France

Sarkozy et Hortefeux, la politique «clive droite»

Thomas Legrand, mis à jour le 21.09.2010 à 9 h 20

Nicolas Sarkozy pense que les débats que les propositions provocatrices suscitent lui seront utiles. L’idée est simple, mais elle commence à se voir. Dernier exemple: l’élection du juge d’application des peines.

Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux, le 24 novembre 2009. REUTERS/Philippe Wojaze

Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux, le 24 novembre 2009. REUTERS/Philippe Wojazer

«Puisque c'est un jury populaire qui décide aux assises de condamner quelqu'un à la réclusion criminelle, je crois que le choix de le libérer avant qu'il ait purgé l'intégralité de sa peine doit aussi être fait par le peuple lui-même.» (Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, Le Figaro Magazine, 16 septembre 2010)

Pour nous, commentateurs, l’exercice devient systématique: quand une idée est lancée par quelqu’un qui est censé gouverner et réformer, la première question que l’on se pose est: croit-il vraiment à ce qu’il dit ou ne s’intéresse-t-il qu’aux effets politiques d’une telle annonce? Veut-il peser sur l’évolution du droit ou sur l’opinion? Là, à l’évidence, il ne s’agit que de s’adresser à l’opinion.

Le ministre de l’Intérieur a dit au Figaro Magazine qu’il était favorable à l’élection au suffrage universel du juge d’application des peines et à l’introduction de jurés populaires dans les tribunaux correctionnels. On sait par ailleurs que si le Premier ministre n’est pas opposé à une réflexion sur ce dernier point, il est en revanche tout à fait contre l’idée de faire élire des juges par la population. On sait aussi que Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Justice, concernant la présence de jurés populaires, est sur une ligne diamétralement opposée puisqu’elle veut même limiter l’utilisation de jurés populaire dans les cours d’assise, uniquement pour les crimes les plus graves. Mais Brice Hortefeux a un statut un peu à part dans la sarkozie. Il est très proche du président. Tout ce qu’il dit a l’aval de l’Elysée, quand ce n’est pas élaboré et même rédigé directement par la présidence. Donc ce que dit Brice Hortefeux, ce qu’il fait est directement dicté par le vrai ministre de l’Intérieur: Nicolas Sarkozy. Est-ce à dire que le président est favorable aux propositions énoncées par son ministre de l’Intérieur?

Juges laxistes, gauche angéliques, commentateurs pudiques

Ce serait trop simple. C’est vrai que, par le passé, le président a déjà fait allusion à l’élection de certains juges, mais on commence à bien comprendre le fonctionnement politique du président. Ce n’est pas parce qu’il affirme quelque chose, ou qu’en l’occurrence, il le fait affirmer par l’un de ses mégaphones officiels, qu’il y est favorable. En revanche, il pense que les débats, polémiques et clivages que ces propositions provocatrices vont susciter, lui seront utiles. L’idée est simple, c’est toujours la même et elle commence à se voir. Elle a la finesse d’une pub pour lessives des années 1980. Il faut bien faire mettre dans le crâne de l’électeur de 2012 que l’insécurité est due aux juges laxistes. Il faut que les juges laxistes, la gauche angélique et les commentateurs aux pudeurs de chaisière montent sur leurs grands chevaux et hurlent au populisme. Vous connaissez le mécanisme, on clive, on fait un bon débat bien simple avec un côté «pour» bien surligné et un côté «contre» bien gras... Le peuple s’y retrouvera.

Ce ne peut être rien d’autre qu’une opération de la sorte, puisque les propositions de Brice Hortefeux n’ont, de toutes façons, aucune chance de voir le jour. Elles renchériraient le coût de la justice déjà au régime sec et elles nécessiteraient des modifications constitutionnelles. Si ces propositions étaient vraiment le fruit d’une réflexion sincère, elles seraient intégrées dans le projet de réforme de la justice en cours d’élaboration ou bien elles devraient encore rester confidentielles pour être intégrées dans le projet présidentiel pour 2012, lui-même en cours d’élaboration. Donc ces propositions ne correspondent à rien de concret, elles sont d’ailleurs énoncées par un ministre qui n’est pas en charge de la justice. Elles participent finalement à cette impression de grand bazar qui s’installe en ce moment au sommet de l’Etat.

Thomas Legrand

Photo: Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux, le 24 novembre 2009. REUTERS/Philippe Wojazer 

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