Life

Il est temps d'enterrer votre vieux navigateur

Chris Wilson, mis à jour le 28.09.2010 à 9 h 22

Internet Explorer 9, Chrome et Firefox sont géniaux, mais des logiciels périmés paralysent toujours le Web.

Photo: Capture d'écran modifiée du site IE6funeral

Photo: Capture d'écran modifiée du site IE6funeral

Qui allons-nous accuser maintenant? Pendant des années, Internet Explorer a été décrit par la clique Firefox-Chrome comme l'obstacle majeur à un Web du futur riche et luxuriant. Tandis que ces navigateurs supportaient les technologies dernier cri comme le HTML5 et permettaient d'afficher des graphismes rutilants, de jouer à de jolis jeux ou d'utiliser des outils interactifs, ce n'était pas le cas du logiciel de Microsoft. (Attention si vous cliquez sur un de ces trois liens en étant sur IE, vous risquez d'être déçu.) Qu'Internet Explorer ne supporte pas une quelconque application web (gadget ou outil) et tout développeur désirant une audience massive y verra un non-choix. Tous les chiffres le disent: Internet Explorer est le navigateur actuel le plus populaire (61% des visiteurs de Slate.com, par exemple, utilisent une quelconque version d'IE).

L'arrivée d'Internet Explorer 9 pourrait changer la donne. Mercredi, à San Francisco, Microsoft a dévoilé en avant-première une version d'IE9 ayant comme pièce maîtresse une gestion du HTML5. (Si vous vous sentez d'humeur téméraire, vous pouvez télécharger pour l'essayer une version bêta, mais jetez avant un œil aux configurations requises – désolé pour les utilisateurs d'XP.) La démo de mercredi insistait si lourdement sur les nouvelles capacités graphiques du navigateur que vous pouviez croire que Microsoft avait inventé le HTML5, et ne s'était pas juste contenté de concevoir un navigateur sachant le gérer.

Cette mise à niveau de Microsoft mérite un double youpi (il y en aurait eu trois si nous étions en 2008). Mais il n'est pas trop tard pour reprocher à Redmond l'existence de toutes ces versions périmées d'Internet Explorer peuplant encore de nombreux ordinateurs aux quatre coins du globe. Le problème, ce n'est pas que ces navigateurs bons pour la casse nous empêchent d'aller à la fête foraine à chaque fois que l'on vérifie ses mails. Actuellement, de nombreux éléments essentiels du web, comme la vidéo, demandent d'installer dans son navigateur des extensions tierces, comme Flash. Quand le navigateur arrive à gérer un tel contenu par lui-même, il peut fonctionner plus rapidement, et planter moins souvent. (J'adore Flash, mais Steve Jobs a probablement raison.)

Non, le problème,  c'est que des millions d'utilisateurs d'IE résisteront à basculer vers IE9, tout comme ils ont résisté au passage vers IE8 et IE7. Selon Wikipédia et sa synthèse de plusieurs études sur la navigation internet, il y avait toujours 27% d'utilisateurs d'IE6 en 2009, soit huit ans et deux nouvelles versions après sa sortie. (D'autres études placent cette proportion à environ 16%, un chiffre qui reste atrocement haut.)  Cette histoire des adopteurs tardifs épouvante depuis des décennies les développeurs web. Quand le quart de vos utilisateurs sont toujours à se servir d'un navigateur conçu en 2006, voire avant, vous ne pouvez pas exploiter tous les flonflons technologiques actuellement à votre disposition. Pour toucher tout le monde, vous devez faire les choses simplement. (Oui, il est possible de concevoir deux ou trois versions d'une même page pour s'adapter à différents navigateurs, mais cela double ou triple votre somme de travail.)

Déficit de pédagogie

Pourquoi les gens se donnent-ils si peu de mal pour mettre à jour leur navigateur vers une version du programme meilleure et tout aussi gratuite? Parce ce que beaucoup de gens ne savent tout simplement pas ce qu'est un navigateur. Ils possèdent un ordinateur, ils cliquent sur un certain bouton pour aller sur Internet, et voilà, ils font leurs petites affaires. Ils ne voient pas le web comme une série de fichiers qu'un navigateur doit accepter et transformer en monde virtuel. Ils croient plutôt que c'est à peu de choses près une fenêtre vers un univers collectif identique pour tout le monde. «Il est vraiment difficile de faire comprendre aux gens qu'ils ont le choix, [en matière de navigateurs]» explique Brian Rakowski, manager produit pour Google Chrome. «Et l'installation d'un logiciel, en soi, est un truc  qui en effraie plus d'un.»

Pour mieux comprendre la façon dont les nuls en Internet pensent à Internet, j'ai appelé John Levine, l'auteur du Internet pour les nuls. (Un petit conseil à  ceux qui auraient dans l'idée de rédiger un guide de cette franchise: choisissez un sujet qui change constamment. Internet pour les nuls en est actuellement à sa 12e version.) J'ai donc demandé à Levine ce qu'il fallait faire pour que les gens mettent leur navigateur à jour. Sa réponse: «Si je connaissais la solution, je serais milliardaire.»

