Monde

La stratégie secrète de Mahmoud Abbas

Jacques Benillouche, mis à jour le 27.09.2010 à 18 h 38

Le président de l'Autorité palestinienne a engagé des négociations avec le Hamas sous l'égide de la Syrie.

Mahmoud Abbas s'adresse à l'Assemblée générale des Nations Unies/ Reuters

Mahmoud Abbas s'adresse à l'Assemblée générale des Nations Unies / Reuters

Tandis que les pourparlers de paix avec Benjamin Netanyahou se déroulaient sous l’égide et la pression des Américains, Mahmoud Abbas, très sceptique sur les chances d'un compromis historique, menait une stratégie parallèle secrète. L'administration américaine n’a pas ménagé les efforts pour éviter un clash prévisible après la date butoir du 26 septembre, marquant la fin du gel des constructions dans les implantations de Cisjordanie, mais elle n'y est pas parvenu. Le dirigeant palestinien a quitté New York le 25 septembre après avoir réitéré devant la tribune des Nations Unies son ultimatum à Jérusalem exigeant la poursuite du gel des constructions dans les implantations de Cisjordanie, faute de quoi la discussion était close.

Rencontre secrète

Mahmoud Abbas a un autre fer au feu. Il a envoyé à Damas une délégation de haut rang de son parti, le Fatah, pour engager des pourparlers secrets avec les dirigeants du Hamas qui s’opposent à tout plan de paix parrainé par les Américains et pour les convaincre d’envisager un rapprochement. Les Egyptiens ont été les maîtres d’œuvre de cette tentative de réconciliation. En s’entremettant depuis plusieurs mois pour obtenir une avancée dans les discussions, ils ont réussi à persuader le président de l’Autorité qu’il devait s’orienter vers la voie de la réunification s’il voulait continuer à obtenir leur soutien.

La délégation du Fatah composée du vice-Premier ministre Azzam Al Ahmad, du général Nasser Youssouf  et du chef des renseignements du Fatah Sahar Basiso a rencontré le leader du Hamas Khaled Méchaal ainsi que Izzat a-Rishak, le chef des services secrets. La présence de ce dernier représentait la caution des activistes puisqu’il a organisé les attentats du 30 août et du 1er septembre contre quatre civils israéliens assassinés en Cisjordanie. Il a réussi à faire entrer en Cisjordanie des terroristes venus de Syrie qui n’étaient pas fichés par les services de sécurité intérieure du Shin-Bet.

Tentative de réconciliation Fatah-Hamas

Les Israéliens ont été informés par leurs services de renseignements de cette rencontre secrète et ne voient pas d’un bon œil une réconciliation entre le Fatah et le Hamas à leurs dépens.  Ils n'ont pas apprécié non plus que Mahmoud Abbas lance un ultimatum pour la suite des pourparlers alors qu’en secret il discute à Damas avec ceux que les Israéliens considèrent comme des terroristes irréductibles. Les Américains ont immédiatement vu le risque pour les pourparlers de paix.

Le défi pour Hillary Clinton consistait à trouver une formule ingénieuse pour résoudre l’imbroglio des constructions dans les colonies tout en tentant de saboter les prémices d’une négociation multipartite Syrie-Hamas-Fatah, initiée par Mahmoud Abbas. Elle a tout fait pour sauver les pourparlers en invitant le président de l’Autorité à ne pas quitter la table des négociations avant l’heure. Elle a demandé l’aide du ministre de la Défense Ehud Barak qui a accepté de décaler son retour ainsi que celle de Yitzhak Molcho, chef des négociateurs israéliens et vieux routier de la diplomatie discrète, qui ont tenté de rassurer les Palestiniens. Mais elle a fini par renoncer à ses efforts pour parvenir à un compromis lorsqu’elle a appris que le président de l’Autorité avait durci sa position et opté pour la diplomatie secrète avec les activistes du Hamas. Elle avait aussi compris que Mahmoud Abbas ne tenait pas à compromettre sa position minoritaire dans son parti en acceptant le dialogue alors que le gel des constructions n’avait pas été décidé.

Impasse diplomatique

Le Premier ministre israélien, quant à lui, avait refusé d’exposer ses intentions en ce qui concerne l’évolution des constructions en Cisjordanie. Il s’est borné à répéter qu’il acceptait les pourparlers directs sans que des conditions préalables lui soient imposées.

Barack Obama est aujourd'hui dans une position difficile. Les pourparlers de paix qui restent le fondement de toute sa stratégie au Proche-Orient semblent une fois encore à l'agonie. Le président des Etats-Unis avait réaffirmé le 23 septembre à la tribune de l’ONU, la position des Etats-Unis en faveur d'une prorogation du gel des constructions dans les colonies. Il a reçu un double camouflet du gouvernement israélien et de l'Autorité palestinienne.

La seule solution pour la diplomatie américaine consiste aujourd'hui à réactiver les processus de paix entre Israël et la Syrie. Damas engagé dans une vraie négociation avec Israël aurait des moyens de pression conséquents sur le Hamas et sur l'autorité palestinienne.  Jeff Feltman, sous-secrétaire américain, a confirmé que son gouvernement «souhaitait voir Israël et la Syrie régler leurs différends dans le cadre d’une paix globale englobant la piste Syrie-Israël».

La rupture décidée par Mahmoud Abbas et Benjamin Netanyahou illustre les limites de l'administration américaine. Elle montre aussi l'autonomie limitée de Mahmoud Abbas face au Hamas et l'habileté de Benjamin Netanyahou. Il a sauvé sa coalition gouvernementale et n’a eu besoin ni de proposer et ni d’accepter une solution menant à un compromis historique et la création d'un Etat palestinien. Il pourra continuer à camper sur une position intransigeante tant que les Palestiniens ne seront pas capables de parler d'une seule voix.

Jacques Benillouche

Photo: Mahmoud Abbas s'adresse à l'Assemblée générale des Nations Unies / Reuters

 

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