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  • Par Jean-Marie Colombani
  • Jean-Marie Colombani est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste et essayiste, il a été directeur du journal Le Monde de 1994 à 2007. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont récemment Un américain à Paris.
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On refait le match

Au-delà de leurs différences, Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn sont dans le même bateau, et nous avec.

Vendredi 27 Mars 2009
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Le match à distance que se sont livrés Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn est venu à point nommé, pour nous redonner quelques «repères», comme l'a souhaité le chef de l'Etat. Match inégal puisque le premier avait choisi un meeting fermé, à Saint-Quentin, en Picardie, devant un parterre de militants UMP;  le second bénéficiant de la plus large audience que procure une émission de télévision. Le premier avait donc pris le risque de n'être qu'imparfaitement traduit, le second était dans la posture idéale de celui dont on attend l'expertise.

Partie inégale à mes yeux tout autant sur le fond. Nicolas Sarkozy en effet, pouvoir oblige et devant donc se justifier, s'est rappelé qu'il avait fait campagne contre la social-démocratie, qu'il a de nouveau dénoncé; et s'est employé à renouer avec son discours victorieux de 2007, tout entier tourné vers la réhabilitation, ou plutôt l'acclimatation en France d'un modèle de réussite individuelle puisé non dans le bonapartisme, mais dans les vertus du capitalisme d'outre-Atlantique. Il donnait d'ailleurs l'impression de se parler à lui-même, exercice de remise en cohérence personnelle, pour mieux réassurer sa démarche. D'où l'effet «compil» d'un discours il est vrai destiné avant tout, à réarmer les militants.

DSK au contraire n'avait guère d'effort conceptuel à faire pour se réassurer lui-même, et surtout pour rassurer: oui, la crise remet en circulation l'idéologie social-démocrate; à peine la droite avait-elle cru possible de proclamer sa victoire idéologique qu'elle se trouvait prise à contre-pied par des circonstances qui obligent à revenir vers le collectif, qui conduisent, selon DSK , à «retrouver des valeurs de solidarité, des valeurs socialistes!» Un boulevard, vous dis-je!

Inégalité enfin tirée de l'image dominante: en 2007, la France immobilisée par le chiraquisme avait choisi l'énergie, incarnée par Nicolas Sarkozy; en 2009, la crise conduit à rechercher la compétence. Hélas pour lui, il n'y a pas d'élection présidentielle en vue; car, sur ce chapitre, DSK bénéficie de l'aura d'une fonction qu'il doit à ... Nicolas Sarkozy. Sans effort démesuré, l'ancien ministre des Finances incarne une référence qui rassure en elle-même.

Mais au-delà de leurs différences, Nicolas et Dominique sont dans le même bateau, et nous avec. Ils sont en effet également menacés par une vague de fond à deux composantes, qui saisit ou ressaisit une partie de l'opinion: le souverainisme et le robespierrisme. La première se traduit par le retour progressif du protectionnisme, qui s'insinue dans les plans de relance, et dont la France n'a pas le monopole; sans que l'on puisse évoquer une poussée comparable à celle de l'entre-deux guerres, elle est déja suffisante, aux dires de Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, pour ralentir la future relance puisque le commerce mondial ne sera pas relancé aussi vite et aussi fort que cela eut été nécessaire.

La seconde tendance — pure perception personnelle, qui n'est assise sur aucune étude d'opinion — me semble plus franco-française, même si la colère contre le monde patronal est désormais très largement répandue, notamment aux Etats-Unis: elle consiste à stigmatiser une catégorie de la population, à dénoncer, à demander des têtes. Ce qui n'est bon pour personne, pas même pour celles et ceux qui sont légitimement le plus en colère contre les inégalités les plus visibles. Avec une violence latente qui pour le coup peut rappeler le climat des années 1930.

Elle se manifeste dans la tonalité du consensus actuel sur les rémunérations des patrons, bonus, et autres stocks options, alors que nous sommes dans la plus grande confusion, car on mélange allègrement des situations fort peu comparables. Mais il nous faut des têtes au bout des piques! Bien sûr, je n'oublie pas qu'en 1981, le premier Premier ministre du premier gouvernement d'union de la gauche avait promis de «faire rendre gorge aux frères Willot», alors patrons d'une partie d'une industrie textile aujourd'hui disparue. Mais c'était Pierre Mauroy! Et Pierre Mauroy est par dessus tout un grand démocrate et ne s'est jamais rêvé en Fouquier-Tinville.

Un peu de clarté pourrait venir d'un raisonnement que l'on pourrait poser ainsi; à la condition que l'objectif soit bien de faire refroidir la marmite, et non de remettre de l'huile sur le feu. S'agissant des entreprises aidées par l'Etat, ou renflouées par lui, il ne devrait même pas y avoir de débat: l'Etat doit imposer des limites claires, interdire les abus manifestes, règlementer; ce qu'il est en train de faire, après moulte tergiversations.

S'agissant du reste, c'est-à-dire du point de savoir si, crise ou pas crise, certaines rémunérations sont trop élevées, il faut en revenir aux fondamentaux dans une société républicaine; à savoir l'exercice de la volonté générale, qui passe par l'impôt. Qui considère que les plus aisés doivent contribuer plus que les autres doit proposer de les taxer plus que les autres; ce que veut faire Barack Obama lorsqu'il fixe un seuil de 200.000 euros par ans: en dessous, statu-quo, ou baisse, au dessus, surtaxe.

