Areva, le Niger et les Touaregs: une histoire des conflits d'intérêts
Entre le Niger et Areva, les relations se sont tendues. Et si la rébellion touareg est terminée, la culture du banditisme armé reste présente chez les jeunes adultes plus attirés par les trafics que par l’intégrisme.
- Une caravane touareg en 2005 au Niger. REUTERS/Finbarr O'Reilly -
Au Niger, les intérêts stratégiques de la France sont en jeu. Les mines d’Arlit produisent l’uranium indispensable au fonctionnement des centrales nucléaires d’EDF qui fournissent les trois quarts de l’électricité consommée dans l’Hexagone. Mais pour se prémunir des aléas plus géopolitiques que géologiques, le groupe français Areva, numéro un mondial de l’extraction d’uranium (8.623 tonnes en 2009 dans le monde) a diversifié ses sources. Il opère aussi au Canada, au Kazakhstan, en Namibie…
Cette diversification se justifie d’autant plus que, selon les statistiques établies par Bertrand Barré, conseiller scientifique du groupe, les réserves d’uranium au Niger ne représentent que 3% des réserves mondiales, contre 24% pour l’Australie, 17% pour le Kazakhstan, 13% pour le Canada… Mais la place du Niger dans l’univers d’Areva s’en trouve modifiée et les relations entre Paris et Niamey passent par des épisodes d’extrême tension.
Le Niger n’est plus la carte maîtresse d’Areva
En 2008, le gouvernement nigérien a accusé Areva de soutenir la rébellion touareg et prévenu les autorités françaises qu’il serait dorénavant beaucoup plus attentif aux propositions de groupes concurrents dans l’extraction d’uranium, notamment chinois. Ainsi, alors que les mines au Canada sont devenues les principaux gisements d’extraction d’Areva et que montent en puissance Kazakhstan et Namibie, la part des mines du Niger va encore reculer.
Cette situation ne semble pas être totalement étrangère aux conditions de l’enlèvement sur le site d’Arlit de cinq Français, un Malgache et un Togolais, opération revendiquée par Aqmi (al-Qaida au Maghreb). Compte tenu des intérêts stratégiques de la France sur place, on peut être stupéfait d’apprendre que la surveillance du site n’était assurée que par des vigiles non armés dans un Sahel où le risque terroriste existe et où des enlèvements sont régulièrement perpétrés. Certes, l’accord négocié par Paris et Niamey à la suite des tensions de 2008 prévoit que les sites d’Areva au Niger sont sous la protection de l’armée et de la gendarmerie nigériennes. Mais manifestement, compte tenu de la fraîcheur des relations qui s’est installée entre les deux capitales, cette protection d’intérêts français n’est plus la priorité des autorités de Niamey.
Protection sous condition, avertissement sans suite
D’autant que le Niger manque de moyens: dans une lettre à Areva datée du 1er septembre, le capitaine Seydou Oumanou, préfet d’Arlit, soulignait que «la situation sécuritaire reste hélas précaire dans la région d’Agadez en raison des actes de banditisme de plus en plus fréquents. Cette situation est malheureusement en train de se dégrader davantage particulièrement dans le département d’Arlit. (…) Vous comprendrez que dans ces conditions la menace du groupe Aqmi est à prendre au sérieux car un tel contexte est favorable à toutes les actions crapuleuses». Insistant sur le manque de moyens à sa disposition, le préfet «exhortait» la direction du groupe à créer une «dynamique» et de fournir des «contributions en moyens matériels et financiers nécessaires». En clair, le préfet d’Arlit demandait à Areva de contribuer au financement de sa protection par l’armée.
La direction d’Areva a bien pris connaissance de cette lettre, estimant qu’elle «s'inscrit dans le cadre du dialogue et de l'évaluation permanente des moyens financiers et matériels qu'Areva met à disposition des autorités gouvernementales du Niger». Les choses en sont restées là, malgré la menace créée par la présence dans la région, comme indiqué dans la lettre. Car à la suite des rencontres les 8 et 10 septembre avec les autorités militaires et administratives, Areva a considéré que «ni le préfet d'Arlit, ni les autres autorités n'ont communiqué d'information particulière».
