Le PS révise sa réforme de l'école
Les socialistes disent préparer une réforme scolaire de grande ampleur. Qu’en restera-t-il en 2012?
- Free School Child's Hands Choosing Colored Pencils / D. Sharon Pruitt via Flickr CC License by -
Arlésienne des deux scrutins de 2002 et 2007, Godot des débats parlementaires, l'école va-t-elle enfin être un des enjeux électoraux de la présidentielle en 2012 ? Le Parti socialiste s'y prépare, à côté d'autres thèmes de campagne (sécurité, réforme fiscale, retraites...). Début décembre, celui-ci prévoit une «convention sur l'égalité réelle», présentée par le porte-parole Benoît Hamon, qui doit notamment traiter de la question scolaire. La première secrétaire Martine Aubry réfléchit à une intervention personnelle dès octobre sur le sujet. Dans tous les cas, plusieurs responsables socialistes – Bruno Julliard et Vincent Peillon en tête - promettent une évolution sans précédent de leurs propositions sur l'école. «Révolution culturelle et structurelle» pour l'un, «réforme des réformes» pour l'autre.
Au pays des Lumières, de Voltaire et d'Hugo, l'école fabrique désormais de l'échec. Chaque année, près de 15% des élèves sortent en grande difficulté du système, soit près de 100.000 jeunes. Une bérézina éducative et sociale alors que le budget de l'Education nationale est un des plus élevés de la République – environ 53 milliards d'euros en 2010.
La fin du dogme des moyens?
Au pied du mur, le PS donne l'impression d'avoir (enfin?) compris le message, en pensant un projet global, quitte à briser plusieurs tabous et à jouer la société civile contre les syndicats enseignants. Différents signaux en attestent. Le dernier en date est la table ronde sur l'école organisée à l'université d'été de La Rochelle, fin août. Les différents intervenants (un sociologue, un psychanalyste, un politologue... mais aucun représentant syndical) ont tous dressé le «constat tragique» d'un système scolaire «élitiste et inégalitaire». Signe que les lignes bougent, Bruno Julliard, secrétaire national à l'Education et organisateur de la réunion, proche d'Henri Emmanuelli et de la gauche du parti, avait même invité le directeur général du très libéral Institut Montaigne, Laurent Bigorgne, avec lequel il converge sur la réforme du primaire.
Le PS écrit désormais noir sur rose qu'«injecter des moyens supplémentaires ne suffira pas à remettre sur les rails un système qui dysfonctionne». Un changement de ton parfaitement assumé par Bruno Julliard :
«Jusqu'à présent, le discours du PS a été de dire au monde éducatif: si vous votez pour nous, nous reviendrons sur les décisions prises par la droite et nous vous donnerons toujours plus de moyens. Tout ça pour obtenir un consensus syndical et éviter les questions qui fâchent. Cette technique du filet d'eau tiède est terminée.»
L'influence des palmarès mondiaux
Les études, rapports, statistiques... sur l'échec scolaire français ne manquent pas. Le diagnostic est connu. Citons les études Pisa, réalisées tous les trois ans pour mesurer «l'acquisition des savoirs» des moins de 15 ans dans les pays de l'OCDE. La place de la France y recule de palmarès en palmarès. De 2003 à 2006, celle-ci a chuté du 10e au 19e rang (sur 30) pour les sciences, du 14e au 17e pour la lecture, et du 13e au 17e pour les maths. La prochaine étude Pisa doit être rendue publique en décembre pour la période 2006-2009.
Citons encore le rapport Attali (1) de 2008 pour «libérer la croissance»: sur les 316 propositions du document, la première «ambition» est de «préparer la jeunesse à l'économie du savoir» en faisant en sorte notamment que «tout élève, en fin de 6e, maîtrise le français, la lecture, l'écriture, le calcul, le travail de groupe, l'anglais et l'informatique». Citons enfin le troisième «baromètre du rapport des enfants à l'école» de l'Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) selon lequel 85 % des élèves des quartiers populaires ne comprennent pas «souvent» ce qui leur est demandé en classe. Des enfants stressés – presqu'autant que les Japonais – et des profs désabusés, mauvais calcul.
