La Légion d'honneur, à quoi ça sert?
Comme Patrice de Maistre ou Guy Wildenstein, des centaines de gens rêvent d'obtenir un jour la Légion d'honneur. Mais, à quoi ça sert d'être légionnaire?
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Actualisation le 01/01/11: La promotion du Nouvel An 2011 de l'Ordre national de la Légion d'Honneur vient d'être publiée au Journal Officiel, avec dans ses rangs la championne cycliste Jeannie Longo, les anciens ministres Fadela Amara, Christine Boutin et Michel Charasse, la présidente de l'Hadopi, mais aussi de nombreux anciens résistants et déportés, des ambassadeurs, meilleurs ouvriers de France, directeurs de sociétés, etc.
Nous republions à cette occasion une Explication sur l'intérêt de la Légion d'honneur écrite en Septembre 2010, alors que l'attribution de la décoration à Patrice de Maistre était au coeur de l'affaire Woerth-Bettencourt.
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L’attribution de la Légion
d’honneur à Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane
Bettencourt, est au cœur de l’affaire Woerth-Bettencourt. De la même manière, la prestigieuse décoration a été décernée par Nicolas Sarkozy à Guy Wildenstein, donateur de l'UMP et au centre de l'affaire Wildenstein, du nom du collectionneur Daniel Wildenstein, dont les héritiers se disputent la fortune.
Comme Maistre ou Wildenstein, des dizaines de gens sont
devenus ou deviendront chevalier, officier, ou commandeur de la Légion
d’honneur, certains pour des mérites qui ne sont pas nécessairement toujours très clairs, étant donné que
les raisons de la décoration ne sont pas connues du grand public. Mais pourquoi
tant de gens veulent donc la Légion d’honneur, et à quoi sert-il d’être
décoré?
Peu d’avantages matériels
Devenir légionnaire d’honneur offre très peu
d’avantages matériels: tout au plus, les filles, petites-filles et arrières
petites-filles de décorés ont-elles la possibilité de faire leurs études dans
les Maisons d’Education de la Légion d’Honneur.
Le collège affiche 99,25% de réussite au brevet en 2009 (dont 85,8% de mentions), et le
lycée 100% de réussite au bac (dont 87,1% de mentions). Mais l’admission est
très sélective, et une place n’est absolument pas assurée à toutes les
descendantes de décorés. Et la scolarité dans les deux pensions est payante, à
la charge des parents.
Si les décorés décident de cotiser à la Société
d’Entraide des Membres la Légion d’Honneur, ils auront accès aux deux
résidences de la SEMLH. Le château du Val à Saint-Germain-en-Laye et la
résidence Costeur-Solviane à Saint-Raphaël sont principalement utilisés comme
des maisons de retraite, mais certains de leurs locaux peuvent aussi être loués
pour des réunions, des réceptions, ou des week-ends.
Les décorés ne reçoivent aucune pension, à part
les anciens combattants, mais celle-ci est purement symbolique (moins de dix
euros par an pour les chevaliers, le premier grade de l’ordre).
Non seulement recevoir la Légion d’honneur
n’entraîne aucun avantage financier, mais il faut même payer! Chaque décoré
doit s’acquitter des droits de chancellerie (d’une vingtaine d’euros pour les
chevaliers) pour obtenir le brevet officiel après la remise de la décoration.
Et surtout, chacun doit se procurer sa décoration, achetable par exemple auprès
de la Monnaie de Paris: il faut compter de 168,50€ pour un chevalier (57€ pour le modèle réduit) à 884,50€ pour la plaque de Grand Croix. Même si, à la manière de ce qu’il se fait pour
un cadeau de bonne convalescence ou de naissance, il est d’usage que la famille
ou les amis/collègues se cotisent pour offrir la décoration.
Presqu’aucun avantage matériel, et une
décoration à payer de sa poche. Obtenir la Légion d’honneur est d’abord une
question de prestige.
Reconnaissance sociale et professionnelle
On a beau, vu de l’extérieur, avoir l’impression
que tout le monde peut obtenir la Légion d’honneur, sur 65 millions de Français,
seuls environ 100.000 sont décorés de la Légion. Pour la plupart, c’est le
symbole de la reconnaissance ultime de l’Etat, la plus haute récompense
possible, la preuve qu’on a «fait quelque chose de plus» que le reste des
citoyens. Une preuve portée à la boutonnière, au vu et au su de tous… enfin de
tous ceux qui savent encore, aujourd’hui, ce qu’elle représente.
Beaucoup de décorés insistent sur la valeur
personnelle de le Légion d’honneur et réfutent l’idée d’une quelconque
reconnaissance sociale. Mais si certains en tirent simplement une fierté
personnelle, ne portent jamais leur insigne et se satisfont simplement de la
reconnaissance de la nation, la récompense apporte indéniablement une
reconnaissance sociale. En principe, la mention peut ainsi figurer à la suite
du nom de l'intéressé sur les actes administratifs, procès-verbaux policiers et
autres jugements, et peut donc être vu comme un avantage.
