Ce que j'attends du G20

Jean-François Copé, mis à jour le 27.03.2009 à 23 h 50

La réunion ne doit pas être un sommet diplomatique parmi d'autres, avec ses vœux pieux à la fin.

La plupart des responsables politiques et des observateurs s'accordent pour dire que nous vivons une crise systémique d'une ampleur sans précédent. Que cette crise est une remise en cause brutale des dogmes du «laisser-faire». Qu'elle signe l'échec de la loi de la jungle dans la sphère financière. Je partage cette analyse.

De Paris à Washington en passant par Brasilia ou Moscou, tous les chefs d'Etat des grandes puissances économiques n'ont pas de mots assez durs pour dénoncer les abus qui ont conduit à cette impasse: pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l'économie mondiale sera en récession cette année! J'entends les discours sur la nécessité d'une nouvelle régulation de la finance se multiplier dans toutes les instances internationales. Il semble que l'on sort enfin d'une période pendant laquelle le politique n'osait pas assumer un discours de fermeté par rapport aux déséquilibres de certains mécanismes économiques.

Je trouve que c'est une excellente disposition... à condition que nous n'en restions pas aux incantations. A mon sens, rien ne serait pire que d'invoquer la nécessité du changement sans passer à l'acte. De ce point de vue, l'heure de vérité approche avec le G20 de Londres.

Est-ce que les dirigeants auront suffisamment pris conscience des ravages de la crise pour manifester une volonté réelle de mettre fin aux dysfonctionnements? Est-ce qu'ils auront suffisamment saisi l'attente extrêmement forte de toutes les opinions publiques à travers le monde, qui ne supporteraient pas un retour au «business as usual» après la tourmente? Je le souhaite très sincèrement même si les premières divergences entre l'Europe et les Etats-Unis sur l'ordre du jour de ce sommet me laissent un peu perplexe. Il faut à tout prix éviter que le G20 se réduise à un combat «Relance vs Régulation.»

Outre-Atlantique, la priorité est visiblement de mettre d'abord à l'agenda la relance budgétaire. Pris dans la nasse de l'effondrement du crédit, les Etats-Unis sont obligés de dépenser des milliards pour sauver l'industrie financière, pour alimenter l'investissement et pour maintenir la consommation intérieure. Ils attendent que les autres pays en fassent autant, avec des plans de relance à 5% du PIB.

En Europe, on considère qu'on en fait déjà beaucoup avec les mesures ponctuelles décidées au cours des derniers mois. Ces mesures venant s'ajouter à des transferts sociaux très importants qui stabilisent automatiquement nos économies. La France et l'Allemagne sont en pointe pour exiger que soient revues les règles du jeu, afin de sortir la finance de sa bulle spéculative pour la remettre au service de l'économie.

C'est l'approche que je partage : on ne peut pas considérer que les différents plans de sauvetage ont suffi à régler les problèmes dans la sphère financière. D'une part, il reste beaucoup de risques, avec des actifs pourris mal identifiés dans les bilans des banques, des assureurs, des fonds d'investissement... Cela bloque le retour à la confiance et la relance du crédit. D'autre part, tant que les grandes puissances économiques ne se seront pas entendues sur une régulation saine, on retrouvera tôt ou tard les mêmes excès, avec les mêmes conséquences, quel que soit le niveau des plans de relance. En clair, sans changement des règles, pas de retour de la confiance. Et sans confiance, pas de retour à la croissance.

Plusieurs puissances émergentes, notamment le Brésil, semblent partager cette volonté de changement des règles. City oblige, à Londres, on hésite mais Gordon Brown paraît prêt à faire des efforts. Avec des objectifs de départ différents, les dirigeants de la planète arriveront-ils à des résultats convergents? A mes yeux, on pourra juger du succès de ce G20 selon les points d'accord obtenus sur les priorités suivantes:

• Des marchés plus transparents: avec un « boycott » des pays qui refuseraient de respecter les règles de transparence (les fameux paradis fiscaux).

• Des échanges mieux supervisés: avec les mêmes règles prudentielles pour tous les acteurs financiers. Les hedge funds ne doivent plus s'exonérer des contraintes qui pèsent sur les institutions bancaires. Sinon, chaque nouvelle règle pour les banques continuera d'être immédiatement contournée.

• Des instruments financiers qui retrouvent leur raison d'être: la titrisation et la vente à découvert doivent être encadrées pour ne plus être utilisées comme des outils de spéculation pure.

• Des normes comptables plus équilibrées: l'évaluation des actifs «à la valeur du marché» a montré ses limites. Il faut redéfinir des standards internationaux moins dangereux.

• Une information plus fiable: les agences de notation devraient respecter des cahiers des charges très strictes, avec une supervision beaucoup plus rigoureuse des autorités de marché.

• Des instances internationales plus musclées: le FMI doit retrouver un rôle moteur, avec une capacité d'intervention renforcée.

La barre est placée haut et la franchir est un défi considérable. Il faut arriver à mieux réguler sans casser les chances de reprise à cause de règles trop paralysantes. Il faut arriver à définir des normes internationales alors même que les tentations de repli sur soi s'affirment dans chaque pays.

Ce G20 sera-t-il un sommet diplomatique parmi d'autres, avec ses vœux pieux à la fin? Sera-t-il la première étape d'une refondation historique de l'économie mondiale pour mettre enfin sur pied une finance durable? Bien malin qui peut le dire aujourd'hui. Lorsque les banques menaçaient de s'effondrer, pour une fois, ce n'est pas l'Amérique qui est venue au secours de l'Europe mais l'Europe qui est venue au secours du monde, avec un plan coordonné et massif. Espérons que, sur sa lancée, notre continent saura peser intelligemment dans les échanges et convaincre largement les autres géants. A suivre...

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