Sports

Pas simple, le double

Yannick Cochennec, mis à jour le 18.09.2010 à 9 h 08

Décisive et suivie en coupe Davis, l'épreuve est boudée par le public, les organisateurs et les joueurs dans les autres tournois.

Les frères Bryan en 2007. REUTERS/David W Cerny

Les frères Bryan, lors d'un match Etats-Unis - Republique tchèque en 2007. REUTERS/David W Cerny

Pour la première fois depuis 1991, l’équipe de France de coupe Davis retrouve le Palais des Sports de Gerland à Lyon, cadre, il y a 19 ans, de l’un des plus grands exploits de l’histoire du sport tricolore lorsque la bande à Yannick Noah, emmenée par Henri Leconte et Guy Forget survoltés, avait reconquis le Saladier d’argent aux dépens des Etats-Unis 59 ans après les mythiques Mousquetaires.

Jusqu’à dimanche, les Bleus de Guy Forget accueillent l’Argentine lors d’une demi-finale qui pourrait leur ouvrir les portes d’une nouvelle finale, la première depuis 2002.

Comme toujours, après les simples du vendredi, le double pèsera des tonnes dans l’issue du week-end. Voire achever le boulot de Llodra et Monfils, vainqueurs de leur simple vendredi. En coupe Davis, c’est le moment où bascule généralement une rencontre. Qui gagne le double a de bonnes chances de remporter la partie. La preuve: depuis 1978, toutes les finales de coupe Davis, à l’exception de celles de 2002 et 2004, ont été dominées par le pays vainqueur du double.

Sauf changements de dernière minute, les Français seront représentés par Arnaud Clément et Michaël Llodra quand les Argentins seront défendus par Eduardo Schwank et Horacio Zeballos. En temps ordinaires, lors d’un banal tournoi du circuit professionnel, le résultat d’une telle opposition entre des joueurs relativement peu connus du grand public ne ferait pas ciller le moindre fan. Médiatiquement, il serait carrément passé par pertes et profits y compris dans les colonnes de L’Equipe qui a pris l’habitude de faire l’impasse sur cette discipline qui, c’est vrai, ne paraît plus captiver grand monde.

La coupe Davis reste l’ultime refuge du double.

Samedi après-midi, le Palais des Sports de Gerland sera plein comme un œuf, comme pour les matches de simple, et l’ambiance y sera aussi électrique. Et il en sera partout de même aux quatre coins de la planète puisqu’en cette fin de semaine se jouent, parallèlement aux demi-finales, des rencontres de barrages de coupe Davis. A Astana, lors de Kazakhstan-Suisse, à Bogota, lors de Colombie-Etats-Unis, à Stuttgart, lors d’Allemagne-Afrique du Sud, à Bucarest, lors de Roumanie-Equateur, ou à Chennai, lors de Inde-Brésil, la coupe Davis prouvera l’espace de quelques heures que le double est susceptible de déchaîner les foules quand il ne suscite qu’indifférence le reste du temps.

Le rôle de la télévision

C’est le paradoxe du double. Souvent préféré au simple par les joueurs de club en raison de sa convivialité et de son aspect ludique et parce qu’il est moins exigeant sur le plan physique, il est pour ainsi dire boudé, quand il n’est pas complètement ignoré, par le public lors des tournois professionnels, y compris ceux du Grand Chelem. A Roland-Garros, les finales de double sont traditionnellement disputées devant des tribunes quasi désertes. La télévision n’est pas en reste. A quand remonte la retransmission d’une finale de double à Roland-Garros?

Les organisateurs de Roland-Garros sont coupables de ne pas avoir inclus cette obligation de retransmission dans le contrat qui les lie à France Télévisions ou à Eurosport dans la mesure où la BBC, à Wimbledon, la CBS, à l’US Open, et Channel 7, à l’Open d’Australie, sont contraints de diffuser ces finales en direct sur leurs antennes, y compris celle du mixte.

