Economie

Pourquoi le high-tech reste masculin

Jill Priluck, mis à jour le 29.09.2010 à 14 h 54

Machisme du secteur ou manque d'intérêt de la part femmes? Toujours est-il que le high-tech reste désespérement masculin. Et si tout cela était sur le point de changer?

Photo: Business Woman / mirimcfly via Flickr CC License by

Photo: Business Woman / mirimcfly via Flickr CC License by

Jessica Mah est la co-fondatrice et PDG de inDinero.com, un éditeur de logiciels d'entreprise lancé en mars 2009. Un an et demi plus tard, ils sont plus de 4.000 à utiliser ses outils pour gérer quelque 305 millions d'euros. La startup se vante également d'avoir obtenu 1,15 million d'euros de financement de la part –entre autres– de Jawed Karim, un des fondateurs de YouTube, et Jeremy Stoppelman, de Yelp.

Mais Mah, qui fait partie de la dizaines de femmes chefs d'entreprises à avoir initialement reçu des fonds de la part de Y Combinator, une société spécialisée dans le financement d'amorçage, refuse de parler du nombre extraordinairement bas de femmes entrepreneurs. «Ce n'est pas le débat», explique-t-elle.

Le point de vue de Mah peut sembler extrême, mais dans cette économie de PME, de nombreuses dirigeantes de startups high-tech hésitent à communiquer sur leur expérience entrepreunariale en tant que femmes. Elle préfèrent parler des problèmes que leurs idées ont résolus, comment elles ont réussi à faire décoller leur business ou du nombre de gens qui utilisent les solutions que proposent leur entreprise. Beaucoup ne se sont jamais senties désavantagées par leur sexe, mais ces femmes qui défient l'adversité et réussissent à monter leur propre boîte l'admettraient-elle si c'était le cas? Sans doute pas.

La semaine dernière, Shira Ovide publiait sur son blog du Wall Street Journal un article sur l'absence de femmes entrepreneurs dans les startups high-tech. Le billet a déclenché une énième vague d'analyses de cette tendance. Fred Wilson, associé principal chez Union Square Ventures, s'est prononcé en faveur d'un XX Combinator, une société spécialisée dans le financement d'amorçage mais uniquement pour les startups montées par des femmes. Réaction épidermique de la part de Michael Arrington, le fondateur de TechCrunch, qui exhorte les femmes comme Rachel Sklar, PDG de Change the Ratio, à arrêter de se plaindre et «agir, monter leur propre boîte», qu'il promet même d'aider. La réponse de Sklar? Mission accomplie.

Une spécificité du secteur

Comme le faisait remarquer le Journal, les théories qui tentent d'expliquer pourquoi il y a si peu de femmes dans l'industrie high-tech, ça n'est pas ce qui manque. Elles ont peur de prendre des risques, elles ne viennent pas du bon milieu, elles n'ont pas le même projet de vie que les hommes, elles ne bénéficient pas d'un encadrement adéquat. Mais tout ce barouf occulte le fait que les femmes sont depuis longtemps des chefs d'entreprise, malgré l'énorme responsabilité qu'est la maternité (et bien souvent, l'éducation des enfants). Même si elles ne représentent qu'1% des entrepreneurs high-tech et que leur chiffre d'affaire annuel est souvent inférieur à un million de dollars, les entreprises dirigées par des femmes pourraient créer jusqu'à 5,5 millions de nouveaux postes –soit un tiers de la croissance de l'emploi– d'ici 2018.

Les entrepreneurs femmes dans cette industrie affirment ne pas se sentir marginalisées par leurs homologues masculins. Deanna Bennett, ancienne gestionnaire immobilier à Chicago, est la co-fondatrice de RentMonitor.com, un éditeur de logiciels pour les petites entreprises de gestion. Le co-fondateur est un homme. Très bien, c'est même son mari. Mais cette année, elle fût l'une des deux seules femmes à recevoir le financement de TechStars, une société basée à Boulder, Colorado, et qui propose un programme de développement pour les sociétés qui font leurs premiers pas. Son domaine d'expertise –les entreprises– la différencie de la plupart des créateurs de startups qui sont le plus souvent des technologues de sexe masculin, mais elle n'a jamais eu l'impression d'être traitée avec condescendance, ostracisée ou bien mise à l'écart par les autres participants au programme TechStars. Il y a cependant eu quelques discussions d'initiés un peu embarrassantes. «À certains moments, je me suis dit “Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'ils racontent”», admet-elle.

Comme de nombreux entrepreneurs dans cette économie, les femmes s'associent à des gens qui possèdent des compétences différentes des leurs. Emily Olson s'occupait de la gestion de marques privées pour Fresh Market quand sa passion pour l'alimentaire l'a poussée à s'associer à l'entrepreneur Rob LaFave et au technologue Nik Bauman pour monter Foodzie, un marché en ligne qui permet aux petits producteurs et cultivateurs de vendre leurs produits, une startup qui a également participé au programme TechStars. Elle n'avait pas vraiment réfléchi à ce statut de femme entrepreneur avant de devenir une référence, celle qu'on interviewe systématiquement lorsqu'on prépare un article sur les femmes d'affaires. «Je n'y avais jamais songé jusqu'à ce qu'on me demande mon avis sur la question, et je me disais “Oh, c'est rare, oui. Comment se fait-il que moi j'y arrive, et pas les autres?”» Elle attribue cette pénurie d'entrepreneuses au problème posé par la maternité à des femmes qui n'ont pas le luxe du temps que nécessite la création d'une startup.  

Vers un entrepreneuriat «tout high-tech»

Tout comme leurs homologues masculins, les femmes qui dirigent des entreprises high-tech ne capitalisent que sur ce qui les intéresse, ce qui expliquerait sans doute pourquoi il y a si peu de femmes dans cette industrie. Si les femmes ne se lancent pas dans la technologie lourde, c'est qu'elles sont très peu nombreuses à s'y intéresser. Ce n'est pas un secret, il y a plus de femmes dans le marketing que dans l'informatique, et si c'est sans doute parce qu'on les encourage moins que les hommes à s'intéresser aux ordinateurs, c'est peut-être aussi qu'elles trouvent ça particulièrement ennuyeux et beaucoup trop technique. Les femmes sont souvent davantage attirées par le graphisme, le développement de contenu et la gestion produit plutôt que coder des logiciels qui changeront la face du Web. Finalement, l'explication du nombre relativement faible de femmes entrepreneurs dans l'industrie technologique est peut-être plus simple qu'on ne le croit: elles préfèrent seulement monter d'autres types d'entreprises. Mais alors que ces dernières sont de plus en plus étroitement liées à la technologie, nombreuses sont les startups qui finiront par devenir, par défaut, des startups high-tech.

Jill Priluck

Traduit par Nora Bouazzouni

Photo: Business Woman / mirimcfly via Flickr CC License by

Jill Priluck
Jill Priluck (1 article)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte