France

Ségolène Royal: le retour de la banlieueïtude

Bastien Bonnefous, mis à jour le 19.09.2010 à 11 h 25

Ségolène Royal organise sa «fête de la fraternité» à Arcueil, une ville de banlieue choisie délibérément.

Ségolène Royal au Zénith, septembre 2008. Gonzalo Fuentes / Reuters

Ségolène Royal lors de la fête de la Fraternité, le 27 septembre 2008 au Zénith de Paris. Gonzalo Fuentes / Reuters

Elle compte, elle compte, la banlieue... Samedi 18 septembre, Ségolène Royal organise à Arcueil la troisième «fête de la fraternité» de son mouvement Désirs d'avenir. Après le succès mitigé de son premier rassemblement, one woman show new age et bobo monté à grand renfort médiatique en septembre 2008 au Zénith de Paris, l'ancienne candidate à l'élection présidentielle de 2007 et possible future candidate à celle de 2012, n'a pas choisi au hasard le lieu de cette nouvelle réunion.

Dans un communiqué publié au début du mois d'août, Ségolène Royal explique avoir retenu la ville d'Arcueil en réponse au discours ultra-sécuritaire de l'été de Nicolas Sarkozy sur les banlieues. Commune de 20.000 habitants du Val-de-Marne, dont le maire est membre d'Europe Ecologie, Arcueil est aux yeux de la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, un exemple français du bien-vivre populaire en banlieue. «Avec ses 45% de logements sociaux et ses plus de 47 nationalités qui y sont représentées, Arcueil témoigne d'une forte cohésion sociale et culturelle», estime Ségolène Royal. Une ville symbole et «meilleure riposte aux provocations, à la brutalité et à la corruption d'un système qui tire la France vers le bas, (...) construction d'un avenir commun appuyé sur les valeurs républicaines de liberté, d'égalité et de fraternité», ajoute-t-elle à l'intention de l'Elysée.

Un positionnement stratégique

C'est surtout un choix dans le droit fil du positionnement stratégique de la socialiste depuis 2006. Lors de la dernière présidentielle, Ségolène Royal s'est rêvée en candidate des quartiers populaires. Au «kärcher» et à la «racaille» du candidat Sarkozy, elle avait répondu à l'époque en vantant «la réussite des quartiers populaires» qui «ne doivent plus être considérés comme un problème, mais comme une partie de la solution aux problèmes».

En novembre 2006, lors d'une réunion du Parlement des banlieues à Bondy, elle avait détaillé son «pacte de Bondy», mettant l'accent sur le «métissage (qui est) une chance pour la France». Jouant sur la sémantique, elle avait souhaité que la France «arrête de parler de Français de souche, comme s'il y en avait d'autres de branchage et de feuillage», ou de «première, de deuxième ou de troisième génération, ce qu'elle ne fait jamais pour des jeunes issus des pays européens».

Positive avec les jeunes des cités –«la France non seulement a besoin de vous mais c'est vous qui êtes l'avenir de la France», n'avait-elle cessé de répéter durant la campagne– elle s'était également montrée sévère avec l'insécurité, lançant déjà son idée d'un «encadrement militaire renforcé» des mineurs délinquants.

Des résultats mitigés en 2007

Un calcul politique et un discours programmatique qui n'avaient qu'en partie payé au regard des résultats de l'élection. Si Ségolène Royal avait largement devancé Nicolas Sarkozy en Seine-Saint-Denis (avec 56% des voix contre 43%) ou dans le Val-de-Marne, dans des proportions plus serrées (50,2% contre 49,8%), c'est le candidat UMP qui avait raflé la mise dans la plupart des autres départements franciliens (Essonne, Val-d'Oise, Yvelines, Seine-et-Marne). Si les quartiers défavorisés, portés par un réflexe anti-Sarkozy, s'étaient mobilisés, avec près de 70% de participation, la candidate socialiste avait néanmoins subi le désamour continuel du vote populaire à l'égard de la gauche (24% du vote ouvrier au premier tour, devancée par le FN à 26%, alors que François Mitterrand en attirait encore 41% à la présidentielle de 1988). En 2007, Ségolène Royal avait en partie réussi à incarner un espoir pour les quartiers populaires.

Trois ans plus tard, la déception n'est pas loin, à l'image du ressentiment du collectif AC Le Feu. Créé à Clichy-sous-Bois après les émeutes de 2005, ce mouvement avait été largement soutenu par la candidate PS pendant la campagne. Celle-ci avait même tenté de le faire participer à un groupe de travail sur son programme présidentiel –ce qu'avait refusé AC Le Feu– puis en février 2007, elle s'était déplacée à Clichy-sous-Bois pour signer devant les caméras le «contrat social et citoyen» rédigé par l'association. «Je n'accepte plus que l'on parle d'intégration, je veux tout simplement parler d'égalité réelle et d'égalité républicaine», avait-elle déclaré au côté des membres du collectif, avant de rencontrer les proches de Zyed et Bouna, les deux jeunes de la ville dont la mort avait provoqué l'embrasement des cités à l'automne 2005.

Espoir déçu

Aujourd'hui, Mohamed Mechmache, le porte-parole d'AC Le Feu, cache mal son amertume. Educateur spécialisé devenu entre temps conseiller municipal (apparenté communiste) à Noisy-le-Sec, il regrette que «Ségolène Royal, comme les autres candidats à gauche, soit venue nous séduire pendant la présidentielle quand ça l'arrangeait, pour ne plus donner une nouvelle depuis». «Pas dupe», il est conscient que «près de 4 millions d'électeurs dans les quartiers populaires, ce n'est pas négligeable», mais entend bien ne plus s'y laisser prendre.

«La rupture entre ces quartiers et la classe politique est toujours aussi forte, et la gauche a aussi sa responsabilité dans ce qu'il se passe en banlieue», explique Mohamed Mechmache. Un diagnostic qui rejoint finalement celui posé récemment par plusieurs maires de banlieue, toutes couleurs politiques confondues. La déception est telle en tout cas du côté d'AC Le Feu que le collectif envisage de présenter son propre candidat à la présidentielle de 2012. «Comme personne ne nous représente, on a envie d'agir par nous-mêmes», explique le porte-parole.

Equation complexe

2012 approchant, plusieurs signaux témoignent de la volonté de Ségolène Royal de recapitaliser sur l'électorat populaire. Sa prestation sur le dossier des retraites à l'émission A vous de juger le 9 septembre en est un exemple récent. Représentante du PS, la présidente de Poitou-Charentes n'a pas hésité à tenir un discours marqué à gauche, parfois même à la frontière du populisme, en fustigeant les patrons qui «se gavent» et qui «font de l'argent en dormant» tout en restant «tapis dans l'ombre».

Pour François Miquet-Marty, directeur de l'institut de sondage Viavoice, Ségolène Royal maintient ses positions offensives car «elle conserve un crédit auprès des classes populaires par son style distancié par rapport au reste de la classe politique». Mais pour le sondeur, attention de ne pas répéter les erreurs du passé. «En 2002, Lionel Jospin avait su s'adresser aux catégories supérieures mais n'avait pas su parler à l'électorat populaire traditionnel de la gauche. En 2007, Ségolène Royal a réussi l'inverse: elle a regagné une partie du vote populaire, mais elle s'est décrédibilisée auprès des cadres et des classes supérieures.» Ce pas de deux programmatique est le plus difficile à réaliser, mais décisif lors d'une présidentielle. En 2007, un seul candidat était parvenu à résoudre cette équation complexe: un certain Nicolas Sarkozy.

Bastien Bonnefous

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