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Le Luxembourg peut-il accueillir les Roms dont la France ne veut pas?

Une famille de Roms se tient près de sa caravane dans un campement illégal prè

Une famille de Roms se tient près de sa caravane dans un campement illégal près de Nantes, France, le 31 juillet 2010.

En réponse aux critiques de Viviane Reding, Nicolas Sarkozy suggère au Luxembourg d'accueillir les Roms dont la France ne veut pas

En pleine polémique sur les expulsions des Roms, Nicolas Sarkozy a lancé une phrase sous forme de provocation, mercredi 15 septembre lors d’un déjeuner avec des sénateurs UMP. Selon le sénateur de Haute-Marne, Bruno Sido, le chef de l’Etat «a dit qu'il ne faisait qu'appliquer les règlements européens, les lois françaises et qu'il n'y avait absolument rien à reprocher à la France en la matière mais que si les Luxembourgeois voulaient les prendre, il n'y avait aucun problème», en réponse aux vives critiques de la commissaire européenne luxembourgeoise Viviane Reding. Le Luxembourg peut-il vraiment accueillir les Roms dont la France ne veut pas? Pas vraiment: le Grand-Duché ne traite pas mieux les Roms que les Français.

Une partie des Roms ne pourraient pas travailler au Luxembourg... ni y séjourner plus de 3 mois.

Les Roms (au sens européen du terme, c’est-à-dire divers groupes d'individus qui se décrivent eux-mêmes comme Roms, Gitans, Gens du voyage, Manouches, Ashkali, Sinti, etc) sont d'abord traités comme les ressortissants des pays dont ils sont originaires (Bulgarie ou Roumanie essentiellement). Mais le Luxembourg, comme la France, applique des périodes de transition pour la Bulgarie et la Roumanie. Du coup, les Roms roumains ou bulgares ne peuvent venir que s’ils ont une autorisation de travail, qui leur permet d’accéder au marché du travail. Le 4 septembre 2008, le gouvernement luxembourgois a décidé de prolonger de trois ans cette obligation, comme le précise le site du ministère des Affaires étrangères luxembourgeois dans le chapitre consacré aux séjours de plus de trois mois. En France, il y aurait actuellement entre 350.000 à 500.000 Roms, dont la quasi totalité ont la nationalité française, sur un total de 10 à 12 millions dans l’Union européenne. Une idée reçue répandue voudrait que les Roms soient des nomades, pourtant, en Europe, seulement 2% d’entre eux voyagent.

Impossible de s’installer!

Pour les Roms qui arriveraient à rentrer au Luxembourg, un autre problème de taille se pose: le logement. Les gens du voyage ne sont pas acceptés dans les campings et il n'y a pas d'aires de stationnement spécifiques. Cette discrimination, interdite par les lois nationales et européennes (le Conseil de l'Europe recommande à ses Etats membres de mettre en place des aires d'accueil et de stationnement), persiste. Le pays manque à ses obligations. Les gens du voyage ne peuvent donc pas se rabattre sur des structures d’accueil, parce qu’il n’y en a pas. Autre problème: impossible, pour les Roms, d’établir sa résidence au Luxembourg, car pour cela, il faut passer par la commune et donner une adresse, or une adresse du camping n’est pas valable (c’est également le cas en France).

Le risque de PV

D’après Karin Waringo, membre de l’association luxembourgeoise Chachipe, qui défend les droits des Roms, «les autorités luxembourgeoises ont pris des mesures contre les Roms roumains qui viennent mendier au pays parce qu'ils n'ont pas d'autre moyen d'assurer leur survie. Cette campagne stigmatise les Roms qui sont accusés de mendicité en réunion». Ainsi, depuis 2008, on a constaté une forte augmentation du nombre de procès verbaux dressés pour mendicité en réunion. Karin Waringo explique qu’avant cette date, les mendiants étrangers étaient tout simplement reconduits à la frontière, sur la base de l'ancienne loi sur l'immigration qui prévoyait cette possibilité.

Une intégration difficile

D’après l’Asti (Association de Soutien aux Travailleurs Immigrés), les Roms sont très mal perçus au Luxembourg. Les politiques peu conciliantes du gouvernement ne favorisent pas l’intégration. Pour illustrer la situation, un membre de l’association cite un reportage de France 2 qui montrait, en France, un convoi de roulottes cherchant un campement. Après quelques périples, les roulottes arrivent sur un terrain agricole, et le propriétaire les autorise à rester pour deux semaines. Au Luxembourg, les roulottes auraient difficilement trouvé quelqu’un qui les accepte, affirme-t-il. «En France, on vit avec les gens du voyage, on se connaît, ils ne sont pas appréciés par tout le monde, mais au moins on se côtoie. Ici, si on arrive avec un convoi de roulottes, ça pose tout de suite problème».

Pas de tradition d’accueil

Les gens du voyage et exilés en caravane ne furent jamais les bienvenus dans le Grand-Duché. «Dès la seconde moitié du XIXe siècle, lit-on dans l’hebdomadaire luxembourgeois le Jeudi, qui cite Karin Warengo, les autorités disposent de deux armes: d'abord, le refus d'une activité économique itinérante comme on en trouve en 1878. Et puis, il y a la reconduite prompte à la frontière». En 1972, explique le Jeudi, une loi sur l'entrée et le séjour des étrangers «consacre le renvoi illico, dans un article 12  qui semble taillé sur mesure. La police peut renvoyer, sans autre forme de procédure que la simple constatation du fait par le procès-verbal à adresser au ministre de la Justice, les étrangers non autorisés à résidence qui sont trouvés en état de vagabondage ou de mendicité ou en contravention à la loi sur les professions ambulantes».

Margherita Nasi

Photo: Une famille de Roms se tient près de leur caravane dans un campement illégal près de Nantes, France, le 31 juillet 2010, S. MAHE / REUTERS

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