Des Touaregs hors de contrôle
Conseillé par la société EPEE, spécialisée dans l’assistance des entreprises à l’étranger et la protection de leur patrimoine, Areva s’assure les services de sociétés locales de gardiennage pour assurer la sécurité sur les sites. Celles-ci emploie des Touaregs, ce qui avait permis au gouvernement de Niamey d’accuser le groupe de soutenir la rébellion au moment des soulèvements dans toute la zone sahelienne.
Aujourd’hui, la rébellion est terminée. L’Algérie a beaucoup travaillé à l’abandon de la violence. Même le président libyen Khadafi qui, en 2006, militait pour la création d’une Ligue populaire et sociale des tribus du Grand Sahara et voulait réunir à terme tout le Sahara en un État fédéral, a appelé au dépôt des armes. Celui-ci est intervenu en 2009 à l’occasion d’une réunion des tribus touaregs du Mali, du Niger et de la Libye, rappelle le journaliste engagé Saâd Lounès. Pour faire bonne mesure, le Niger a décrété l’an dernier une amnistie pour les rebelles touaregs.
Toutefois, les regroupements de population continuent de poser problème. La majorité des tribus touaregs cherchent maintenant à acquérir une certaine autonomie régionale, mais leur situation s’est dégradée. «Chacun y a contribué en utilisant les divisions et les intérêts à court terme des uns et des autres», commente un diplomate qui fut en poste dans la région. Dans ce contexte, les fondements d’une culture fortement imprégnée par le banditisme armé demeurent très présents. Et certains jeunes adultes de ces tribus attirés par l’argent facile, ont vite fait de choisir la participation à des trafics de toutes natures à travers le Sahel.
Cigarettes, carburants, armes et enlèvements, le Sahara devient une plaque tournante parcourue par des bandes armées. Les otages entrent dans cette logique de monnaie d’échange. C’est ainsi que s’établissent des axes de convergences avec Aqmi, que la surveillance des personnels d’Areva s’est révélée défaillante et que, d’après Le Monde, le président de la société EPEE a pu parler de «trahisons internes». Mais pour les Touaregs eux-mêmes qui peuvent offrir à Aqmi l’apport logistique dont les islamistes peu nombreux sur place ont besoin, les enjeux ont changé. Cette évolution par ailleurs très récente n’a pas été suffisamment perçue et intégrée par les sociétés nigériennes de gardiennage et par les responsables des systèmes de sécurité d’Areva.
Pas de dérive intégriste chez les anciens rebelles
Pour autant, les spécialistes du Sahel ne perçoivent pas –à ce stade– de dérive des Touaregs vers l’islamisme. «Il n’y a pas d’islamisme, pas d’intégrisme chez les Touaregs, confirme Thierry Tillet, maître de conférences à l'Université de Grenoble et spécialiste de l’histoire saharienne. Mais il existe un problème d’intégration des Touaregs parce qu’ils sont craints par le gouvernement nigérien qui est du sud.» Cette fracture a de lourdes conséquences: «Le problème posé par Aqmi pourrait être réglé par les Touaregs, mais le gouvernement ne veut pas leur donner des armes, et les Touaregs disent qu’ils ont rendu les leurs en mettant fin à leur rébellion.»
L’Europe en retard dans l’antiterrorisme au Sahara
La France a aussi sa part de responsabilité. Ses centres d’intérêts se détournent des pays d’Afrique occidentale; au Niger, la Chine prend de plus en plus la place qu’elle occupait autrefois. Et dans le cadre du Plan Sahel contre le terrorisme qui associe la Mauritanie, le Mali et le Niger, elle reste très en retrait pour apporter son soutien tout comme les autres pays de l’Union européenne, commente le journal algérien Le Temps. Au point que, dans le cadre de leur politique globale, les Etats-Unis se révèlent aujourd’hui plus présents que les pays européens pour mettre en place une association transsaharienne antiterroriste. Pour la société EPEE, «il est temps que ce plan devienne réalité»: depuis sept ans, on compte pas moins d’une soixantaine d’otages enlevés dans la zone du Sahel.
