Economie

Comment le golf est devenu un sport d’hommes d’affaires

Juliet Lapidos, mis à jour le 21.09.2010 à 12 h 57

Et d'hommes en général.

Crowood Golf Club de Glasgow en 1993. REUTERS/IAN WALDIE IW/PN

Crowood Golf Club de Glasgow en 1993. REUTERS/IAN WALDIE IW/PN

Comment le golf a-t-il acquis la place qui est la sienne dans la culture du monde des affaires? Trois anciennes employées de Goldman Sachs ont engagé une procédure judiciaire la semaine dernière contre la banque d’investissement pour dénoncer son attitude de discrimination systématique à l’encontre des femmes. Cette procédure prend pour cible la «culture des salles de marché, dominée par les hommes et centrée sur le golf et autres activités physiques» de l’entreprise, comme la décrit le New York Times – une affirmation qui ne surprendra sans doute personne, tant le golf est associé à la culture du monde des affaires. Une des plaignantes note que ses collègues hommes organisaient régulièrement des sorties au golf sans jamais l’y inviter. Comment un jeu de balle propulsée par un club est-il devenu à ce point lié aux affaires?

Par la culture des clubs. Le golf que nous connaissons est né en Ecosse au XVe siècle. Durant des siècles, il est pratiqué par des têtes couronnées et des agriculteurs. Les Ecossais des classes sociales inférieures jouaient sur des terrains publics avec un équipement de fortune; c’était un passe-temps bruyant, généralement accompagné de consommation d’alcool. Le premier club de golf (qui fixa les premières règles officielles du jeu et organisa une compétition annuelle) remonte à 1744.

Au milieu des années 1800, les clubs de golf privés n’ont cessé de proliférer. Les hommes d’affaires et d’autres membres des classes moyennes ont lancé l’idée de sortir des villes et de créer des terrains dédiés afin de pouvoir y côtoyer leurs semblables. D’autres personnes continuaient alors de pratiquer le golf, mais la version club de ce jeu, avec ses cotisations souvent élevées, leur code vestimentaire et leur étiquette, devient le modèle dominant.

A côté de ce phénomène, il existe une théorie qui veut que le système de handicap ait fait du golf un sport particulièrement apprécié des hommes d’affaires. Cette pratique, qui permet d’ajuster le score d’un joueur en fonction de son niveau, s’est répandue lorsque le Royal Wimbledon Golf Club anglais en a fixé les règles en 1898. Grâce au système du handicap, il est possible pour des joueurs de niveau différent et de qualités physiques variables de s’affronter et, pour les moins bons, de l’emporter s’ils haussent leur niveau de jeu. Il se peut que les hommes d’affaires jouant avec des clients considèrent cet aspect courtois et équitable du jeu comme propice à la conclusion d’accords commerciaux.

Aux Etats-Unis, le couple affaires-golf est aussi ancien que la popularité locale de ce sport. Entre le milieu et la fin du XIXe siècle, les hommes d’affaires américains étaient littéralement fous des country clubs où ils pouvaient échapper à la folie de la vie citadine (ainsi qu’aux groupes d’immigrants considérés comme indésirables). Le polo, le cricket et la chasse étaient au départ populaires, mais dans les années 1880, le golf finit par l’emporter, car il favorise les conversations informelles. St. Andrew’s in Yonkers, le plus ancien club de golf du pays, a été fondé en 1888 par l’Ecossais John Reid et quelques amis pour pouvoir se reposer et y rencontrer de potentiels associés dans le monde des affaires. Certains des plus grands hommes d’affaires de la période, dont Andrew Carnegie et John D. Rockefeller, étaient des golfeurs fanatiques et les médias regorgeaient d’articles mettant en avant leur passion pour le golf –renforçant l’idée que le golf était le sport préféré des magnats.

Aujourd’hui, le golf ne fait pas seulement partie de la vie du monde des affaires, il joue également un rôle dans la progression de carrière. En 2008, une étude a démontré un lien entre le niveau de golf et la rémunération des directeurs-généraux d’entreprises aux Etats-Unis. Ceux ayant un handicap fort gagnent moins d’argent, mais en gagnent davantage que ceux qui ne jouent pas au golf.

Juliet Lapidos

Traduit par Antoine Bourguilleau

Juliet Lapidos
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