Mais reconnaissons-le. Lors du dernier Roland-Garros, France 2 ou France 3 aurait eu bien du mal à faire de l’audience avec la finale du double messieurs entre les paires Daniel Nestor-Nenad Zimonjic et Lukas Dlouhy-Leander Paes qui sont pourtant parmi les meilleures au monde. Le public et la télévision ne sont pas complètement à blâmer. En effet, les tableaux de double sont garnis de noms pour la plupart inconnus.

L'absence des meilleurs

Rares sont, hélas, les champions de simple qui s’aventurent en double lors d’un tournoi du Grand Chelem alors que c’était la norme il y a 30 ans et plus. Souvenons-nous des victoires de John McEnroe en simple et en double (avec Peter Fleming) à Wimbledon (1981, 1983, 1984) et à l’US Open (1979, 1981) à une époque où tous les matches de double étaient joués, comme en simple, au meilleur des cinq sets. Martina Navratilova était également une habituée de ces doublés aux côtés de Pam Shriver. En remontant plus loin dans le temps, les palmarès sont remplis de ces passes de deux (ou de trois avec le mixte) réussies par les plus grands joueurs.

Aujourd’hui, qui peut imaginer Rafael Nadal et Roger Federer sur les deux tableaux à la fois à Roland-Garros ou à Wimbledon? Proprement impensable. Ce cumul des efforts est jugé suicidaire alors que le double, à l’exception de Wimbledon qui continue d’imposer des tours au meilleur des cinq sets, est réduit aujourd’hui à une sorte de simple expression avec des matches au meilleur des trois sets. Hors Grand Chelem, les rencontres se jouent même au meilleur des trois manches, avec une troisième manche constituée d’un seul super tie break, c’est-à-dire que la première équipe à 11 points avec deux points d’écart remporte le set et le match.

Ce super tie break a été créé voilà quelques années pour abréger les matches et (re)donner l’envie aux champions de simple de venir se frotter à nouveau à la discipline. Echec sur toute la ligne. Hormis quelques apparitions de Nadal et de Federer lors d’épreuves de deuxième catégorie, histoire de se dérouiller les jambes quand ils n’ont pas joué depuis un certain temps, le double reste boudé par les stars, à l’exception notable des sœurs Williams qui ont un intérêt affectif à faire équipe ensemble.

Roger Federer sait pourtant y faire et il l’a prouvé aux Jeux Olympiques de Pékin en se parant d’or aux côtés de Stanislas Wawrinka.

La paire ne fait pas le double

Les tournois de double, pourtant très bien dotés au grand dam des organisateurs persuadés qu’ils ne vendent pas un ticket d’entrée avec cette épreuve, font donc le bonheur de joueurs de deuxième zone dont le niveau est souvent insuffisant pour briller en simple. Les frères jumeaux Bob et Mike Bryan, qui forment le meilleur tandem du moment, se sont ainsi constitué une petite fortune personnelle avec les neuf titres du Grand Chelem qui figurent à leur palmarès (chacun, ils en sont à sept millions de dollars de gains) sans compter leurs divers succès en mixte. Ces deux Américains n’ont jamais réussi à percer en simple. Le meilleur classement de Bob a été une 116e place, celui de Mike une 246e.

C’est d’ailleurs pour cette raison que les Bryan, qui ont gagné la coupe Davis avec les Etats-Unis en 2007 et le dernier US Open, ont été exclus de la sélection américaine par leur capitaine Patrick McEnroe lors du choc de ce week-end entre la Colombie et les Etats-Unis organisé à Bogota. La raison : l’altitude de Bogota qui pourrait rendre les joueurs malades. Car si vous sélectionnez les frères Bryan, les deux joueurs de simple qui forment le reste de l’équipe ont intérêt à ne pas se blesser ou à avoir des problèmes de santé. En effet, il ne faut pas compter, en cas de remplacement nécessaire, sur un Bryan, ou plus généralement sur un spécialiste du double, pour sauver la patrie en simple…

Yannick Cochennec

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Journaliste
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