interrogé sur les pensées qu’avaient De Gaulle et Adenauer en signant le traité de l’Elysée en 1963. Sans doute avaient-ils conscience que, face aux superpuissances soviétique ou américaine, nos deux pays avaient tout intérêt à se rapprocher pour peser encore dans le monde. Quarante-sept ans après, si la donne mondiale a bien changé, le défi reste semblable. Comment l’Europe peut-elle espérer à l’avenir faire le poids face au mastodonte qu’est le G2 sino-américain? Ma conviction est que notre voie de passage, au XXIe siècle, est de constituer, au cœur de l’Union européenne, un G2 franco-allemand. Nos deux pays réunis représentent 50% du PIB de la zone euro, plus d’1/3 du PIB américain, dépassent le PIB chinois, et c’est toujours leur entente qui a déterminé l’avancement de l’Europe. Mais, le G2 franco-allemand est un géant potentiel qui s’ignore encore. Il faut tout faire pour le mettre en marche. Outre les liens d’amitié entre nos deux pays, ce G2 se construira sur une convergence économique et politique.

L'effort de convergence

Dans le domaine économique, la construction du G2 est impensable si la France ne montre pas à l’Allemagne qu’elle est de retour sur le chemin de la compétitivité. Il y a deux façons de converger: vers le haut ou vers le bas. Et aujourd’hui l’Allemagne symbolise plus le «haut» (croissance prévue à plus de 3% et chômage à 6,8%) que la France (croissance autour de 1,5% et chômage à 10%). La convergence économique franco-allemande n’aura donc de sens que si la France mène des réformes structurelles à l’image de celles que l’Allemagne a entrepris depuis 15 ans! C’est ce message que j’ai porté lors de mon voyage à Berlin du 28 au 30 septembre derniers. J’ai notamment pu rencontrer de nombreux chefs d’entreprises et des responsables de la société civile, dont Bert Rürup, père de la loi de 2004 sur les retraites allemandes, qui a lié le niveau des pensions à l’évolution du ratio actifs/retraités. La réforme actuelle des retraites est un premier pas vers cette convergence. Mais pour gagner en crédibilité économique, notre pays doit aller plus loin dans la réforme du marché du travail, dans le domaine de la dépense publique, dans l’accompagnement de nos PME vers une croissance qui les portera enfin à s’ouvrir au monde et à exporter.

Dans le domaine politique, je travaille depuis 2007 à établir un lien étroit de confiance et d’amitié avec les parlementaires allemands. Si nous voulons donner un nouveau souffle à la coopération franco-allemande, nous ne pouvons nous contenter d’échanges intergouvernementaux, évidemment essentiels pour impulser une dynamique au plus haut niveau, mais qui donnent souvent l’impression d’être éloignés du terrain. En complément de l’action intergouvernementale, le Parlement est l’échelon approprié pour ancrer la relation franco-allemande dans le quotidien des citoyens.

En décembre 2009, lors d’un voyage à Berlin, j’avais ainsi convenu avec mon homologue Volker Kauder, président du groupe CDU/CSU au Bundestag, de mettre en place une loi franco-allemande commune. Certaines mauvaises langues avaient alors crié au gadget et disaient que ce projet de coopération interparlementaire franco-allemande demeurerait mort-né. Evidemment, cette démarche novatrice ne pouvait pas aboutir en clin d’œil: quand on sait qu’il faut habituellement compter entre 6 mois et un an entre le dépôt d’une proposition de loi et sa promulgation au niveau national, on peut comprendre que ce délai soit encore plus long pour des travaux binationaux. Mais, le projet avance et notre coopération va même s’accélérer! Avec Volker Kauder, que j’ai à nouveau rencontré le 29 septembre, nous avons mis en place un ambitieux agenda commun aux groupes UMP et CDU/CSU pour les deux ans à venir.

Notre calendrier

1/ Début février, le bureau du groupe CDU/CSU, sera à Paris pour finaliser le rapprochement de nos législations sur trois sujets symboliques: la violence faite aux femmes; la parité –en s’inspirant en partie de la proposition de loi que j’avais défendue avec Marie-Jo Zimmermann sur la parité dans les Conseils d’administration qui porte ses premiers fruits (les femmes représentaient 10,4% des administrateurs du CAC 40 fin 2009, et le taux devrait passer à 15,7% en 2010); la protection des libertés individuelles sur Internet (droit à l’oubli, lutte contre la cyberpédophilie), débat que le groupe UMP a déjà largement déblayé en France (voir le rapport du groupe de travail des députés en PDF).

2/ Nos deux groupes vont régulièrement débattre sur des sujets communs. Nous discuterons dès l’année 2011 de la politique d’intégration dans nos deux pays et sur l’élaboration de nos budgets, dossier clé pour aller vers une plus grande convergence fiscale.

3/ Le Club des 27, que j’avais créé en décembre 2007 et qui rassemble tous les présidents de groupes parlementaires des partis membres du PPE des 27 pays de l'Union européenne, se réunira pour la première fois à Berlin au printemps, invité par la CDU/CSU. Preuve que ce G2 franco-allemand ne se fait pas au détriment des autres Etats européens, mais se conçoit comme un moteur pour l’ensemble de l’Union.

Dans un monde globalisé où la concurrence des pays émergents ne va cesser de s’accroître, France et Allemagne resteront à quai si elles n’entraînent pas l’Europe avec elles dans une grande dynamique de convergence vers la compétitivité.

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