Sports

Rafael Nadal, machine à records

Yannick Cochennec, mis à jour le 14.09.2010 à 17 h 09

Le joueur espagnol, vainqueur lundi de l'US Open, peut espérer égaler ou dépasser le «meilleur joueur de tous les temps», Roger Federer.

En demi-finale de l'US Open face à Mikhail Youzhny. REUTERS/Mike Segar

En demi-finale de l'US Open face à Mikhail Youzhny. REUTERS/Mike Segar

En remportant l’US Open, lundi 13 septembre, sur les courts de Flushing Meadows, Rafael Nadal n’a pas seulement confirmé qu’il était (et de très loin) le meilleur joueur du monde. L’Espagnol s’est également assuré une place dans l’histoire du tennis dont il est, à seulement 24 ans, l’une des figures marquantes (neuf titres du Grand Chelem à son palmarès). Ce total, atteint entre 2005 et 2010, le place déjà en septième position de la hiérarchie derrière Roger Federer (16), Pete Sampras (14), Roy Emerson (12), Rod Laver (11), Björn Borg (11) et Bill Tilden (10). Et les comptes sont évidemment loin d’être clos en ce qui le concerne…

Meilleur que Federer

Parce qu’il est devenu le champion le plus prolifique de l’histoire avec 16 tournois majeurs conquis entre 2003 et 2010, Roger Federer a été bombardé «plus grand joueur de tous les temps», même s’il est toujours délicat de comparer des compétiteurs à travers le temps. Pour ces hagiographes et les supporters du Suisse, il est à craindre que Federer ne tombe très vite de son piédestal pour être rapidement remplacé par une autre statue du Commandeur, celle du Majorquin qui est en train d’égaler ou battre tous les records du Bâlois alors que celui-ci paraissait intouchable, si ce n’est pour l’éternité, au moins pour un paquet d’années. Car il est aujourd’hui plausible d’envisager Nadal à 16 tournois majeurs et plus… A titre indicatif, Federer avait gagné son 9e titre du Grand Chelem à l’âge de 25 ans.

A l’allure qui est la sienne, Nadal sera rapidement, en effet, sur les talons de son rival qu’il a d’ailleurs pris l’habitude de dominer dans la mesure où dans leur tête-à-tête personnel, Nadal mène par 14 victoires à 7. La vérité du terrain est implacable: en le battant deux fois sur trois depuis leur premier affrontement en 2004 et six fois lors de leurs sept derniers duels, Nadal a prouvé qu’il était, et qu’il reste, meilleur que Federer.

Alors, pourquoi ne pas faire mieux que lui? «Ce débat sur le fait que je serais meilleur que Roger est stupide car il a tous ces titres», s’est défendu «Rafa». Lors de cet US Open, conclu par une finale rondement menée contre le Serbe Novak Djokovic (6-4, 5-7, 6-4, 6-2), Rafael Nadal a affolé les statistiques. Non content de devenir le premier Espagnol consacré depuis Manuel Orantes en 1975 et le premier gaucher à triompher à New York depuis John McEnroe en 1984, il a réussi aussi le tour de force de ne lâcher qu’un seul set sur l’ensemble de l’épreuve, frôlant l’exploit d’être le premier homme depuis l’Australien Neale Fraser en 1960 à rendre une copie totalement immaculée.

Nadal a perdu son service seulement cinq fois sur l’ensemble du tournoi (dont trois en finale). Un record en la matière pour un vainqueur de l’US Open alors que l’engagement de l’Espagnol, effectivement amélioré, était jugé jusque-là comme son point faible.

Le mythique Grand Chelem

A New York, où il n’avait été jamais été finaliste jusqu’alors, Nadal s’est offert une autre jolie satisfaction en devenant le septième homme de l’histoire à compter les quatre titres du Grand Chelem à son palmarès: Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon et US Open. Federer signa cette passe de quatre à 27 ans et 203 jours quand Nadal s’est déjà acquitté de cette gageure à 24 ans et 102 jours.

Federer, 29 ans, ne réalisera vraisemblablement jamais le mythique Grand Chelem —c’est-à-dire remporter les quatre tournois majeurs la même année comme Donald Budge en 1938 et Rod Laver en 1962 et 1969— mais cet Everest est vraiment à la portée de Nadal qui l’a manqué de peu en 2010. Vainqueur à Roland-Garros, Wimbledon et l’US Open, il a seulement connu l’échec en Australie où il n’encaissa même pas une défaite «normale» puisqu’il fut contraint à l’abandon sur blessure contre l’Ecossais Andy Murray en quarts de finale.

Les pessimistes évoqueront justement la fragilité physique de Nadal, longtemps blessé aux genoux en 2009, pour tempérer les ardeurs des plus optimistes quant au palmarès à venir de l’actuel n°1 mondial. Mais il est clair que les leçons ont été retenues par son entourage, à commencer par son oncle Toni, son entraîneur, qui a su alléger son programme quand il l’a fallu en 2010.

Aujourd’hui, la chance de Nadal est aussi que depuis lundi, il a gagné TOUT ce qu’il est possible de gagner d’important. Le voilà délivré de toute obligation et libre de pouvoir donner sa pleine mesure lorsqu’il sera nécessaire de le faire, c’est-à-dire lors des grands rendez-vous. Nadal a désormais ce luxe: celui de pouvoir choisir ses cibles l’esprit tranquille, au moins avec moins de stress.

La rivalité Nadal-Federer, la meilleure qui existe aujourd’hui dans le sport, rythme la vie du tennis depuis cinq bonnes années. Depuis juin 2005, les deux champions ont ainsi fait main basse sur 21 des 23 tournois du Grand Chelem disputés. Signe de leur toute puissance et de la faiblesse relative de la concurrence qui tarde à vraiment bousculer ce pouvoir à deux têtes, à l’image de Novak Djokovic et Andy Murray. Sachant que derrière, aucun jeune espoir ne semble en mesure de venir immédiatement s’immiscer dans cette lutte au sommet. Malgré son âge et grâce à sa condition physique exceptionnelle, Federer devrait donc continuer à tenir le haut du pavé et à perpétuer cette rivalité dans les deux ou trois prochaines années, mais il risque désormais de se contenter des miettes…

Yannick Cochennec

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