La belle et le démon
De belles femmes et des créatures monstrueuses, une métaphore amoureuse bien misogyne au cinéma.
- Image promotionnelle de Twilight - Chapitre 3: Hésitation -
Vous êtes né vampire, monstre ou démon? Il y a de fortes chances pour qu’une femme tombe amoureuse de vous. De King Kong à Twilight en passant par la Belle et la Bête, de nombreuses dames se sont entichées de créatures monstrueuses. Une métaphore de la relation amoureuse bien misogyne.
Elle a de beaux cheveux bruns, des lèvres roses et le teint frais. Il mesure 2,30m, a des canines de morse et des cornes de Satan. Mais pourtant, rien d’étrange à ce tableau: «la Belle et la Bête» est un classique de Walt Disney qui a bercé l’enfance de millions de petites filles. Des gamines qui s’identifient à la «Belle», une sorte d’Emma Bovary moyen-âgeuse qui finit par tomber amoureuse… d’une touffe de poils, donc. Mais pourquoi un tel couple a-t-il été inventé?
Le diable s’habille en Prada
Sur grand écran, on a croisé le sexe faible aux bras de vampires (Dracula, Twilight, Buffy), de démons (Phantom of the Paradise, Rosemary’s Baby) ou encore de monstres telluriques comme King Kong et la Bête de Walt Disney. La liste de mariages serait trop longue à établir: même Tim Burton s’apprête à tourner un film où il sera question de dents pointues.
Qu’ils soient plus ou moins récents, ces mythes partagent tous l’idée que la femme aurait instinctivement un certain faible pour les « créatures » issues des entrailles de la Terre. Faible qui prend globalement les traits de trois personnages.
- D’abord, la possédée. C’est la figure de Brigitte Bardot dans « Et Dieu créa… la femme ». Diable au corps, gorge ouverte, yeux de serpent. Elle est l’incarnation du Péché sur terre et sort officiellement avec Satan. La pauvre est irrécupérable, mais diablement sexy.
- Ensuite, la fille fragile. C’est l’archétype de la Belle, le genre de jeune femme qui ne trouve rien d’anormal à sortir avec un Cerbère en smoking ou, comme la chanteuse Phoenix dans «Phantom of the Paradise», un salaud de producteur déguisé en Dave. En apparence, Belle est une jeune fille volontaire et revêche. Mais au fond, elle se laisse séduire par un monstre de brutalité, persuadée qu’au fond, au fond, il n’est pas si méchant que cela. Happy end oblige, l’histoire lui donnera raison. Mais Brian de Palma, lui, n’est pas si tendre avec son personnage.
- Enfin, la mère. Une MILF redoutable car complice des puissances maléfiques. Capable de mettre au monde un bébé griffu à l’insu de son plein gré, comme dans « Rosemary’s Baby », elle peut aussi devenir la mère supérieure d’une congrégation d’Aliens. Une adversaire imbattable qui finit toujours par dompter la Créature.
King Kong, ce macho
Alors, pourquoi avons-nous droit aux créatures maléfiques alors que les garçons, eux, sont associés aux jolies sirènes ? Pour répondre à cette question, je suis allée fouiller du côté de Pierre Bourdieu, auteur de « La domination masculine ». Et j’ai trouvé à la fin de l’ouvrage un concept charmant, celui de « réassurance » qu’on peut résumer ainsi : selon l’auteur, pour justifier leur domination sur l’autre sexe, les hommes ont créé de toute pièce les attentes féminines afin de mieux les combler par la suite.
Or, ces attentes ne sont qu’une image inversée de la virilité, jamais l’expression première des désirs des femmes. C’est le discours classique qui fait dire à certains hommes que «pour se faire respecter d’une femme, il faut d’abord l’humilier». L’homme veut protéger, par conséquent la femme veut être défendue. La figure cinématographique de la «créature» permet ainsi de perpétuer l’ordre sexuel établi. Un ordre qui joue en la faveur de l’homme, évidemment, puisque la femme, généralement jeune et jolie, finit toujours par tomber amoureuse de lui. Même dans King Kong.
