France

L'Europe sur l'autel du populisme

Daniel Vernet, mis à jour le 20.09.2010 à 18 h 10

Encore une fois, le couple franco-allemand est malmené par Nicolas Sarkozy. Or le président français a besoin de l'Europe.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, le 16 septembre 2010. REUTERS/Philippe Wojazer

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, le 16 septembre 2010. REUTERS/Philippe Wojazer

A Bruxelles, Nicolas Sarkozy a pris un risque: sacrifier ses relations avec l’Europe pour tenter de préserver des bénéfices de politique intérieure qui, un jour, pourraient se traduire en voix. Quand on dit «Europe», ce n’est pas seulement avec la Commission de Bruxelles et son volapük, comme disait de Gaulle. Là, le risque était limité. L’estime dans laquelle la plupart des dirigeants des grands pays européens tient la Commission est égale à celle que lui accorde le président de la République, c’est-à-dire quasi-nulle. Il faut se rappeler que José Manuel Barroso a été reconduit à la présidence de l’aréopage bruxellois par défaut. Les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement du Conseil européen n’avaient pas trouvé de meilleur candidat. Les «grands» n’étaient pas très satisfaits de son premier mandat, mais c’est sa relative faiblesse qui a sauvé José Manuel Barroso. Toujours à Bruxelles, Nicolas Sarkozy a montré toute l’estime dans laquelle il tenait un autre membre de la Commission, la vice-présidente Viviane Reding, qui, il est vrai, avait eu l’imprudence de mettre dans la même phrase la Deuxième Guerre mondiale et la politique française d’expulsion des Roms.

Sujet sensible

Non, l’Europe, ce sont en l’occurrence les collègues de Nicolas Sarkozy et en premier lieu Angela Merkel. Au dernier Conseil européen, la France s’est retrouvée isolée, à l’exception de Silvio Berlusconi –mais chacun a les amis qu’il mérite. Entre le président et la chancelière, les relations sont difficiles depuis le début. L’agitation permanente du Français est étrangère à la prudente Allemande. L’anecdote a été souvent rapportée: pour tenter de comprendre ce qu’elle compare à un mouvement perpétuel, Angela Merkel s’est procuré les films de Louis de Funès. Les différences de caractère et les divergences de points de vue n’ont jamais empêché les «couples» franco-allemands de coopérer. Par la force des choses, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel avaient trouvé le moyen de travailler ensemble. Pour mener à son terme le traité «simplifié» de Lisbonne; pour trouver une parade à la crise financière et économique; pour éviter que la crise grecque ne dégénère en faillite de l’euro, etc.

Mais cette relation suppose un minimum de confiance qui ne doit pas être dilapidé pour des petits profits électoraux. Il est rare que dans les relations entre deux Etats amis, l’un inflige à l’autre un démenti aussi cinglant que celui adressé par Berlin aux déclarations de Nicolas Sarkozy sur les expulsions de Roms. En langage diplomatique, on parle de «malentendus» mais la litote n’enlève rien: le président de la République s’est référé à une déclaration que la chancelière n’avait pas faite et d’ailleurs ne pouvait pas faire pour la simple raison qu’il n’existe pas en Allemagne de camps de Roms, légaux ou illégaux, qui devraient être démantelés. Ou bien Nicolas Sarkozy a été mal informé par son entourage ou bien il a pensé que la chancelière n’oserait pas contredire publiquement un partenaire en difficulté sur la scène intérieure. C’était sans compter avec la sensibilité particulière des Allemands pour tout ce qui touche au thème de l’expulsion –des Allemands des territoires de l’Est après la Deuxième Guerre mondiale comme des étrangers aujourd’hui. Angela Merkel ne pouvait pas ne pas réagir aux propos infondés de Nicolas Sarkozy.

Embarras

Ce n’est pas la première fois que la présidence de la République place la chancellerie dans l’embarras. Il y a quelques mois une rencontre Merkel-Sarkozy a été annulée à la dernière minute à l’initiative de Paris mais l’Elysée avait été plus rapide que Berlin pour faire porter publiquement à la partie allemande la responsabilité de l’annulation. A l’époque, l’affaire en était restée là.

Il est d’ailleurs probable que l’incident de Bruxelles passera vite au second plan. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’aura pas de conséquences durables. Car c’est la crédibilité du président de la République qui est en cause auprès de ses partenaires. Au moment où la France va prendre la présidence du G20 et du G8, le soutien des autres Européens est indispensable si Nicolas Sarkozy veut faire progresser les quelques idées qu’il a lancées dans le débat international: réforme du système financier; stabilisation du cours des matières premières; réforme de la gouvernance mondiale et notamment du Conseil de sécurité de l’ONU. Des ambitions que le président rend publiques avant même d’avoir testé leur réalisme, comme le note encore un journal allemand du dimanche.

Pour que ces ambitions ne restent pas des vœux pieux, le chef de l’Etat a besoin du soutien de l’Europe qu’il vilipende, de ses partenaires qu’il traite pour le moins avec légèreté, et d’une crédibilité internationale acquise par intermittence, qu’il dilapide sans compter. Nicolas Sarkozy ne peut pas à la fois redorer son blason par son action internationale à la tête du G8 et du G20 et crier, comme tous les populistes, haro sur l’Europe.

Daniel Vernet

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Journaliste
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