France

François Hollande: franchise et vérités

Temps de lecture : 3 min

Après le passage de François Fillon sur M6, une tribune du député socialiste.

Photo Wedding gift / hotsauce - julian wylegly via Flickr CC License By
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Les Premiers ministres en fin de mandat ont au moins un mérite: ils ne sont plus tenus aux prudences de langage qui jusque-là, les entravaient. N’ayant plus rien à perdre, sauf leur réputation, ils s’autorisent à l’exercice délicat de la franchise. Elle ne va pas jusqu’aux aveux complets sur ce qu’a pu être leur gestion ou sur les choix d’avenir. Mais au moins, par bribes, la vérité s’énonce. C’est ainsi qu’il faut comprendre les derniers propos de François Fillon, sur la question des impôts. D’abord, il dit tout haut ce que Christine Lagarde et François Baroin n’osaient même pas penser: le budget 2011 sera un budget d’augmentation d’impôts. Foin de circonvolutions, le Premier ministre met les pieds dans l’assiette fiscale. Il contredit les déclarations du président de la République qui prétend encore, contre toute évidence, qu’il n’y a pas de «rigueur», puisque les prélèvements ne progressent pas.

Or, c’est tout l’inverse: le taux des prélèvements obligatoires va, dans le seul budget 2011, être relevé de près d’un point de PIB.

François Fillon ne s’est pas arrêté en chemin et il est allé jusqu’à contester le principe du bouclier fiscal, évoquant sa suppression et refusant même d’en faire un tabou. Heureuse prise de conscience! Quoique tardive! Mais ce que le futur ex-Premier ministre énonce comme proposition est tout simplement inacceptable. Troquer la fin du bouclier fiscal contre la suppression de l’ISF, c’est faire un mauvais calcul pour les finances publiques. Il en coûterait en effet plus de 3 milliards d’euros. Mais ce serait surtout une nouvelle aggravation des inégalités devant l’impôt, puisque ce serait une hausse de la fiscalité sur les revenus qui viendrait en substitution de la disparition d’un impôt sur le patrimoine. En d’autres termes, les fruits du travail seraient davantage imposés, quand les produits de la rente, de la spéculation ou tout simplement de la valorisation des actifs seraient défiscalisés.

François Fillon, prenant conscience de son audace, renvoie cette éventuelle évolution à une réforme fiscale globale. Curieuse conclusion après plus de 3 ans et demi passés à la tête du gouvernement de la France. Faut-il lui rappeler que le paquet fiscal, qu’il a fait voter au lendemain de la victoire de Nicolas Sarkozy, était considéré comme une véritable révolution fiscale, devant générer une croissance supplémentaire et une stimulation des initiatives et de l’entreprise? Faut-il qu’il ait fait lucidement le bilan de cet échec aussi bien en termes de relance de l’activité que de creusement des inégalités, pour qu’il en arrive à préconiser un nouveau changement de notre système fiscal? Je mets sur le remord la construction de cette proposition.

En fait, comme je l’avais moi-même indiqué il y a déjà plusieurs mois, la question fiscale va s’inviter dans la campagne présidentielle de 2012. Le redressement de nos finances publiques, le constat des manquements à l’équité, constitués par les niches et le bouclier, et enfin la sur-fiscalisation des classes moyennes, quand les plus favorisés échappent à la progressivité de l’impôt, tout justifie une confrontation, au meilleur sens du terme, entre les projets des uns et des autres pour mettre notre système fiscal à la hauteur des déficits qui nous attendent. Nicolas Sarkozy croit que la comparaison avec l’Allemagne et l’harmonisation, par ailleurs souhaitable, entre nos dispositifs fiscaux lui permettra d’en terminer avec ce qu’il a lui-même introduit en 2007, comme mécanismes dérogatoires ou comme incitations inutiles. Ce sera un nouvel artifice, une nouvelle opération de communication.

Pour ma part, je souhaite que les socialistes, plutôt que de dire «impôts! impôts! impôts!» face à tout problème de financement et devant l’ampleur des déficits, disent clairement quelle réforme globale des impôts directs et du prélèvement social ils préconisent aujourd’hui. Le pays a besoin de franchise, de sincérité et de vérité. De ce point de vue, la dernière intervention de François Fillon n’aura pas été inutile.

François Hollande

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