Culture

Patrimoine: dans les entrailles de Bercy

Gilles Bridier, mis à jour le 18.09.2010 à 9 h 10

Le ministère de l’Economie, des Finances, de l’Industrie et de l’Emploi dans le 12e arrondissement de Paris, est un des plus récents fleurons du patrimoine de l’Etat. Il est géré comme une petite ville.

Le bâtiment Colbert du ministère des Finances Charles Platiau / Reuters

Le bâtiment Colbert du ministère des Finances Charles Platiau / Reuters

La République est bonne fille. A Bercy, les cinq immeubles qui abritent les bureaux du ministère des Finances portent tous des noms de figures qui servirent la royauté française: Colbert, Vauban, Turgot, Sully et Necker…  Pas un pour honorer une personnalité républicaine, même pas le centre de conférence qui, lui, n’a pas de nom. Pourtant, quelle révolution fut-ce il y a vingt et un ans, lorsque le ministère en question déménagea de l’aile historique du Louvre, devenue désuète, pour s’installer dans ces bâtiments construits sur cinq hectares, déportés dans l’est de la capitale, sur les anciens terrains d’une halle aux vins! 

Les fonctionnaires de l’Economie, des Finances et du Budget, rejoints plus tard par ceux de l’Industrie puis de l’Emploi, quittaient un lieu chargé d’histoire en plein centre de Paris pour s’exiler dans des locaux austères structurés par 43 kilomètres de couloirs au milieu d’une friche industrielle. Mais il faillait rééquilibrer l’agglomération dont les centres névralgiques avaient une fâcheuse tendance à ne se développer qu’à l’ouest. Au moins, dans cette sorte de paquebot à l’architecture quasi stalinienne, le travail pourrait être organisé de façon plus rationnelle.

Une anticipation de l’ère internet

Massif, bordant un quartier qui s’est modernisé, le bâtiment Colbert avec son accès direct à la Seine et surplombé d’une aire d’atterrissage pour les hélicoptères, fait maintenant partie du paysage. Et les 6.000 personnes qui y vivent au quotidien, n’imagineraient plus réinvestir le Louvre.

Par exemple, à la fin des années 80, seule une élite anticipait la révolution internet. Les nouvelles technologies de la communication encore balbutiantes auraient de toute façon condamné les installations du Louvre hors du temps. Aujourd’hui, les fonctionnaires des Finances ne sauraient se passer du haut débit. Ainsi, le volume de courrier traité, de 5 à 6 tonnes par jour, a été réduit de moitié en vingt ans. Non que les échanges aient diminué, au contraire, ils explosent. Mais le courrier dématérialisé a pris le relais. Au point que toute la chaîne du courrier distribué par les 445 chariots qui circulent sur une voie mécanique de 5,5 km, va être remplacée. Un appel d’offres va être lancé. Actuellement et depuis l’origine, c’est une société franco-allemande, Teledoc, qui traite par délégation la gestion du courrier.

Une ville dans la ville

Bercy est devenu une ville dans la ville. Dans les entrailles du ministère, la sous-traitance est devenue la règle.  Par exemple, la restauration est déléguée à une société spécialisée auprès des collectivités, Agraf. D’autres fonctions plus spectaculaires sont aussi assurées avec le concours de prestataires extérieurs. Sous la cour d’honneur, à côté d’un parking conçu pour servir d’abri atomique, est installée toute la machinerie nécessaire à la climatisation des bureaux. Mais en soutien pour assurer le chauffage, Bercy a recours aux services de la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU) et de son centre d’incinération des déchets ménagers d’Ivry-Paris XIII: la chaleur dégagée par la combustion des déchets permet de créer de l’énergie sous forme de vapeur d’eau, utilisée pour le chauffage de logements et dont le ministère profite. D’énormes échangeurs thermiques assurent ensuite le réchauffage de l’air qui est pulsé dans les locaux.

Un pilotage centralisé de toutes les fonctions électriques

Même le centre de pilotage du réseau électrique, dont dépend aussi bien le fonctionnement des ascenseurs que des ordinateurs, est confié pour partie à une société extérieure. Certes, le ministère emploie ses propres techniciens. Mais les équipes sont mixtes pour assurer chaque heure du jour et chaque jour de l’année, une surveillance étroite des installations. La Secma est actuellement en contrat avec Bercy pour prendre en charge, avec les spécialistes maison, la gestion technique centralisée des cinq bâtiments de Bercy… et de sept autres répartis dans Paris et en proche banlieue.

Pour ces différents sites, les informations sur le fonctionnement de tous les circuits électriques convergent sur les écrans de la salle de pilotage de Bercy. Afin de garantir un maximum de sécurité, en plus des groupes électrogènes de secours, les automates fonctionnent sur un réseau privé pour lequel la puissance requise – environ 4 megawatts – correspond quasiment à celle d’une petite ville. Et c’est le fournisseur privé d’énergie Poweo, et non l’entreprise publique EDF, qui alimente ce réseau. 

Bel exemple de mise en concurrence, alors qu’EDF compte 6 représentants de l’Etat à son conseil d’administration dont le directeur général de l'Agence des participations de l'Etat lui-même installé à Bercy. «L’externalisation touche maintenant tous les métiers», explique un responsable. Même les entreprises privées ne feraient pas preuve d’une telle abnégation pour promouvoir un concurrent.

Gilles Bridier

Photo: Le bâtiment Colbert du ministère des Finances Charles Platiau / Reuters

 

 

 

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