Après la vie en 1981, le PS compterait désormais changer l'école. «Le discours républicano-égalitariste sur l'école ne fonctionne plus. Notre école est prise dans un système libéral qui produit des inégalités sociales, économiques et culturelles et qui ne profite qu'à la classe la plus aisée de la société. L'égalité des chances n'existe pas », estime Bruno Julliard. Un pragmatisme qui heurte au pays de Jules Ferry, mais qui rejoint le message lancé à La Rochelle par le sociologue François Dubet. «Si la gauche veut sauver son avenir, il vaut mieux qu'elle soit radicalement réformiste plutôt que d'être dans la défense un peu rituelle d'un modèle qui prend l'eau de toute part», a conseillé cet expert, estimant que l'égalité scolaire à tout prix qui consiste à donner les mêmes moyens aux enfants d'ouvriers qu'aux enfants de cadres, aboutit à un système français «plus inégalitaire que le système britannique».
Bruno Julliard, monsieur Idées
Parmi les pistes que Bruno Julliard compte présenter à la Convention sur l'égalité réelle, figurent notamment une réforme du collège et de l'école primaire, ainsi qu'une évolution du statut et de la formation des enseignants. Autant de boîtes de pandore syndicales.
Sur le collège, Bruno Julliard estime qu'«il faut revoir son organisation qui est celle aujourd'hui d'un petit lycée alors que le collège doit davantage se situer dans la continuité du primaire». Une réflexion qui s'inspire en la matière des travaux de Jean-Pierre Delahaye, inspecteur général de l'Education nationale. Cela peut signifier un enseignement au collège moins disciplinaire, des professeurs plus polyvalents avec une bivalence de matières, et des méthodes pédagogiques qui offrent davantage d'autonomie aux établissements. La fin du fameux collège unique mis en place en 1975? «Oui au collège unique pour tous, non au collège uniforme », répond, prudent, Bruno Julliard.
Dans les établissements en ZEP, «le travail des enseignants doit changer». «Moins d'enseignement et davantage de soutien scolaire, de travail en équipe et avec les parents d'élèves», propose l'ancien leader du syndicat étudiant Unef. Traduction : plus de présence horaire et physique des profs dans les établissements. Premier risque de blocage syndical. Objectif: adapter les savoirs aux «parcours diversifiés» des élèves. Second risque de blocage avec des opposants qui crient déjà au spectre d'une école à deux vitesses.
Vincent Peillon, monsieur le ministre
Sur ce point, Julliard rejoint le député européen Vincent Peillon, ministrable de l'Education en cas de victoire de la gauche en 2012. Agrégé de philosophie et ancien prof, celui-ci veut «passer un pacte de confiance entre la nation et ses enseignants», seule réponse à «la crise de l'identité française». Raison de plus pour faire de la réforme scolaire «LE débat fondamental» de la présidentielle.
Vincent Peillon souhaite «revoir le temps et les contenus d'enseignement pour les élèves, deuxième partie du pacte de confiance». Il suggère par exemple d'ajouter trois semaines d'enseignement annuel – ce qui placerait la France au niveau du bon élève européen, la Finlande - et de diminuer de 20% les heures de cours hebdomadaire, en laissant plus de place à l'«accompagnement individualisé». Reste à faire plier le lobby de l'industrie du tourisme qui s'oppose depuis des années au raccourcissement des vacances estivales. L'eurodéputé milite aussi pour la «suppression des grandes écoles» et l'intégration des filières d'excellence dans l'université, et la «fin du baccalauréat» remplacé par une formation continue. Pas sûr que l'ensemble du PS suive une telle radicalité.
Prudent, les socialistes refusent pour l'instant de se prononcer précisément sur la question des moyens, point d'achoppement des négociations avec les syndicats, braqués par les suppressions de postes décidés par la droite. «Ne parler que des moyens est improductif», estime Peillon qui est certain que «les syndicats sont conscients d'un besoin de changement fort, mais ils ne veulent pas être découpés en petits morceaux, ils veulent voir le périmètre général de la réforme». «Changer l'école coûtera cher, mais chaque euro supplémentaire devra être mis au service de la réforme, sinon on arrose le sable», ajoute Bruno Julliard.
