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Ryder cup: la guerre du golf

Yannick Cochennec, mis à jour le 01.10.2010 à 13 h 42

Ce sport particulièrement individuel se mue en sport collectif, avec enjeu patriotique, le temps de cette épreuve historique.

Ryder Cup 2008, à Louisville. REUTERS/Eddie Keogh

Justin Rose, lors de l'édition 2008 de la Ryder Cup, à Louisville. REUTERS/Eddie Keogh

La Ryder Cup? Kézako, risque de répondre la majorité des non avertis de la chose golfique en France tant cette compétition est quasiment ignorée de nos médias nationaux qui ont pris l’habitude de traiter le golf avec une certaine distance sous le prétexte, hélas avéré, que ce pays ne dispose d’aucun champion. En revanche, sur les antennes sportives américaines et britanniques, du 1er au 3 octobre, il ne sera pour ainsi dire question que de cette Ryder Cup, épreuve par équipes qui oppose tous les deux ans les Etats-Unis (tenants de la coupe) à l’Europe.

Cette fois, c’est au tour des joueurs du Vieux Continent d’avoir l’avantage de taper la balle à domicile, plus précisément sur le parcours du Celtic Manor, aux Pays de Galles, tous près de Newport.

Depuis 30 ans, cette Ryder Cup ne cesse de prendre de l’ampleur au point d’apparaître, pour certains, comme le rendez-vous n°1 de cette discipline en raison de l’engouement qu’elle génère. En 2010, un échelon a été franchi dans cette démesure qui semble désormais aller de paire avec l’organisation d’un tel événement. Pour la première fois en 38 éditions, un parcours, celui du Celtic Manor, a été spécialement bâti pour accueillir les meilleurs joueurs européens et américains le temps d’un week-end.

Guerre des nerfs

Ouvert en 2007, ce très difficile tracé de 6.851m émaillé d’obstacles d’eau a la particularité de se terminer par quatre derniers trous inscrits au cœur d’un véritable stade de golf conçu à la fois pour les spectateurs qui pourront s’y masser par milliers (50.000 personnes sont attendues chaque jour) et pour la télévision, la BBC et la NBC étant à la manœuvre pour la Grande-Bretagne et les Etats-Unis avec des moyens considérables. Le trou n°15 est annoncé comme diabolique et l’un des musts télévisuels.

Depuis un mois déjà, la Ryder Cup ne cesse de nourrir la chronique de part et d’autre de l’Atlantique où cette opposition frontale entre Américains et Européens est avant tout une histoire de guerre des nerfs. Les sélections sont désormais connues, Corey Pavin, le capitaine américain, et Colin Montgormerie, son homologue européen, ayant rendu leur verdict, en choisissant chacun, comme c’est la règle, quatre et trois joueurs qui ne s’étaient pas qualifiés en fonction d’un classement lié aux performances des uns et des autres.

Parmi ses invités, Pavin a ainsi repêché Tiger Woods dont les mauvais résultats récents l’avaient exclu de la sélection. A la surprise de beaucoup, Montgomerie a, lui, préféré l’Italien Edoardo Molinari au détriment de l’Anglais Paul Casey.

Le renouveau Ballesteros

Comme à chaque fois, les Européens se rallieront donc à la cause du drapeau continental, leur emblème inscrit sur leur tenue, ce qui ne manque pas de sel dans la mesure où six pays sont seulement représentés dans ce groupe de 12 joueurs: la Grande-Bretagne (moitié de l’effectif), l’Irlande, l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie et la Suède. Il est même assez ironique de voir autant de Britanniques se déchaîner, et avec quelle ferveur, pour la cause de cet étendard bleu aux étoiles jaunes qu’ils n’ont pourtant pas l’habitude d’adorer.