La reconnaissance sociale qui va avec la
décoration change selon le milieu: les personnes issues d’un milieu modeste
auront peut-être plus de fierté à porter leur insigne que celles qui ont déjà
plusieurs décorés dans leur entourage. De même, la légion d’honneur revêt une
importance sociale plus importante pour une personne exerçant un métier
rarement décoré (un syndicaliste) que pour un militaire ou un homme politique.
Inversement, dans une famille qui comptes des décorés de plusieurs générations,
la Légion est plus «attendue» mais représente moins un événement exceptionnel.
Avoir la Légion d’honneur apporte la
reconnaissance de ceux qui ont également reçu cet honneur, et qui connaissent
peut-être plus que d’autres la valeur symbolique de la distinction. Le
sentiment d’appartenance à un ordre, qui oblige en théorie ses membre à
certaines règles de bonne conduite et de savoir-vivre, est un motif de fierté
pour certains décorés.
Les objectifs de la Société d’entraide des membres de la légion
d’honneur reflètent cette notion
d’appartenance: «Concourir au prestige de l'ordre national de la Légion
d'Honneur partout où ils peuvent exercer leur action. S'entraider mutuellement
par une action de proximité permettant de déceler les adhérents se trouvant
dans le besoin».
La Légion d’honneur procure-t-elle un avantage professionnel?
Pas vraiment. D’abord parce que pour être chevalier de la Légion, il faut en
principe «au moins 20 ans d’activités assorties de mérites éminents». Autant
dire que les civils reçoivent généralement la décoration à partir de 45 ou 50 ans,
à un stade avancé de leur carrière. Et que la relation de cause à effet est
inversée: c’est plutôt parce qu’on s’est illustré dans sa carrière qu’on est
décoré. Enfin, si la Légion d’honneur est souvent rajoutée au CV, ça n’en fait
pas un critère de recrutement ou de promotion.
Instrument politique
Finalement, la Légion d’honneur «sert» plus à
ceux qui la donnent qu’à ceux qui la reçoivent. Elle a d’ailleurs été créée par
Napoléon Bonaparte parce que la Révolution avait supprimé toutes les
récompenses. La Légion d’honneur, c’est la version adulte des bons points et
des images en classe.
Les décorés de la Légion d’honneur reflètent
autant les choix du Président que la société qu’il gouverne. En juillet 2008,
Nicolas Sarkozy a pris une série de mesures quant à la répartition des
Légions d’honneur, décrites
dans cette lettre, qui traduisent
l’engagement et la volonté politique du président: chaque promotion doit
désormais être strictement paritaire entre hommes et femmes («à l’exception bien sûr des ministères pour lesquels le
vivier demeure essentiellement masculin» comme ceux de la défense ou des anciens
combattants précise le Président dans sa lettre) et la promotion du Travail a été doublée en 2009 et triplée
en 2010, un écho clair à l’importance placée par Sarkozy dans la valeur du
travail lors de sa campagne présidentielle. De la même manière, Napoléon III
effectuait un geste politique hautement symbolique en décorant pour la première
fois une femme en 1851.
Récompenser une personne populaire peut aussi
être vu comme un acte de récupération politique, une tentative de se mettre
l’opinion publique dans la poche. Le fait de décerner la Légion d’honneur aux
footballeurs champions du monde en 1998 n’a pas pu faire de mal à la popularité
de Jacques Chirac, comme
l’on souligné certains à l’époque. Mais on peut aussi penser que
certains citoyens n’auraient pas compris si les héros sportifs nationaux
n’avaient pas reçu les honneurs de la nation. Le type de personnes et de
métiers récompensés reflète donc aussi l’évolution de la société. Les sportifs,
véritables héros d’aujourd’hui, sont désormais décorés après chaque grande
performance (Jeux olympiques, championnats du monde etc.)
Cécile Dehesdin et Grégoire Fleurot
L'explication remercie Bertrand Galimard Flavigny, co-auteur avec Anne de Chefdebien de La Légion d'honneur: Un Ordre au service de la Nation, Paul Lafargue, vice-président de la section Hauts-de-Seine Sud-Est de la Société d'Entraide des Membres de la Légion d'Honneur, et Guy Letellier, en charge de la section Paris VIe de la SEMLH.
Photo: Des Légions d'honneur, REUTERS/Charles Platiau
Mis à jour le 01/01/2011 à 11h21














































Bon sinon, les sportifs "véritables héros d'aujourd'hui", qui l'a décidé?
Les refus d'accepter d'être distingué par l'état, quelle qu'en soit la motivation reste une liberté. Il n'est pas nécessaire de faire une critique de l'état pour refuser cette distinction.
Si on me la donnait actuellement, je la refuserai bien évidemment, et si je l'avais, je ne m'en vanterais pas tant que la corruption occupe à peu près tous les postes importants de notre gouvernement et le président.