Economie

Le drame d’être riche aujourd’hui

Gérard Horny, mis à jour le 27.09.2010 à 18 h 40

L’argent placé à court terme ne rapporte rien, la Bourse est médiocre. Que faire de son argent?

Au Salon automobile de Genève Denis Balibouse / Reuters

Au Salon automobile de Genève Denis Balibouse / Reuters

Il y a des drames que les médias passent trop souvent sous silence. L’affaire Bettencourt a certes eu le mérite de rappeler que la vie des riches n’est pas toujours un long fleuve tranquille, mais d’une façon générale on ne parle pas assez des problèmes que cela pose d’avoir un gros patrimoine à gérer. Un financier doté d’un solide sens de la réalité nous disait récemment qu’il ne travaillait pas pour enrichir ses clients, mais seulement pour leur permettre de rester riches. Et ce n’est pas si facile qu’on le croit. A la gauche de la gauche, on parle tout le temps de ces gens fortunés qui gagnent des millions, voire des milliards, en Bourse, mais on oublie de dire que l’indice CAC 40 était monté à près de 7.000 points en 2000 et qu’aujourd’hui les investisseurs sont contents quand il remonte au-dessus de 3.800 points! Autrement dit, un patrimoine boursier qui aurait évolué comme l’indice aurait perdu près de la moitié de sa valeur en dix ans (et même plus en tenant compte de l’inflation).

Selon les experts du NBER (Bureau national de la recherche économique), les Etats-Unis sont sortis de récession en juin 2009. Celle-ci, qui avait commencé en décembre 2007, a duré dix-huit mois, ce qui en fait la plus longue depuis la Seconde guerre mondiale. Si l’on accepte ce diagnostic, il faut en conclure qu’on est revenu en phase d’expansion depuis plus d’un an déjà. Mais on constate que, passé le premier rebond, la croissance américaine se fait plus hésitante. De même, en Europe, après les bonnes surprises du deuxième trimestre, en Allemagne notamment, les perspectives apparaissent nettement plus modestes pour les prochains mois. Dans ces conditions, les liquidités vont encore être mal rémunérées pendant une période de temps assez longue: même si la Réserve fédérale des Etats-Unis et la BCE (Banque centrale européenne), au vu de statistiques économiques plus favorables que prévu, venaient à revoir leur politique, elles commenceraient par mettre un terme à toutes les procédures exceptionnelles de financement  avant de relever les taux directeurs. Avec un taux à trois mois à moins de 0,9%, on est donc forcément tenté de chercher ailleurs des placements plus rémunérateurs. Mais où?

C’est bien là le problème. La période est surtout riche en incertitudes! Le trait dominant que l’on peut observer sur les marchés est l’aversion au risque. Et, comme toujours dans ces circonstances, on retrouve en tête deux grands classiques: l’or et l’immobilier. L’once d’or est passée le 17 septembre à plus de 1.280$, mais, si l’on en croit certaines analyses graphiques, 1.300$ serait une barrière difficile à franchir et il serait maintenant plus avisé de s’intéresser à l’argent, resté en retrait. Quant à l’immobilier, on constate que les prix sont repartis à la hausse à Paris et dans quelques grandes villes de province. Compte tenu des problèmes particuliers de certains de ces marchés (la pénurie de logements à Paris notamment), il peut être tentant de miser sur une poursuite du mouvement. Mais, dans une optique de placement, acheter cher implique que l’on loue ensuite cher pour rentabiliser son investissement; or, en dehors de quelques cercles privilégiés, la hausse du pouvoir d’achat des locataires ne suit pas celle des loyers et il risque d’y avoir des déconvenues. De même, en ce qui concerne l’immobilier d’entreprise (bureaux, entrepôts, commerces, etc.), les investisseurs ont tendance à se retrouver sur les bureaux de qualité «prime» du triangle d’or à Paris, par souci de sécurité, et ces bureaux très chers offrent un rendement plus faible que ne laissent penser les loyers officiellement affichés.

Pour le reste les obligations d’Etat, en dépit des avertissements des agences de notation, s’en sortent plutôt bien, si l’on excepte celles des Etats les plus mal notés: même si les Etats-Unis ou la France sont parfois menacés de perdre leur note triple A, les investisseurs ont besoin d’acheter leurs titres. Résultat: ces emprunts sont chers et offrent eux aussi un rendement modeste (autour de 2,80% à dix ans à Paris). Les obligations émises par les entreprises rencontrent aussi un certain succès: elles offrent une sécurité plus forte que certains Etats! En revanche, les actions ne suscitent aucun engouement. Depuis le rebond spectaculaire enregistré entre le printemps et l’automne 2009, hausses et baisses se succèdent. Les perspectives sont médiocres et, aux Etats-Unis, les épargnants tentés par un retour en Bourse ont été choqués par la chute de près de mille points en une demi-heure de l’indice Dow Jones le 6 mai; le mouvement a été vite corrigé, mais de telles émotions laissent des traces. L’argument selon lequel les actions sont le meilleur des placements à long terme ne fait plus recette.

Ces problèmes de riches ne nous concernent pas, seront tentés de penser certains. Ce serait une erreur. Si les plus fortunés (et souvent les mieux informés) ont des problèmes parce qu’ils estiment n’avoir d’autre choix que de se porter sur des actifs sûrs, mais déjà très chers, ou de prendre des risques mal rémunérés, les épargnants plus modestes n’ont guère de chances de faire de bonnes opérations. Enfin, l’investissement dans des logements et des bureaux de zones privilégiées ou des métaux précieux n’est pas forcément la meilleure utilisation que l’on pourrait imaginer pour les capitaux quand les investissements et les créations d'emplois se font rares. Quand les riches ont des problèmes d’argent, les pauvres peuvent aussi se faire du souci.

Gérard Horny

Photo: Au Salon automobile de Genève Denis Balibouse / Reuters

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