Néanmoins, en reprenant sa respiration, Levine eut une idée. Un site comme Facebook, populaire chez une population hétérogène en termes de sophistication technique, devrait permettre à ses utilisateurs d'ajouter des fonctionnalités à leur profils qui demanderaient, pour pouvoir être visualisées, d'utiliser un navigateur moderne. Si vous êtes sur une vieille version de IE, s'est mis à rêver Levine, vous devriez voir apparaître une boîte de dialogue vous avertissant que cette fonctionnalité «aurait meilleure mine» sur un navigateur récent. Les gens ne savent peut-être pas précisément comment leurs navigateurs fonctionnent, mais si l'installation de Chrome, de Firefox ou d'IE9 leur permettait d'afficher une vidéo directement sur leur profil ou d'agrémenter leur domaine FarmVille de vaches qui dansent, d'un coup d'un seul, les cinq minutes nécessaires pour les mettre en marche en vaudraient la peine.

En d'autres termes, la solution serait peut-être simplement d'embobiner les gens – ou de les punir. Google a ainsi abandonné en douceur le support de l'infâme et démodé Internet Explorer 6, et d'autres sites devraient suivre son exemple. Je parie que le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, pourrait tuer IE6 en un seul jour si son site cessait de supporter des navigateurs aussi vieux et instables. Certes, il perdrait pas mal de trafic pendant quelques jours, mais qu'est-ce qui serait au final le pire pour les internautes: installer un nouveau navigateur ou dire adieu à leur identité numérique? Pour Google et Facebook, ce n'est pas une question de philanthropie. En éliminant les épaves, ces sites pourraient déchaîner une puissance de feu qui permettra à  tout le monde de jouir d'une meilleure expérience de navigation. Et qui dit meilleure expérience dit plus de clics, qui dit plus de clics dit plus de sous.

Convaincre par la preuve

Google ne s'est pas encore décidé à en finir complètement avec les vieux navigateurs. L'entreprise préfère plutôt proposer des démos high-tech, comme celle de «Wilderness Dowtown», née de la collaboration entre Chrome et Arcade Fire. Pour Rakowski de Chrome: «Cela pousse les gens à prendre conscience de l'amélioration des navigateurs». «De telles manœuvres ne cherchent pas tant à augmenter nos utilisateurs», dit-il, que d'attirer l'attention de développeurs et des adopteurs précoces qui, espérons-le, diront à leurs amis d'installer Chrome. Pour moi, cette façon de voir les choses est semblable à celle du «syndrome des jambes sans repos». Il s'agit tout d'abord de sensibiliser les gens à un problème qu'ils ne pensaient pas avoir: que leur navigateur, qu'ils croient parfait pour lire leurs mails et vérifier des résultats sportifs, est en réalité lamentablement incompétent. Et ensuite, offrez-leur un produit –Google Chrome, téléchargez-le tout de suite!– pour remédier à ce problème.

Aujourd'hui, les utilisateurs de navigateurs supportant le HTML5 ne sont pas assez nombreux pour inciter des développeurs de premier ordre à concevoir des programmes uniquement pour Chrome, Firefox et IE9. (La plupart des chiffres donnent à Internet Explorer une part de marché tournant autour des 60%.) Cette analyse a aussi passé sous silence les problèmes logistiques sous-jacents aux choix réels des utilisateurs en matière de navigateurs. Les despotes des services informatiques, dans les entreprises, ne laissent pas les employés mettre à jour leurs logiciels sur un coup de tête, et les vieilles machines n'ont pas la puissance nécessaire qui permettraient aux sites flambants neufs de déployer toute leur magnificence.

Ce que j'espère, c'est que ce débat n'ait plus lieu d'être une fois que les systèmes d'exploitation se confondront aux navigateurs pour créer sur votre machine une seule et unique expérience en ligne. Comme je l'ai écrit l'an dernier, de plus en plus d'applications qui, autrefois, se passaient sur votre bureau fonctionnent aujourd'hui dans votre navigateur.  Paul Thurrott, le gourou de Windows, a fait une démonstration convaincante selon laquelle IE9 représentait la première tentative de Microsoft pour intégrer la navigation web sur le bureau – le même objectif, mais pris à  l'envers. Tout comme les programmes habituels, IE9 permet aux sites web de se réduire individuellement dans les listes de raccourcis Windows – ces petits menus qui s'affichent quand les programmes sont minimisés dans la barre des tâches. Pour le dire autrement, les sites web se comportent comme des programmes, et les programmes tournent sur des sites web. Un jour, peut-être, ces deux astres ne feront plus qu'un.

Si nous arrivons à ce point, alors la guerre des navigateurs sera peut-être obsolète. Les journalistes techniques prennent certainement beaucoup de plaisir à relater les diverses escarmouches des principaux acteurs du secteur, et de telles batailles stimulent sans conteste l'innovation. Mais la guerre des navigateurs a aussi son équilibre de la terreur. Si tout le monde ne se met pas d'accord sur ce qu'un navigateur doit pouvoir faire, alors l'Internet craint pour tout le monde. Les choses se standardiseront peut-être un peu grâce à IE9, mais il ne pourra pas résoudre tout seul ce problème fondamental. Pour cela, il nous faudra des tonnes de vaches dansantes dans FarmVille.


Chris Wilson 

Traduit par Peggy Sastre

Photo: Capture d'écran modifiée du site IE6funeral

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