Sports

Débâcle à New Delhi

Françoise Chipaux, mis à jour le 24.09.2010 à 8 h 05

Un pays qui ne sait pas construire un pont est-il une super-puissance?

REUTERS/Danish Siddiqui

Entraînement d'un groupe de Mallakhamb qui se produira à la cérémonie d'ouverture des jeux, le 3 octobre. REUTERS/Danish Siddiqui.

L’Inde voulait en faire l’emblème de son nouveau statut de grande puissance économique et politique reconnue sur la scène internationale. Sans manifestations sportives d’envergures depuis les Jeux Asiatiques de 1982, New Delhi n’avait pas ménagé ses efforts et ses roupies pour faire de ses Jeux du Commonwealth un événement de portée internationale. 7.000 participants de 71 pays étaient attendus. Las, le pays a été rattrapé par ses vieux démons: corruption, désorganisation… Si bien qu’à dix jours de son ouverture le 3 octobre, l’incertitude pèse sur la manifestation.

Les incidents techniques se multiplient: une passerelle métallique piétonnière devant conduire au stade Nehru, lieu de l’ouverture solennelle des jeux, s’est effondrée mardi blessant 23 personnes; la chute d’un dais dans le même stade a blessé deux policiers alors que des tuiles des doubles plafonds dans la salle des combats de boxe et de lutte se sont aussi effondrées mercredi.

Inauguré en grandes pompes, le centre de presse est encore entouré de gravats et les officiels délégués pour faciliter le travail des journalistes restent à former. La palme semble toutefois revenir au village des athlètes jugé «invivable» par les délégués Néo-Zélandais, Ecossais, Irlandais et Canadiens. La presse indienne a fait ses gorges chaudes de la saleté des appartements dans lesquels les ouvriers livrés à eux-mêmes pour se loger ont trouvé des toilettes discrètes. Nombre d’installations sanitaires sont défectueuses ou tout simplement manquantes. A la légère décharge des organisateurs, des pluies de mousson exceptionnelles ont noyé le chantier et augmenté d’autant le retard déjà considérable de l’Inde qui avait pourtant sept ans pour se préparer.

Comme si tout cela ne suffisait pas, le mitraillage dimanche de deux touristes Taïwanais en visite près de la grande mosquée de New Delhi a ranimé les craintes sur la sécurité, sous jacentes depuis les attaques de Mumbai en novembre 2008. Ces violences avaient fait près de 200 morts dont de nombreux touristes étrangers. La police indienne a bien tenté de discréditer la revendication des Moudjahiddines Indiens, un groupe extrémiste islamiste, mais les menaces proférées par celui-ci inquiètent nombre de participants.

Pratiquants avec aise la méthode Coué, les dirigeants indiens assurent en cœur que les Jeux se dérouleront dans de parfaites conditions et seront un véritable succès. Ils balayent d’arguments parfois spécieux les critiques venus de l’étranger. Affirmer comme le fait le ministre du développement urbain, Jaipal Reddy, que les critiques sur la propreté et la maintenance sont des «questions mineures» ou comme Lalit Bhanot, le porte-parole officiel des Jeux que «chacun a des standards différents de propreté. Les occidentaux les leurs. Nous les nôtres» n’ont pas même convaincus les locaux. «L’Inde ressemble à une vaste décharge à ordures et notre ministre affirme que ce n’est pas “important”. Maintenant pas même Dieu peut sauver l’Inde. J’ai honte d’être Indien et de vivre entouré de saletés», écrit ainsi un lecteur dans le grand quotidien anglophone Hindustan Times. «Quoi qu’il arrive nos élites politiques clameront que c’est un succès. Ces gens n’ont plus honte de rien», renchérit un autre dans le même quotidien.

Pour assurer le «succès» de ces Jeux censés faire briller l’image de New Delhi, présentée comme la capitale d’une Inde conquérante et moderne, des centaines de milliers de personnes — hommes, femmes et enfants — installées de longue date dans des logements de fortune au cœur de la capitale ont été au fil des mois brutalement déplacés à des heures du centre ville sur des terrains sans eau et sans électricité. Ces sans grades déshérités assuraient pourtant les services (chauffeurs, gardiens, servantes, etc) d’une classe moyenne en pleine croissance. Pour faire place au village olympique, les bidonvilles le long de la rivière Yamuna ont été détruits et ce sont ces ouvriers éjectés sans ménagement de chez eux qui ont été mobilisés pour construire les 78 tours du village de ce même village olympique.

L’ombre qui pèse désormais sur ces Jeux dont le coût estimé initialement à 100 millions de dollars est passé aujourd’hui à plus de 3 milliards — risque d’être d’autant plus noire que le grand voisin et rival Chinois a lui parfaitement réussi les Jeux Olympiques de 2008.

Francoise Chipaux

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