Une «révolution» qui fait pschitt?
Reste à savoir quel destin réel sera donné à ces nouvelles pistes de réflexion. Le pari est risqué, tant depuis près de vingt ans, le divorce entre les socialistes et le monde enseignant s'étend, conséquence d'une série de déceptions face à un discours du parti jugé anti-profs, ou trop libéral, ou trop proche des «pédagos» contre les «républicains», éternel débat entre les partisans de l'éducation contre ceux de l'instruction. De la réforme Jospin de 1989 qui voulait mettre «l'élève au centre du système» au «dégraissage du mammouth» par Claude Allègre en 1997, sans parler de la vidéo de Ségolène Royal pendant la campagne de 2006 dans laquelle la candidate ironise sur le temps de travail enseignant – la désaffection est forte. En 2002, au premier tour de la présidentielle, Lionel Jospin n'a recueilli que 27% du vote enseignant (contre 17% pour Jean-Pierre Chevènement et 13% pour Noël Mamère). Cinq ans plus tard, en 2007, Ségolène Royal a repris un peu de terrain, avec 41% de voix chez les profs. Un score honorable mais insuffisant face à la concurrence fatale de François Bayrou (24% !) et Nicolas Sarkozy (17%).
Pour l'instant, le PS s'est contenté du minimum syndical sur les idées scolaires. Son «nouveau modèle économique, social et écologique» présenté en avril 2010 ne consacre que quelques lignes à l'école sur vingt-cinq pages de rapport. «Notre projet proposera une véritable révolution : méthodes pédagogiques renouvelées, statut des enseignants valorisé, grand plan de rattrapage pour nos universités», liste-t-il sans plus de précisions. L'éternel filet d'eau tiède... Le 18 septembre 2010, Ségolène Royal n'a pas été plus concrète lors de son discours à la «fête de la fraternité» de Désirs d'avenir. «L'éducation, toujours l'éducation, encore l'éducation», a martelé l'ancienne candidate à la présidentielle. Peut mieux faire.
Le choix du candidat pour 2012 sera sans doute décisif pour crédibiliser le message scolaire. Si DSK parle de «pédagogie différenciée» selon les élèves, tout le monde entendra «nivellement par le bas» et «privatisation de l'école». Si l'idée est portée en revanche par Martine Aubry, le PS pourra jouer davantage la défense d'un service public fondamental. Socialistes, vous avez deux ans pour remettre votre copie.
Bastien Bonnefous
(1) Jacques Attali est un des fondateurs de Slate.fr.
Photo: Free School Child's Hands Choosing Colored Pencils / D. Sharon Pruitt via Flickr CC License by
Mis à jour le 28/09/2010 à 6h49















































Beaucoup de problèmes peuvent être résolus si les enseignants recevaient une vraie formation adaptée à leur métier et aux élèves actuels. Il ne suffit plus de réciter un cours, faire des exercices et donner des devoirs pour faire comprendre et apprendre : les enseignants ont une rude mission devant eux. Il faut qu'ils apprennent à faire oeuvre de pédagogie, à capter l'attention et la compréhension de leur classe, à savoir gérer les différents activités, les rythmes, la courbe de progression et le temps d'assimilation, etc. Ça passera forcément par des formations de base et continues adaptées, qui forment avant tout des professeurs, et non des spécialistes de leur matière. Par exemple, tous les professeurs pourraient avoir des cours de pédagogie, de communication, de gestion de groupe, avec des simulations.
Cette formation des professeurs devrait éviter le problème actuel qui fait que "85 % des élèves des quartiers populaires ne comprennent pas «souvent» ce qui leur est demandé en classe" : dans ce cas, le temps en classe est du temps perdu. Autre idée : pourquoi ne pas créer des classes spéciales, avec des effectifs très réduits, pour faire remonter les élèves vraiment en décrochage - par exemple dans le cas de redoublements - au lieu de les laisser dans ces classes où ils perdent du temps?
