France

Les antisarkozysmes

Thomas Legrand, mis à jour le 04.10.2010 à 14 h 00

Pourquoi le président de la République provoque-t-il le désamour?

Nicolas Sarkozy en octobre 2009. Montage. REUTERS/Eric Feferberg

Nicolas Sarkozy en octobre 2009. Montage. REUTERS/Eric Feferberg

Il y a, parfois, dans l’antisarkozysme autre chose qu’un simple désaccord politique. Le style du président, son discours, ses stratégies trop voyantes provoquent une opposition plus personnelle et dont certaines réactions semblent être ad hominem. Et du coup, utilisant comme dans le judo la force de l’autre, le président trouve là une ressource, une base de défense qui se met en place et qui semble devenir une stratégie: la victimisation. On entend beaucoup dire en ce moment que la prétendue élite intellectuelle et politique ne pourrait pas supporter qu’un président atypique (qui ne serait pas sorti du sérail habituel) soit à la tête de l’Etat. Cet argument a au moins la force du culot. Sans doute, la soi-disant élite est-elle souvent guidée par cet esprit de conservation et mue par l’énergie de l’autoreproduction… mais on pourrait tout aussi bien, avec au moins autant de pertinence, classer l’élection de Nicolas Sarkozy dans la catégorie autoreproduction de l’élite. Nicolas Sarkozy est dans le sérail depuis toujours. Elevé dans les écoles privées de l’ouest parisien, il n’a rien d’un original ou d’un iconoclaste. Elu très jeune maire de la ville la plus bourgeoise de France, on ne fait pas plus intégré dans «la caste qui encadre la société française». Ce n’est pas parce que, comme François Mitterrand ou Georges Pompidou, il n’a pas fait l’ENA, qu’il serait particulièrement révolutionnaire. Le fait de pratiquer le «parler peuple» et d’éviter l’imparfait du subjonctif ne fait pas du président un poulbot qui aurait atteint les sommets contre les habitués du pouvoir.

Toujours est-il qu’il n’est plus aimé par une partie de ce que l’on appelle l’élite, mais, pour l’instant (ça peut se retourner bien sûr) son impopularité est beaucoup plus générale. Au-delà du style et de la personnalité, il y a d’abord la crise. Il se trouve que nous vivons la crise des excès d’un modèle auquel justement le candidat Sarkozy nous demandait de nous adapter. C’est le modèle lui-même qui est impopulaire. Il y a aussi, bien sûr, et ensuite seulement ce que l’on appelle l’équation personnelle. En ce moment il y a une petite musique qui monte: elle explique que l’antisarkozysme s’exprime de façon déplacée et disproportionnée, notamment quand on se réfère constamment à la Seconde Guerre mondiale. Cette dérive reflète aussi ce sentiment que pour la première fois depuis bien longtemps, l’ambiance est au recul du droit. L’affaire des Roms et de la déchéance de nationalité ont installé l’idée d’une régression. Si l’on regarde en arrière dans un pays féru d’histoire et de politique, on tombe un peu vite, c’est vrai sur la Seconde Guerre mondiale qui hante, encore –et c’est bien normal– nos esprits et nos consciences. D’ailleurs Nicolas Sarkozy lui-même est sujet à ce type d’outrances. Dans L’Express de la semaine dernière, Eric Mandonet et Ludovic Vigogne nous rapportent une réflexion du président qui voit une forme d'antisémitisme dans certaines attaques dont il fait l’objet. Cette explication est aussi relayée par les proches du président qui estiment que la dénonciation d’un Nicolas Sarkozy proche des riches et pro-américain réveille des relents d’antisémitisme!

Bien sûr, l’antisémitisme existe encore à l’extrême droite; il progresse même dans une partie de l’extrême gauche, mais il ne peut pas expliquer, même pour partie, l’évolution de la courbe de popularité du président. Le président ne va d’ailleurs pas jusqu’à le prétendre, mais il le suggère. Si c’est une stratégie de la part de l’Elysée de pousser la victimisation jusque-là, c’est très aléatoire. Elle risque surtout d’être très contre-productive car elle agresse ceux qui s’opposent à la politique et même au style du président.

Thomas Legrand

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