Mais ainsi va la magie de la Ryder Cup, compétition née en 1927 et qui se résuma jusqu’en 1979 à un affrontement entre Américains et les îles britanniques. Compétition moribonde dans les années 70 et sauvée par Jack Nicklaus qui eut l’idée d’élargir l’équipe britannique aux joueurs du continent afin de rendre le match nettement plus compétitif puisque les Américains avaient pris l’habitude d’écraser les Britanniques tous les deux ans dans un ennui et dans une indifférence de plus en plus perceptibles.

En 1979, ce fut donc la révolution, avec la première équipe européenne de l’histoire dans les rangs de laquelle figurait le jeune et bouillonnant Espagnol Severiano Ballesteros qui allait vite devenir l’un des éléments moteurs de cette passion naissante du public pour la compétition. Depuis 1979, les deux équipes sont à égalité 7,5 victoires partout (un match nul au terme du week-end vaut victoire pour l’équipe tenante du titre qui garde son trophée).

Sport individuel et individualiste par excellence, le golf a trouvé dans le format de la Ryder Cup ce supplément de passion qui peut lui faire défaut, à l’image de la coupe Davis au tennis, sauf qu’au tennis, il s’agit de défendre son pays alors que les golfeurs arrivent à se transcender pour ce «mécano» continental. Mais lorsque vient l’heure de faire la nique aux Américains, qui ont tendance à se considérer comme les meilleurs joueurs du monde et à vous le faire savoir sous le prétexte qu’ils évolueraient sur le circuit le plus compétitif (le PGA Tour), il est soudain facile de se faire plus Européen qu’un membre de la commission de Bruxelles.

L'étiquette salie à Brookline

A la veille de cette 38e Ryder Cup, il n’y avait qu’à lire certaines articles de journalistes américains pour se rendre compte qu’ils avaient déjà mis de côté leur supposée neutralité professionnelle. Rien de plus facile pour eux, il est vrai, cette année, avec un capitaine comme Colin Montgomerie, qui n’a jamais été apprécié aux Etats-Unis (doux euphémisme) quand il était au faîte de sa gloire de joueur.

En 1999, la Ryder Cup tourna même carrément au vinaigre sur le parcours de Brookline, dans la banlieue de Boston. Devant un public déchaîné et nationaliste, les Européens finirent par se laisser manger tout cru le dernier jour dans ces conditions infernales, le pauvre Montgomerie étant l’un des plus martyrisés en devant réclamer le silence presque à chaque fois qu’il devait putter. Jean Van de Velde, premier Français sélectionné de l’histoire dans la lignée de sa cauchemardesque 2e place au British Open, entendit ce jour-là un spectateur lui lancer avant de frapper son coup: «Eh, tu vas aller dans l’eau!»

Quand Justin Leonard réussit le putt de la victoire pour les Etats-Unis, ce fut l’hallali pour l’étiquette golfique. Coéquipiers et femmes de joueurs se précipitèrent sur le green pour fêter ça avec le héros alors que l’Espagnol José-Maria Olazabal, adversaire de Leonard, avait encore un coup à jouer. «C'était un spectacle horrible à contempler, surtout quand vous savez que votre match, le match tout simplement, est en train de se jouer», déclara plus tard le Basque avant de s’adresser aux médias américains:  

«Vous avez vu comme moi. Je vous fais juge de ce qu'il faut en penser. Cela dit, je ne veux pas que l'on fasse une affaire de cet incident. Cela n'aurait pas dû se produire, c'est tout. Je terminerai en disant qu'ils ont très bien joué, qu'ils ont mérité leur victoire. Enfin, j'ajouterai que le public devrait, aussi, respecter les joueurs qui viennent jouer contre les leurs. Certains faits et gestes n'ont pas leur place sur un terrain de golf. Je comprends que l'on crie de joie pour supporter les siens, mais il faut respecter les autres.»

Personne n’a oublié le scandale de Brookline qui, heureusement, n’a pas été réédité lors des éditions suivantes. Mais l’on annonce le public gallois chaud bouillant et prêt à se payer la tête de Tiger Woods si nécessaire. C’est l’une des rumeurs lancées par les médias américains et anglais déjà prêts, eux, à en découdre…

Yannick Cochennec

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