Monde

La Chine, bouc-émissaire des midterms

Foreign Policy, mis à jour le 26.10.2010 à 15 h 24

Les démocrates ont-ils si peur de se faire rétamer aux élections de mi-mandat qu'ils en sont à diaboliser la Chine?

Dans la province du Henan, le 27 septembre 2010. REUTERS/China Daily

Dans la province du Henan, le 27 septembre 2010. REUTERS/China Daily

Un dossier réalisé en partenariat avec Arte.tv / Théma mardi soir sur Arte et chat en direct avec Eric Leser, co-fondateur de Slate, en direct depuis New York.

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C'est une stratégie politique qui a fait ses preuves, tout comme faire des discours, organiser des barbecues ou embrasser des bébés: quand les temps sont durs dans votre circonscription, trouvez quelqu'un d'autre sur qui taper. Alors que la campagne pour les élections de mi-mandat tourne maintenant à plein régime, l'épouvantail préféré des régions où le taux de chômage est haut et le secteur manufacturier paresseux est –sans surprise– la Chine. Et tandis que le Président Obama se donne toutes les peines du monde pour amadouer une base amorphe, les démocrates ont joué la carte du péril jaune bien plus souvent que leurs adversaires républicains.

Les démocrates de la rust belt [ceinture de la rouille] –cette partie du pays la plus durement touchée par la crise de l'acier, de la construction automobile et d'autres industries lourdes– font des efforts concertés pour imputer la responsabilité du chômage à la délocalisation, et décrivent leurs adversaires républicains comme des politiciens à la solde des industriels, plus soucieux de maximiser les profits que de conserver les emplois au Michigan, en Illinois, en Pennsylvanie ou en Ohio. Mais dans une année où les républicains partagent la vedette avec le populisme des Tea Party, cela ne semble pas vraiment porter ses fruits.

Lee Fisher, Lieutenant-gouverneur de l'Ohio

En lice pour: le Sénat des États-Unis

Citation: «Le député Rob Portman sait comment améliorer l'économie... en Chine.»

Stratégie:  Un spot publicitaire visant son adversaire Rob Portman montrant une carte de la Chine ainsi qu'un plan en noir et blanc relativement sinistre d'ouvriers chinois. Fisher, lieutenant-gouverneur de l'Ohio, a déclaré à l'Associated Press qu'il pensait que «cette élection portera sur un choix entre le passé et le futur... Il s'agira d'un choix entre le fabriqué en Amérique et le fabriqué en Chine».

Dans l'Ohio, cela fait dix ans que le marché du travail est en récession, depuis que les emplois industriels ont quitté l'État; pendant la campagne sénatoriale, cette année, il a surtout été question de savoir qui allait remettre le plus les habitant de l'Ohio au travail. Pour Fisher, la faute incombe à la politique commerciale libérale ayant fait partir les emplois en dehors du pays, tandis que son adversaire, l'ancien membre de la Chambre des Représentants Rob Portman, s'en prend à l'actuelle législature démocrate. Tous les accords commerciaux «doivent être réexaminés... pour voir ensuite s'ils doivent ou non être renégociés», a déclaré Fisher. Mais Portman a rétorqué que la plupart des emplois perdus par l'Ohio étaient partis dans d'autres États américains, et non pas à l'étranger.  Jusqu'ici, cette stratégie ne semble pas vraiment aider Fisher. Un récent sondage Reuters crédite Portman d'une avance de 13 points.

 

Ted Strickland, Gouverneur de l'Ohio

En lice pour: sa réélection

Citation: «Kasich et Wall Street se sont fait des millions en délocalisant, tandis que l'Ohio perdait ses emplois.»

Stratégie: Le gouverneur démocrate Ted Strickland, en lice pour sa réélection contre l'ancien représentant John Kasich, s'est doté d'un clip télé comparable à celui de Fisher. Il y dit qu'en 2000, son rival fit voter un «accord commercial spécifique avec la Chine» qui, selon les termes de sa campagne, a provoqué la perte de 91.000 emplois en Ohio. Strickland attaque aussi constamment son adversaire pour avoir voté la normalisation des échanges commerciaux avec la Chine lorsqu'il était au Congrès.

Mais un éditorial du Plain Dealer de Cleveland et un article du PolitiFact, un projet du St. Petersburg Times et lauréat du Prix Pulitzer, ont contredit les affirmations de Strickland, montrant que de telles estimations chiffrées étaient difficiles à faire et que ses conclusions étaient largement fondées sur les recherches d'un think tank pro-syndicat. Pendant un débat, au mois de septembre, Kasich a contesté  les déclarations de Strickland et a déclaré que l'Ohio n'avait perdu aucun emploi au profit de la Chine. Encore une fois, la rhétorique anti libre-échange ne semble pas vraiment aider Strickland dans sa course électorale. Une moyenne des sondages faits par Real Clear Politics place Kasich avec une avance de 4,2 points, bien que cet écart puisse encore se réduire.

Joe Sestak, Représentant de Pennsylvanie

En lice pour: le Sénat américain

Citation: «Avant son arrivée à Washington, le membre du Congrès Toomey s'est fait une fortune à Wall Street et a travaillé pour un milliardaire à Hong Kong.»

Stratégie: Si la technique de blâmer les personnes en exercice pour leur frayage du côté obscur à Washington est usée jusqu'à la corde, critiquer les sénateurs impétrants pour leurs liens avec Hong Kong est une tactique tout à fait nouvelle. Telle est la ligne d'attaque dont se sert Joe Sestak contre son adversaire, l'ancien représentant Pat Toomey, dans l'un des duels électoraux les plus serrés du pays.

Selon le Washington Post, Toomey a «en effet étudié la formation de marchés financiers en Asie du Sud-Est» au début des années 1999 pour le compte d'une entreprise possédée par les frères Chan, Gerald et Ronnie, des milliardaires sino-canadiens, Ronnie ayant aussi été directeur général d'Enron, la compagnie énergétique aux multiples casseroles. Rien ne prouve que Toomey soit lié à Enron, bien qu'une telle association ne pousse pas vraiment les préjugés négatifs des électeurs à se dissiper. Et, pour enfoncer le clou quant à la dangereuse sinophilie de Toomey, la campagne de Sestak cite aussi l'un des frères Chan pour qui «la démocratie occidentale est un cul-de-sac».

Le directeur de campagne de Toomey a riposté en disant au Post que «les démocrates doivent être franchement désespérés pour aller repêcher ce que Pat a fait il y a 20 ans de cela».

 

Virgil «Virg» Bernero, maire de Lansing

En lice pour: un poste de gouverneur

Citation: «Quand Snyder était directeur et PDG de Gateway, l'entreprise a supprimé 19.000 emplois américains pour les délocaliser en Chine. Snyder a amassé 14 millions de dollars en actions avant de revendre ce qu'il restait de Gateway à une entreprise chinoise.»

Stratégie: Comme l’écrit le Detroit Free Press: «C’est du déjà vu*, encore une fois la question de la Chine et de l’emploi est un thème de campagne pour se faire élire gouverneur.» Dans le Michigan, où le taux de chômage dépasse les 13% à la suite du déclin massif du secteur manufacturier, la Chine a endossé depuis longtemps le rôle du mal suprême et délocalisateur. Le candidat Virg Bernero accuse son adversaire républicain Rick Snyder d'avoir fait partir des emplois en Chine tandis qu'il était aux commandes de Gateway. Le visage d'un Snyder goguenard flottant au dessus de l'Océan Pacifique et affublé d'une flèche rouge allant des États-Unis vers la Chine (symbolisant l'hémorragie supposée des emplois) est un élément récurrent des prospectus et autres pages web de la campagne de Bernero.

Mais Bernero devra faire autre chose que de lier le nom de Snyder à la délocalisation chinoise pour rattraper son retard. Selon un sondage Rasmussen datant de la semaine dernière, Snyder devançait le démocrate de 13 points.

Alexi Giannoulias, trésorier de l'Illinois

En lice pour: le Sénat des États-Unis

Citation: «Quand vous entendez le membre du Congrès Kirk parler de création d'emplois, il parle des emplois qu'il crée en Chine.»

Stratégie: Selon Alexi Giannoulias, parmi les nombreux péchés supposés de Mark Kirk se trouve le fait d'avoir fondé le U.S.-China Working Group [Groupe de travail États-Unis-Chine], une organisation faisant le lien entre le Congrès, les Départements d'État, les universités et le secteur industriel sur des sujets en rapport avec les relations sino-américaines. Et en 2009, Kirk avait été filmé disant à des officiels chinois que les «chiffres du budget mis en avant par le gouvernement américain ne devaient pas être pris pour argent comptant».  

Le cri de ralliement de Giannoulias résonne parmi d'importants groupes syndicaux de l'Illinois. Un communiqué de presse de la Chicago Federation of Labor [Fédération du travail de Chicago] dit ainsi qu’«un des fondateurs de l'U.S.-China Working Group, Kirk, a voté contre des lois qui auraient pu mettre un frein aux pratiques commerciales chinoises injustes et contre une enquête sur les pratiques monétaires chinoises».

La campagne de Kirk a répondu aux accusations faisant de son candidat un sbire de Pékin en disant que Giannoulias voulait déclencher «une guerre commerciale» qui pourrait coûter des milliards de dollars en exportations et supprimer des milliers d'emplois. Un sondage de la Fox News du 29 septembre montre les deux adversaires au coude à coude dans la course pour l'ancien siège au Sénat du Président Obama, avec Kirk à 42% d'intentions de vote, et Giannoulias 40%.

Max Strasser
Documentaliste à Foreign Policy 

Traduit par Peggy Sastre

* en français dans le texte

Les photos des candidats sont issues de Wikipédia.

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