Autre idée : évaluer les professeurs sur les connaissances acquises par leurs élèves, en fonction du niveau de l'année précédente de ces élèves et en fonction de leur classe sociale. Les professeurs capables de rendre les élèves meilleurs que leur niveau attendu recevraient une bonification de salaire, ce qui pourrait attirer les bons professeurs vers des établissements difficiles. C'est clair qu'on risque de faire face à une levée de boucliers de la part des professeurs, avec des arguments plus ou moins honnêtes... Mais l'idée, ce n'est pas de montrer les professeurs du doigt, au contraire, c'est de reconnaitre qu'ils ont un métier aux défis extrêmement difficiles actuellement. D'ailleurs, dans l'idée de revaloriser ce métier, ça serait bien de commencer par relever leurs salaires.
Sinon, bien sûr qu'il faut changer le collège, qui est le principal foyer d'échec scolaire (bien que les cas les plus extrêmes se forment déjà à l'école primaire). L'arrivée en 6ème, avec la disparition du suivi individualisé et de la cohérence pédagogique entre les différentes matières, est une catastrophe. Le collège, c'est la jungle... Au moins, on pourrait faire que chaque élève soit suivi par un espèce de CPE avec qui il ait rendez-vous tous les trimestres.
On pourrait aussi éviter que les élèves emmènent des devoirs à la maison, en essayant de faire l'essentiel du travail à l'école même, via des permanences avec des assistants scolaires.
Dernière idée et je m'arrête : il faudrait s'interroger pour savoir comment faire pour que les enfant lisent d'avantage. Un enfant qui lit fait beaucoup moins de fautes d'orthographe, est plus curieux, a plus de capacité d'attention... Or beaucoup d'enfants s'arrêtent aux oeuvres au programme, n'ouvrent jamais un magazine pour enfants (il est vrai hors de prix).
A part ça, merci pour l'article, bien écrit et synthétique sur les différentes positions aux PS.
Le corps d'enseignants - des gens parmi les plus intelligents et les mieux éduqués du pays - ne travaillent que mi-temps par rapport à l'ensemble de la population (30 semaines par an, 18h de cours max par semaine).
Par conséquent ils reçoivent un salaire de mi-temps. Trop bas par rapport à leurs qualifications et surtout trop peu employés par rapport aux besoins en éducation du pays. Sans vouloir faire du Sarkoisme, vraiment un cas où 'travailler plus pour gagner plus' s'impose.
Deuxième constat : l'ordinateur commence à prendre sa place à l'école et c'est normale. Mais il est loin d'être aussi présent que dans les foyers des élèves. Qui n'a pas vu son enfant où petit enfant, même très jeune, se délecter devant un ordinateur qui pour lui ne présente aucun inconvénient ni crainte?
L'Education Nationale devait investir massivement dans non seulement les équipements mais aussi dans les logiciels nécessaires pour exploiter ce nouveau medium.
Un telle démarche n'est guère probable quand l'EN est gérée par des éducateurs humains pour des éducateurs humains!
Le PS risquerait-il un tel pari?
Jean Tanguy (qui a travaillé 40-45 heures dans d'autres métiers avant de faire 30/36e d'heures dans un CDI de collège-lycée).
Je n'ai pas de mal à le croire. Si l'on manque de photocopieurs et d'ordinateurs pour rédiger des rapports, on imagine bien qu'on en manque encore plus pour l'EAO (Enseignement assisté par ordinateur). Ce qui confirme mes propos.
Dans beaucoup (pas toutes) des disciplines, allant des maths jusqu'aux langues, des cours utilisent l'EAO permettent à la fois d'individualiser les cours tout en imposant des cahiers de charges homogènes, de les rendre plus amusants, de permettre un suivit scientifique et objectif et de dégager davantage de temps pour les enseignants.
Mais ils passent sous silence le fait qu'un enseignant non seulement ne travaille que 18 hrs max devant les élèves dans l'EN mais qu'il ne le fait que pendant 30 semaines par an.
20 semaines donc où le corps de bâtiments est largement sous exploité et, plus grave, pendant lesquelles des milliers de gens - chômeurs, analphabètes, démunis de toute sorte, sont privés de l'aide que les enseignants professionnels du pays pourraient - et devraient - leur apporter.
Moyennant, bien sûr, un vrai salaire de plein temps.