Il suffit de regarder du côté des hentaïs, ces mangas japonais pornographiques, pour comprendre à quoi fait référence ce mécanisme. Certains hentaïs mettent en scène des jeunes filles (parfois à peine pubères) en train de coucher avec des monstres bizarroïdes. Il s’agit souvent de pieuvres à tentacules lubriques qui cherchent à «combler» la femme par tous les moyens… Bref, si la fille est représentée sous des traits humains, ce qui ne laisse aucun doute sur son identité, son partenaire lui n’est pas un homme, c’est une créature à pénis multiples auquel l’homme-spectateur est donc censé s’identifier. Ce fantasme joue sur le cliché ancestral qui imagine les femmes comme des tonneaux de Danaïdes jamais totalement satisfaites, sortes de questionnaires à choix multiples face auxquels les hommes n’ont malheureusement qu’une petite réponse.
Cela dit, tous les films mettant en scène une femme et monstre ne versent pas dans ce cliché. Exemple le plus récent, la saga «Twilight». Pour certains, cet interracial homme/vampire/loup-garou n’est qu’un conte pour adolescentes coincées, du genre qui sont prêtes à passer un casting pour une pub SFR. En réalité, Twilight est un conte qui échappe aux clichés masculins habituels (je n’ai vu que les films, mais les spoilers de Wikipédia m’ont gentiment livré le mot de la fin). Ce qui explique une bonne partie de son succès. Ici, la demoiselle ne choisit pas la virilité (Jacob le loup torse-nu) mais une sorte d’androgynie décomplexée incarnée par Robert Pattinson, certifié zéro poil et zéro muscle. Un vampire tout doux qui veut absolument se marier avant de faire l’amour et l’aimera «pour la vie». Une fille, quoi.
Mais l’histoire n’est évidemment pas si rose. Tout en modernisant l’image du couple, dans lequel la fille devient un garçon manqué et l’homme une demi-mauviette, l’auteure de la saga tient à nous faire passer un message un rien archaïque -c’est son côté mormon qui parle. Un des enjeux de Twilight est en effet la valorisation du mariage, une valeur défendue mordicus par un vampire né à une époque où ce sacrement religieux était incontournable. Or le mariage peut également être perçu comme une institutionnalisation de la domination masculine, a fortiori chez les conservateurs, comme le rappellent les récents débats aux Etats-Unis. Ainsi, sous couvert de brouillage des genres, Stephenie Meyer tenterait de réhabiliter une distinction des sexes jouant en la faveur de l’homme, ce que confirme le fait que Robert Pattinson n’ait qu’une obsession : protéger sa belle.
Ni ange, ni démon
On peut dire tout le mal que l’on pense de Twilight, mais ce film a au moins un aspect positif: il présente la féminité sous un jour nouveau. Contrairement à la Belle de Walt Disney ou à Buffy de la série télé, toujours sur leur 31, l’héroïne de la saga s’achète des baskets et des sweats à capuche et passe son temps à conduire un vieux truck dégueulasse. On la soupçonne même de roter de temps en temps... Bref, elle n’est ni ange, ni démon, contrairement à Lorie. Elle est elle, un point c’est tout.
Or d’habitude, la compagne du démon est une femme idéalisée, l’essence même du chromosome X. Une sorte de créature à la bonté originelle, naturellement belle, à l’inverse de l’homme qui aurait été souillé par la civilisation. Image trompeuse. Aussi flatteuse qu’elle soit, cette sacralisation du féminin n’est que le reflet en creux d’un esprit misogyne…
Il se trouve par hasard que la saga «Twilight» a été créée par une femme et non un homme. Peut-on en déduire que seule un individu de sexe féminin pouvait en être l’auteur? Sans doute que non. Une grande partie de la gente masculine refuse les clichés homme/femme, un peu à l’image du héros de Trainspotting. Mais une simple recherche Google nous indique que tout n’est pas encore complètement gagné…

Alors, peureux ?