Gilles Bridier
Mis à jour le 23/09/2010 à 18h09














































"les fondements d’une culture fortement imprégnée par le banditisme armé demeurent très présents. "
Ces mots sont très graves. Surtout en ce moment. Il y a du banditisme au Sahara comme en toute part du globe mais ce n'est pas plus un élément ou fondement de la culture touareg que dans la nôtre. Des millions de personnes ont au Sahara et au Sahel un métier normal, une vie dure mais régit par des codes ancestraux de respect et de tolérance. Il serait honnête et professionnel de votre part de corriger cette phrase qui peut avoir de lourdes conséquences sur l'image des touaregs en France, le ressentiment de cette communauté vis à vis de nous.
En 11 ans de reportages et films au Sahara, je n'ai guère croisé qu'une vingtaine d'AK47, principalement entre les mains de militaires, membres des armées nationales. Le bandit est mis en marge de sa communauté comme chez nous.
Je vous remercie de l'attention que vous porterez à ce commentaire.
Cordialement Nicolas Loizillon
Pour exemple: "tu sais , nous les touaregs on est entre trois feux, un feu qui nous brule et alimanté par les gouvernementaux malien et negien. un feu qui rendent notre terre l'enfer et alimenté par ces malades mentaux d'A...QMI. et l'autre feu qui nous traite avec tous les noms des oiseaux alimenté par les medias occidentale. on est très faible pour faire face à tout ces feux. queceque on a fait pourque on merite tout ça? c'est injuste c'est injuste." Ibrahim Ag Wanasnate
Très franchement que cela vous coûte-t-il de reformuler cette phrase ? 1 minute ? Cela serait professionnel, et éviterait ce genre de réactions: "il ne peut pas retirer sa phrase c'est les sources de son du pain. on cherche à vivre sur le malheur des autres."
De surcroît, elle n'est pas évidente à comprendre. Chaque mot compte en ce moment.
Pour information, et sans polémique aucune, les rebellions ont commencé en 1963, aucune source scientifique ne valide le fait qu'il y ait filiation entre les tribus qui pratiquaient les rezzous (arabes et touaregs), les rebellions, et les bandes armées actuelles. Les rebellions ont été des soulèvements conjoncturels, épidermiques face à des situations d'auto-défense, et ne sont que rarement le fait de décisions tribales (il y a autant de tribus touaregs que de régions en Europe).
Enfin, oui, il y a des épées lors de certaines cérémonies comme nous avons nos fêtes médiévales avec armures et hallebardes à Provins ou Tonquédec, nos défilés de soldats en armes sur les places de villes et capitales le 14 juillet. Je ne pense pas que cela présume d'une quelconque importance du banditisme dans les fondements de notre culture.
Je me permets de vous indiquer ci-dessous une liste de sites qui témoignent de la culture et des actualités du monde touareg et espère que vous saurez entendre cette demande de modifier votre phrase. Je vous remercie.
Temoust.org http://www.temoust.org/ Le portail du peuple Touareg berbère Kel Tamasheq
Good Morning Afrika http://goodmorningafrika.blogspot.com Enjeux géopolitiques et stratégiques en Afrique
Issikta http://issikta.blogspot.com Actualités du peuple touareg
Kidal Info http://www.kidal.info Actualités du Nord Mali
Agadez-Niger http://www.agadez-niger.com Infos de la région d’Agadez
Tamasheq.net http://www.tamasheq.net Le site des musiques touarègues
Sahel sounds http://sahelsounds.com Exploration de la société et de la musique contemporaine au Sahara et Sahel
En Vouature Simone http://envouaturesimone.blogspot.com Actualités militante du Sahara
Le Blog Saharien http://www.leblogsaharien.com Actualités culturelles du Sahara
La Rahla http://www.larahla.org Amicale des sahariens