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De Torquay à Hossegor, le surf business

Yannick Cochennec, mis à jour le 20.10.2014 à 11 h 57

Comment Quiksilver et Rip Curl sont devenus les marques incontournables et ont essaimé de l'Autralie à la France.

Quiksilver Pro France, à Hossegor, septembre 2007. REUTERS/Victor Fraile

Quiksilver Pro France, à Hossegor, septembre 2007. REUTERS/Victor Fraile

Avis aux amateurs de sensations fortes… La France accueille l’élite du surf mondial entre Seignosse, Hossegor, Capbreton et Saint-Jean-de-Luz, du 25 septembre au 5 octobre, à l’occasion du Quiksilver Pro France 2010. Et ce Pro France, 7e épreuve du circuit de l’ASP World Tour qui en compte dix, tombe à pic au moment où l’Américain Kelly Slater, 38 ans, légende de la discipline, vient de reprendre les commandes du championnat du monde aux dépens de son jeune rival, le Sud-africain Jordy Smith, à la faveur de sa victoire obtenue le 18 septembre lors de la 6e étape à Trestles, en Californie. Slater décrochera-t-il un 10e titre de champion du monde en 2010?

Le Quiksilver Pro France est une compétition relativement récente du circuit professionnel. Sa première édition remonte à 2002. Créé en 1973, le Rip Curl Pro Bells Beach, qui se déroule à Torquay, à une heure de Melbourne, en Australie, reste le plus ancien rendez-vous du calendrier du surf et, pour beaucoup, le plus prestigieux –une sorte de Wimbledon des rouleaux. Bells Beach où Slater a également triomphé en 2010.

Quiksilver, Rip Curl, autant de noms qui nous sont devenus familiers et qui sont omniprésents sur le circuit professionnel du surf par le biais du sponsoring tout comme Billabong, le troisième gros poids lourd du marché. Trois fleurons de l’économie du sport et du sportwear qui ont la particularité d’avoir tous vu le jour en Australie.

Rip Curl et Quiksilver sont même nées au même endroit, à Torquay, cadre du fameux Rip Curl Pro Bells Beach. «Torquay est La Mecque du surf en Australie, affirme Damien Hardman, double champion du monde de surf qui vit dans cette station balnéaire. Si ce sport est votre passion, c’est une destination incontournable.»

Située à quelque 90km au Sud Ouest de Melbourne, Torquay, avec ses 8.000 habitants l’hiver, ne paie pourtant pas de mine, même si elle se niche au cœur de la spectaculaire Great Ocean Road, l’une des plus fameuses routes du monde qui serpente le long de la côte et au détour de laquelle apparaissent les Douze Apôtres, célèbres rochers isolés au milieu des eaux.

Mais le succès de Torquay ne se dément pas depuis les années soixante, période qui a correspondu à l’essor de la culture du surf en Australie. Sa plage de Bells Beach, où se déroule le Rip Curl Pro Bells Beach depuis 37 ans, en est devenu l’épicentre, la Basilique Saint-Pierre tout en écume vers laquelle convergent des «pèlerins» venus des quatre coins de la planète avec leur planche sous le bras. Les vagues qui font swinguer l’endroit s’appellent Rincon, Centreside, Southside, Jarraside et Winkipop.

Généralement, ces breaks mesurent entre 1,5 et 2m (2 et 3m pour Winkipop) quand Bells Beach ne s’assoupit pas. Il y a des années vraiment exceptionnelles. En 1981, les vagues montèrent ainsi jusqu’à 6m lors de la finale du Rip Curl Pro Bells Beach. Et des moins drôles. En février dernier, lors de la dernière édition, ce fut presque calme plat du début jusqu’à la fin. Mais pour l’amateur, Bells Beach reste le spot où il faut avoir surfé un jour. Et le lieu supposé de la scène finale de «Point Break»…

Torquay abrite également Surf City, nom donné à un vaste et très laid quartier commercial entièrement dédié au surf au milieu duquel trônent les deux quartiers généraux (et mondiaux) de Rip Curl et Quiksilver, les deux marques créées à Torquay en 1969 et 1973 par trois jeunes du coin, Brian Singer, Doug Warbrick et Allan Green.

Mais Doug Warbrick et Brian Singer ont été les deux vrais pionniers de cette aventure industrielle et commerciale à partir de 1969 quand accaparés par leur passion pour les breaks de Bells Beach, ils eurent l’idée de produire leurs propres planches nettement plus fonctionnelles que les prototypes sortis des ateliers de l’époque, mais au moins parfaitement adaptées aux difficiles conditions locales. Pour cela, ils achetèrent une ancienne boulangerie qu’ils transformèrent en petite unité de production de fortune avec quatre planches fabriquées chaque semaine. Après avoir failli l’appeler Hot Dog, ils décidèrent de nommer leur entreprise Rip Curl.

Dès 1970, Warbrick et Singer firent un constat décisif. Leurs planches étaient performantes, mais le marché, déjà saturé, ne leur permettait pas d’envisager une issue favorable. En revanche, les clients continuaient de se plaindre des eaux frigorifiées, quelle que soit la saison, de Bells Beach traversées par les courants du Détroit de Bass. Rip Curl déménagea cette fois dans une vieille usine désaffectée de Torquay et se dota de machines à coudre d’avant-guerre pour fabriquer des combinaisons alors inexistantes. Avec quelques personnes, parmi lesquelles Allan Green qui les avait rejoints, ils se concentrèrent sur leur nouvelle production, découpant le caoutchouc à même le sol avant de le faire assembler.

Les championnats du monde amateurs, organisés à Bells Beach en 1970, allaient leur permettre de populariser leurs combinaisons dont le succès fut d’abord national, puis rapidement international.

Pour répondre à la demande, tout Torquay se mit à travailler pour les fils du pays. Dans des dizaines de maisons de Torquay, des couturières improvisées n’arrêtaient plus de jongler avec des morceaux de caoutchouc. En 1973, Singer, Warbrick et Green donnèrent une petite sœur à Rip Curl, une filiale dédiée à la production de shorts et de bermudas aussitôt adoptés par le public lors ces années hippies et décontractées. Allan Green baptisa cette nouvelle entité Quiksilver.

1973 marqua aussi les grands débuts du surf professionnel en Australie par le biais du premier Rip Curl Pro Bells Beach, autre création de nos beach boys de Torquay qui sont, eh oui, les précurseurs de ce circuit mondial qui débarque sur nos côtes landaises et basques.

Rip Curl et Quiksilver se sont séparées peu après 1973 quand Doug Warbrick et Brian Singer ont pris leurs distances avec Allan Green. Chacune a surfé allègrement sur la vague du succès et s’est développée à travers le monde, notamment en Europe où Hossegor est devenue le Torquay du Vieux Continent. Pendant quelques jours, le temps de ce Pro France, la cité des Landes a même des allures de capitale mondiale.

Yannick Cochennec

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