Tantôt bestial et tantôt câlin, le couple femme/créature au cinéma fantasme largement sur la notion de désir entre les deux sexes, mécanisme par excellence guidé par l’inconscient. Dans son livre Pourquoi les hommes ont-ils peur des femmes?, le psychanalyste Jean Cornut tente de comprendre cette dualité. Voilà comment il l’explique:
«L’englobement étouffant de l’enfant par la mère, l’inceste qui signifie l’endogamie généralisée et la mort du social, l’énigme mortelle (la sphinge), la destructivité partielle (castration) ou totale (la mante religieuse) de l’homme par la femme dans l’acte sexuel, la vie de l’homme filée par les Moires : la mort a toujours partie liée avec la femme. (…) Déjà, dans le «Tabou de la virginité», Freud avait insisté sur cette crainte universelle et ancestrale des hommes : les femmes vont les épuiser, les vampiriser, les vider jusqu’à la moelle, et les châtrer de leur virilité par épuisement.»
Alors oui, Freud nous casse les ovaires avec son éternelle peur de la castration. Mais pourquoi continuer de créer des monstres de virilité, si ce n’est pour les réhabiliter et justifier en permanence leur existence?
S’il est difficile d’évaluer les effets de ces mythes contemporains sur nos sociétés, il ne faut pas pour autant les sous-estimer. Il y a moins d’un mois, des psychologues s’inquiétaient de l’impact de certains films de super-héros sur les jeunes garçons, persuadés de n’avoir que deux options de vie en tête: «Super-héros ou branleur». Pour y échapper, il leur faudrait inventer une troisième voie, un «Twilight» au masculin. Mais pour cela, encore faudrait-il qu’ils aient un minimum de courage.
Ariane Nicolas
Mis à jour le 19/09/2010 à 16h29















































Vive les clichés : "Certains hentaïs mettent en scène des jeunes filles (parfois à peine pubères) " (Le hentai, c du porno... vous voulez qu'on commence à entrer dans l'analyse des films porno ???)
Quand à Buffy, outre que sur grand écran, elle n'a jamais été dans les bras d'un vampire, sur petit écran, la métaphore du vampire est TRES loin de ce que vous en dites. Et la buffy du petit écran est tout sauf un ange :) j'adore les personnes qui parlent de ce qu'elles ne connaissent pas...
Bref, un article à côté de la plaque à 90%, qui oublie de parler des grands noms du "bit-lit", bref digresse sur Twilight pour sortir une pseudo-analyse qui ne vaut rien.
Bravo pour pas grand chose...
Ah et je ne suis pas sur de comprendre la phrase de conclusion, que veut elle vraiment dire?
ps: Bien sur il y a des hommes qui se sentent femme comme des femmes qui se sentent homme mais ça n'est pas le sujet ici à priori.
@mirisme: la recherche Google est plus un clin d'oeil qu'autre chose. Mais je pense en effet que certains hommes "souffrent" de ces archétypes. Eric Zemmour, qui a écrit "Le premier sexe", déplore la perte de virilité de la société. Mais plutôt que d'accepter sa "dé-virilisation" (la virilité serait une valeur positive par essence), il accuse les femmes de rendre les hommes comme elles (c'est-à-dire faibles, vulnérables). Mais il ne s'est jamais demandé si les femmes n'aimaient pas elles-aussi ce "brouillage des genres", qui permet enfin de ne pas se sentir comme l'envers du masculin, inférieur par nature. Disons que c'est plus facile de créer des super-héros et des gorilles géants que des êtres aux multiples facettes...
Je vous cite : "Les hentaïs ne sont pas des films porno "classiques" car justement, la femme couche avec une créature." Que dire des pornos avec des animaux alors...
Les Hentai sont des dessins animés pornos. Quand aux traditions dans les films pornos de faire coucher les femmes avec tout et n'importe quoi (objets, chevaux, outils divers et variés, et donc parfois même, monstres venus de l'espace...), ce n'est pas nouveau. Beau scoop, donc, le porno a tendance a être dégradant pour la femme. Bravo ! Mais au final, que ce soit avec des monstres ou avec 182 mecs, je ne vois pas de différence. Argument inutile (au mieux), voir idiot.
