France

La France, un pays pas très recommandé

Cécile Dehesdin

Bien avant la menace d'une attaque terroriste d'al-Qaida, le reste de la planète n'était pas très rassuré par la France. Petit tour du monde des parfois fantasques «Conseils aux voyageurs» qui veulent visiter notre pays.

French chef ? / Sara Björk via Flickr CC License By

French chef ? / Sara Björk via Flickr CC License By

Le département d’Etat américain vient de lancer une «alerte voyage» sur l’Europe (qui se trouve en bonne compagnie avec l’Inde – pour les dangers des jeux du Commonwealth–, la Bolivie – pour le climat social et les barrages de route actuels–, ou le Kenya– pour le référendum d’août et le danger terroriste).

Mais bien avant son alerte voyage, le gouvernement américain prévenait déjà ses citoyens de toutes sortes de dangers français. Il n'est pas le seul pays à officiellement adresser des conseils aux voyageurs sur notre périlleux pays, un des plus touristiques au monde. Comme la France, de son côté, dresse une liste parfois caricaturale de nos voisins européens.

Voici un petit tour du monde de ces conseils parfois surprenants et du portrait qu'ils finissent par dessiner de l'Hexagone.

Vous voyez un pays qui manque et dont vous connaissez la langue? Faites-moi part du lien vers le site et de la traduction de ses meilleurs passages dans les commentaires ou dans un mail (cecile.dehesdin @ slate.fr).

Vu des Etats-Unis: en France, on n’a pas de verrous

Dans ses trucs et astuces sur la sécurité, le gouvernement déconseille aux Américains d’assister à des manifestations, surtout si «la police des manifestations» est sur place:

«Bien que le désordre civil violent soit rare en France, dans le passé, des manifestations étudiantes, des cortèges de travailleurs et d’autres protestations se sont transformées en confrontations violentes entre manifestants et police.»

Au chapitre «crime», le département d’Etat concède des statistiques de crimes violents relativement bas, mais conseille à ses touristes de prendre un bus ou un taxi de l’aéroport pour rentrer dans Paris plutôt que d’utiliser le RER où les voleurs «s’attaquent aux touristes alourdis par leurs bagages et leur décalage horaire», et de faire particulièrement attention à la ligne 1 du métro (qui dessert à la fois La Défense, l’Arc de Triomphe, les Champs-Elysées, la Concorde, le Louvre et Bastille), ainsi qu’à la Gare du Nord.

L’ambassade américaine précise quant à elle que la plupart des pickpockets travaillent en groupe, et que «ce sont souvent des adolescents, puisque c’est extrêmement difficile pour des mineurs d’aller en prison ici». A noter qu’ils ne donnent pas la nationalité présumée des pickpockets.

Pigalle est «le quartier des divertissements pour adultes», où il n’est pas rare d’entendre que les clients ont été «menacés violemment pour les forcer à payer des additions excessives». On comprend enfin une des raisons pour lesquelles les touristes arrivent par cars entiers au Moulin Rouge: la solution du voyage organisé de groupe est fortement recommandée par le département d’Etat lui-même!

Si les Américains échappent à ces dangers de la nuit, qu’ils n’aillent pas croire qu’ils pourront dormir tranquille: 

«Bien que de nombreux hôtels possèdent des loquets qui permettent aux clients de fermer leur porte à clé de l’intérieur, cette option n’est pas aussi généralisée qu’elle l’est aux Etats-Unis. S’il n’y a pas de chaîne ou de loquet présent, une chaise placée contre la porte et bloquée sous la poignée est généralement un obstacle efficace aux entrées nocturnes inopportunes.»

Paris n’est pas la seule ville dangereuse: dans le Sud, les Américains ne devraient pas laisser d’objets de valeur dans leur voiture, «même dans le coffre», quand ils la quittent. Ils devraient conduire toutes fenêtres et portes fermées à tout moment pour éviter qu’un motard ne les vole à un feu rouge ou dans un embouteillage, particulièrement le long de la riviera Nice-Antibes-Cannes et à Marseille.

Quant à la conduite elle-même, «les conducteurs devraient être prêts à des manœuvres de dernière minute, puisque c’est ce que font la majorité des conducteurs français». Les Français, d’ailleurs «conduisent typiquement plus vite et plus agressivement que les Américains et ont tendance à dépasser les limites de vitesse». En fait, le plus simple serait de voyager en train, un mode de transport «plus sûr que la conduite».

Vu de Grande-Bretagne: attention aux barmen

Pour ce qui est du terrorisme, les Britanniques font davantage cas des Corses que de la menace extérieure, rappelant que la maison –vide– d’un compatriote a sauté en janvier 2010.