En France, c'est une voie que Nicolas Sarkozy refuse: il allège l'impôt des petites classes moyennes et refuse de toucher au «bouclier fiscal». A la gauche de dire ce qu'elle ferait exactement, plutôt que de faire chorus avec ceux qui trouvent plus commode de stigmatiser les «patrons» en tant que tels. Bref, un débat de cette nature — après tout, pour sortir de la «Grande Dépression» , Roosevelt avait taxé le revenu des très riches à 90% - vaudrait mieux que le terrain glissant sur lequel tant de responsables se sont engagés.

En attendant, Dominique et Nicolas s'en vont nous représenter au G20. Il faut souhaiter que le match s'arrête alors et qu'ils consacrent pour un temps l'essentiel de leur énergie à trouver au moins en partie la solution à la crise. Ils y ont intérêt l'un comme l'autre. Nous aussi.

Jean-Marie Colombani

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Comments

D'accord et pas d'accord

Je suis d'accord avec tout ce que vous dites, monsieur Colombani, sauf que je n'ai pas vu le moindre match entre Nicolas et Dominique.
Pour moi il n'y a pas de match... enfin pas encore !
N'allons pas trop vite en besogne, et laissons encore couler les eaux de la Seine et du Potomac !

Marianne Arnaud

Discussion ou disputation?

On doit vous être reconnaissants du propos pondéré, mesuré de cet article. De ce fait il permettrait d'engager la discussion, la réflexion et même l'innovation dans les analyses et les propositions. Je m'étonne donc qu'il n'y en ai pas plus.

Cela demanderait notamment d'établir la vérité des faits là où elle semble bannie du débat. Par exemple quel est l'état de l'imposition en France en comparaison des autres pays équivalents en ce qui concerne les hauts revenus? Sans cela les discussions sur le bouclier fiscal relèvent du combat plus que du débat, de l'affrontement des fantasmes que de l'analyse. Or je ne vois pas associée cette information lorqu'il est question de ce fameux bouclier.

Mais il y a deux questions qui me paraissent essentielles dans votre propos

La première c'est celle des tendances problématiques dont vous identifiez deux cas, le souverainisme et le robespierrisme. Le premier serait ce repli nationaliste qui étoufferait en effet les logiques et dynamiques économiques sur lesquelles nous vivons par un protectionnisme auto destructeur. Le second est celui de la révolution, modèle 93, dont sont issus une grande part de nos maux nationaux. Le coupage de têtes est symboliquement l'amputation du chef, non seulement de celles et ceux qui dépassent mais de toutes celles et ceux des humains dont l'autonomie propre, l'altérité, passe pour une menace.

Selon Philippe Nemo (Les deux Républiques Françaises, Fayard) c'est cette logique qui prévaut, notamment dans l'éducation nationale et l'université française, mais aussi dans l'étatisme jacobin. Cela explique la violence défensive vis-à-vis de toute ingérence du politique. C'est à cela que s'est attaqué Nicolas Sarkozy. Qu'en pense DSK? Mais qui sont les adhérents du PS?

Il y a un autre courant que l'on devrait aussi surveiller. Je lis que le NPA et les verts soutiennent Yvan Colonna contre la justice française. Quel rapport? Alain Lipietz trotskyste; leader des verts il y a quelques temps et proche des mouvements corses. Ou cette information : http://jacquesthomet.unblog.fr/2008/12/30/je-denonce-lappui-des-trotskys... . Est-ce du robespierrisme ou autre chose même si la source est la même?

La seconde c'est celle des modèles portés par DSK et par Nicolas Sarkozy. Un fois vérifié que les mots servent n'importe quel Sens (libéralisme, socialisme) on ne peut continuer à les utiliser pour identifier une position, une vision surtout si elle s'adresse au futur plus qu'au passé.

Il y a deux problèmes auquels ils sont confrontés. Le premier c'est le systémisme économique qui ramène les acteurs et les politiques à être les agents régulateurs de phénomènes qui les dépassent. Ses mécanismes restent alors aux mains d'experts qui savent que la morale n'est pas intégrée au systéme et que ses équilibres n'ont que faire des référentiels culturels et des conforts installés. Or s'il n'y a pas de communautés responsables de ce qui est à leur échelle et à celle des communautés plus larges auxquelles elles participent il n'y aura pas d'économie humaniste.

Le second c'est la question de l'autonomie des acteurs économiques. Considère-t-on que les hommes et leurs entreprises doivent être indépendants de toute contrainte collective (individualisme) ou au contraire entièrement dépendants du collectif (collectivisme)? Faut-il chercher un équilibre entre les deux? Certes non. Il faut tourner la page des impasses du passé.

Alors l'autonomie responsable, engagée communautairement ne serait-ce pas une conception plus mature des affaires humaines. Pas d'entreprise qui ne soit confrontée à son engagement dans le Sens du bien commun de telle ou telle communauté nationale, régionale ou autre, librement, mais avec toutes les conséquences. Pas de valeur économique mesurée sans les valeurs communautaires qui en déterminent les échelles d'évaluation. Pas d'économie « hors sol » indépendamment des communautés auxquelles participent les gens à leur échelle (proximité, marchés, monde). Pas d'économie sans inscription dans un développement communautaire approprié.

Débarrasés des extrémités qui les assailleront encore longtemps DSK et Nicolas Sarkozy ont du pain sur la planche pour sortir de leurs habits mentaux. Le match qu'ils auraient à engager c'est celui de l'émulation plus que de la compétition, de la discussion plus que la disputation.

Roger Nifle Humanisme Méthodologique et Prospective humaine
http://journal.coherences.com

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