Je ne critique pas l'exemple de la domination (chère à Bourdieu, semblerait il), je me marre juste sur le côté ridicule de prendre le Hentai comme un "exemple type", et encore plus quand vous rapprochez cela des vampires (ne parlons même pas du "parfois à peine pubère", argument préféré des détracteurs du manga qui amalgament pédophilie et représentation graphique des jeunes japonaises dans les mangas. Venez parler de cela à la Japan expo, on se marrera bien). Bref, un ramassis de banalités et de clichés à faire plaisir à un Hortefeux (sur un sujet différent... encore que ! ne soyez pas étonné qu'il vous cite au prochain cas de pédophilie où le coupable aura lu un hentai...)
Quand à Buffy : outre que donc vous avez placé cette série dans la case "grand écran" (revoyez le film... il n'y a pas de Spike, et elle ne couche pas avec un vampire...), vous dites (et je vous cite encore) :
"Contrairement à la Belle de Walt Disney ou à Buffy de la série télé, toujours sur leur 31, l’héroïne de la saga s’achète des baskets et des sweats à capuche et passe son temps à conduire un vieux truck dégueulasse. On la soupçonne même de roter de temps en temps... Bref, elle n’est ni ange, ni démon, contrairement à Lorie. Elle est elle, un point c’est tout. "
Alors prendre l'exemple d'un épisode (le seul que vous ayez vu ?? contrainte et forcée ??) ou "Spike lui rend son string au réveil", expliquez moi : dans Twilight, ils ne consomment pas ?? Est ce mieux ?? Dans Buffy, quand l'héroïne "consomme", c'est justement parce qu "Elle est elle, un point c’est tout.". Mais rien à voir avec le "être sur son 31". Buffy est tout sauf un ange. Mais comme je vous ai attaqué, vous répondez, une dernière fois, à côté de la plaque. En tout cas, vous ne répondez pas à ma critique de votre pseudo critique.
Bref, je persiste (et signe) : un article lamentable.
Mais il en faut aussi :)
Parler de la belle et la bête sans parler du conte d'origine ou de l'adaptation de Cocteau est un manque car l'esprit diffère entre les eux et Disney : même si tout fini bien dans les deux cas, à l'origine la Bête symbolise l'interdit, l'espace de liberté au-delà du carcan social (bourgeois chez Cocteau) où toute les transgressions sont possibles.
Buffy a bien consommé ses relations avec des vampires mais n'est pas du tout dans une logique de "fille fragile". Elle a eu deux relations : la première adolescente avec Angel, elle s'entiche de lui parce qu'il semble mature et réfléchi. il lui offre tout ce qu'une jeune fille peut attendre d'un premier amour, respect, passion et patience. Il n'est pas le "danger" ou le "monstre" mais plutôt l'homme parfait. Sauf qu'à partir du moment où il couche ensemble, il devient un connard fini, un mufle terrible qui a "perdu son âme". En gros, il est la métaphore du mec dans toute sa splendeur de salop : je fais toutes les concessions du monde pour atteindre mon but, une fois fait, je me casse et en trouve une autre. Sa deuxième relation, avec Spike, est très différente. Les rôles sont inversés : c'est Spike qui est en attente, qui est dépendant de son bon vouloir de jeune adulte dépressive (il faut concéder à la pauvre Buffy qu'elle vient de mourir et ressusciter pour la seconde fois). C'est lui la victime de la relation, lui qui la subit, lui qui change pour elle, pour la séduire (il arrête d'être mauvais à cause d'une puce à l'origine mais reste gentil quand celle-ci dysfonctionne).
Enfin un film de vampire n'est pas cité alors qu'il est le plus pertinent sur le sujet : Dracula de F.F.Coppola. Dans ce film les vampires sont presque accessoires : il symbolise le désir féminin, la libération sexuelle avant l'heure. Les hommes passent trois heures à tenter de les combattre pour empêcher cette révolution du plaisir charnel, pour garder le contrôle sur les envies de la femme dont parle Bourdieu dans votre article. Si les femmes vont vers eux, c'est pour s'épanouir pleinement, pour se libérer du carcan machiste, pas pour se vautrer dans les clichés des désirs conçus par l'homme.
Tout ça pour dire qu'avec un type de film (la relation femme/monstre) on peut faire passer beaucoup plus de choses que ce que votre article ne laisse voir, tout est question d'auteur et de discours, pas de sujet.