La Grande-Bretagne s’inquiète beaucoup des effets de l’alcool. Dans ses conseils aux voyageurs, le gouvernement britannique affirme ainsi:

«En 2007, un nombre important de Britanniques ont été victimes de crimes sexuels sérieux en France. L’alcool et les drogues peuvent vous rendre moins alerte, moins en contrôle et moins conscient de votre environnement. Si vous buvez, respectez vos limites. Rappelez-vous que les boissons servies dans des bars étrangers sont souvent plus fortes que les boissons servies au Royaume-Uni.»

Enfin, les touristes sont prévenus qu’un «voyage en France peut être perturbé par une action de grève», et qu’un mécontentement continu chez les pêcheurs des ports de la Manche pourrait entraîner «des blocages affectant les transports qui traversent la Manche».

Vu d'Espagne: n’approchez pas de Clichysous Bois (sic)

Les Espagnols ont une meilleure image de la France: pas de détails particuliers ni sur la Corse, ni sur les pickpockets –avec une simple mention de l’existence d’une petite délinquance qui suppose «un minimum de précautions».

Si notre pays n’a aucune «Zone à risque (à éviter)», il a tout de même des «zones de risque moyen»: les banlieues des grandes villes. Et, spéciale dédicace à Paris, on déconseille «de visiter les villes de Saint Denis, Bobigny et Clichysous Bois (sic)».

Vu d'Italie: gaffe aux autochtones

La France ne comporte pas de zones à risque pour les Italiens non plus, qui rappellent tout de même à leurs voyageurs que «les grandes villes comme Paris, Marseille, Lyon et Nice requièrent une attention particulière en raison de la petite criminalité répandue aux dépens des touristes», et que «des situations dangereuses peuvent se créer à cause des tensions sociales dans la périphérie des grandes agglomérations».

Les férus de voyage en camping car qui se baladent le long de la Méditerranée sont vivement conviés à ne s’arrêter que dans «des espaces équipés ou surveillés».

Quant à la Corse, ou plutôt aux Corses, «il est conseillé de ne pas susciter de conflits avec la population locale, et, en cas de difficulté, adressez-vous immédiatement aux forces de l'ordre et au Consulat Général d'Italie à Marseille».

Vu d'Allemagne: les bandes de l’Autoroute du Sud

En plus de noter, sans davantage de précisions, que «les agressions à caractère criminel contre les touristes ont augmenté», l’Allemagne alerte ses ressortissants sur les dangers autoroutiers français:

«En direction du sud, et plus particulièrement dans le sud de la France et à la frontière espagnole, la fréquentation des aires de repos est fortement déconseillée la nuit en raison de l’activité de bandes organisées.»

Le site gouvernemental dénombre également «des attaques contre des véhicules en circulation ont aussi été signalées dans les régions Rhône-Alpes, Auvergne, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Aquitaine et en Corse».

Vu de Pologne: méfiez-vous des piétons fourbes

Le gouvernement polonais prévient qu’en France, les piétons ont toujours raison, et que les conducteurs polonais ont donc intérêt à adapter leur conduite en fonction:

«Dans la pratique, en particulier dans les rues des grandes villes, traverser la rue alors que le feu est rouge est un phénomène courant. Par conséquent, dans les grandes villes, il est conseillé de rouler lentement, ce qui vous permettra d’arrêter le véhicule en cas d’intrusion soudaine d’un piéton sur la route.»

Vu d'Autriche: homosexualité en toute liberté

Le site autrichien recommande de bien se renseigner avant de partir, pour éviter «les désagréments liés aux grèves de plus ou moins grande ampleur menées par le service public, et notamment les transports en commun».

Et précise à ses citoyens que «l'homosexualité n'est pas punie par la loi en France».

Vu du Canada: la technique de la fausse crevaison

Au volet «Sécurité» de ses conseils, le gouvernement canadien suggère à ses citoyens d'être «toujours méfiants si un individu vous fait signe de vous arrêter sur l'autoroute»:

«Il arrive souvent que ces personnes fassent mine de vouloir vous signaler une crevaison (qu'ils ont parfois eux-mêmes provoquée) et profitent de l'occasion pour dérober un sac ou d'autres objets de valeur.»

Comme leurs voisins américains, les canadiens sont également encouragés à «éviter les grands rassemblements qui ont lieu dans la rue et sur les campus universitaires, de même que les manifestations susceptibles de tourner à la violence», ces manifestations étudiantes, tout comme les grèves, conflits de travail et d'autres mouvements de revendication se produisant «souvent».

Cécile Dehesdin

Merci à Margherita Nasi (pour l'Italie), Peggy Sastre (pour l'Allemagne), Jean-Sébastien Lefebvre (pour la Pologne) et Anne-Lise Weidmann (pour l'Autriche).

Photo: French chef ? / Sara Björk via Flickr CC License By

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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