Murakami à Versailles: la grande peur du métissage culturel
Une polémique d'arrière arrière garde.
- Takashi Murakami à Versailles «Oval Buddha» Benoit Tessier / Reuters -
Qui veut bouter l’artiste japonais Takashi Murakani hors des murs du château de Versailles? Est-ce les mêmes qui ont chassé Marie-Antoinette s’interroge-t-on outre-Atlantique? Pas vraiment. En revanche, ce sont bien les mêmes qui ont déjà tenté d’interdire l’accès des portes du Palais à un autre artiste contemporain, l’Américain Jeff Koons. Sans succès. Même lieu... et même polémique qu’en 2008.
L’exposition qui s'ouvre au public le 14 septembre promet d’être mouvementée. Outre les deux pétitions qui circulent (elles auraient recueilli plus de 6.000 signatures chacune –les mêmes?), des manifestations sont prévues le jour de l’inauguration, et une action judiciaire a été lancée. Bref, tout semble bon pour empêcher la tenue de l’exposition. Deux collectifs, d'un côté Versailles mon amour et la Coordination de défense de Versailles et de l'autre Non aux mangas entendent exclure l’artiste japonais des Grands Appartements, de la galerie des Glaces et des jardins: des lieux retenus par le Président de l'Etablissement public du château de Versailles, Jean-Jacques Aillagon, pour y présenter les vingt-deux pièces, principalement des sculptures, deux peintures, et une vidéo dont onze créées tout spécialement pour l'exposition.
Ils ont beau être tous contre, les opposants ne partent pas sous une seule bannière. D’un côté, Versailles mon amour, emmené par Anne Brassié, une chroniqueuse littéraire de Radio Courtoisie, et Eric Martin, un étudiant à l'université Paris-II-Assas refusent que le château «un des symboles de notre histoire et notre culture» soit transformé en «panneau Decaux». Leur plus grande terreur est le caractère porno (très soft!) que l’on pourrait entrapercevoir dans l’art de Murakani, avec Lonesome Cowboy, un bonhomme au sexe pointé dont le jet de sperme forme un lasso ou Harpon une bonne femme aux gros seins dont le jet de lait forme une corde à sauter. A vrai dire une terreur sans fondement puisque Aillagon a déjà affirme que les pièces présentées «ont été choisie avec soin pour pouvoir être vue par tous». L’exposition tourne plutôt entre l'Oval Buddha Gold, l’Oval Buddha Silver, une figure en argent avec une tête ovale énorme pour le Salon de l'Abondance, Flower Mantago une sculpture multicolore aux accents psychédéliques dans la galerie des Glaces… et Mister Pointy attendra les visiteurs dans le Salon d'Hercule.
De son côté, Non aux mangas a été créé à l'initiative d'Arnaud-Aaron Upinsky, président de l'Union nationale des écrivains français, avec le soutien d’un lointain descendant de Louis XIV, le prince Sixte-Henri de Bourbon-Parme. Si on retrouve le même refus du «métissage culturel» que les passéistes de Radio Courtoisie «inventé aux Etats-Unis sur l’aliénation de toutes les autres cultures», ils ont d'autres méthodes. Ils ont choisi d’en appeler à la justice pour démontrer l’illégalité de la tenue de l’exposition. Sans y parvenir jusqu'à présent.
Pour Jean-Jacques Aillagon, cette exposition a pour vocation «la confrontation de deux notoriétés, celle du château et celle de l’artiste»: n’hésitant pas à forcer le trait: «la galerie des Glaces est une sorte de manga, une bande dessinée à la gloire du règne du Roi». Il renvoie les protestataires «émanant de cercles d'extrême droite intégristes et de cercles très conservateurs» qui veulent faire du château de Versailles «un reliquaire de la nostalgie de la France de l'Ancien Régime, d'une France repliée sur elle-même et hostile à la modernité». Mais, manifestement, les polémiques ont tout de même un impact. Jean-Jacques Aillagon joue la prudence et annonce que les prochaines expositions d'art contemporain n'auront plus lieu dans les appartements royaux du château.
Qu’en pense Murakami? Il y a déjà quelques mois il craignait la réaction du public «la confrontation de mes œuvres à ce contexte historique, codé et connu à l'extrême. Je ne sais pas si elle sera bonne ou mauvaise» poursuivant que «chaque salle royale a une histoire, mais chacune de mes œuvres, aussi, a une histoire». L’artiste japonais, qui partage son temps entre ses deux studios a Tokyo à Long Island aux Etats-Unis, fait partie de ces quelques artistes contemporains dont le prix des oeuvres dépasse le million de dollars lors des ventes des maison d’enchères, et dont les méthodes de travail s’apparente plus à celle d'un chef d'entreprise qu’à un artiste solitaire et maudit. Voilà qui choque les bien pensants, notamment français. Comme à chaque révolution artistique. Aujourd'hui, l'artiste doit être pauvre, abandonné, incompris. Un pur esprit qui ne doit surtout pas chercher la réussite matérielle sinon son oeuvre en est salie. Pour résumer, il doit être socialement un imbécile. Murakami ne voit pas évidemment pas les choses comme cela et s'en explique fort bien dans son autobiographie The Art Entrepreneurship Theory parue en 2005. Il se définit comme un «entrepreneur créatif» dont le travail prend racine dans les nouvelles «subcultures» (cultures secondaires) que sont les mangas, dessins animés et autres jeux vidéos tout en renvoyant à l’histoire de l’art japonais. Une formule qu’il a même depuis enrichi en s’associant à une marque de luxe française... Shocking!
Anne de Coninck
Photo: Takashi Murakami à Versailles «Oval Buddha» Benoit Tessier / Reuters
Mis à jour le 13/09/2010 à 21h20














































Par rapport au caractère dérangeant de la culture japonaise pour certains français , je serais plus tenté de dire que plus que " la grande peur d un métissage" , ce qui dérange les français c est plus leur capacité à exprimer crument et naïvement leur lucidité , car elle tranche singulièrement avec la langue de bois et le culte du politiquement correct si chère à notre culture francaise.
L idéologie de Mr murakami ( l art une simple pratique commerciale ) est certe transgressive, mais après tout pas si révolutionnaire que cela , d autant que les artiste étant par nature porté vers la transgression, je vois mal des artistes français s effaroucher pour si peu .
Il y a une plus grande proximité du l art japonais avec les réalités économique, sociale , scientifiques contemporaines qui y sont abordé de manière plus simple mais aussi plus en profondeur , c est un fait , et cela peut être interressant d ailleurs .
Il y a quelque années déjà un film japonais m avait fortement impressionné : "battle royale" de Kinji Fukasaku. Si l on veut bien faire grâce à l auteur des écarts vis à vis des normes occidentales de bienséances dans le cadre de sa fiction , le film est étonnant. Je suis tenté de percevoir dans ce film une critique de notre modèle de societé et culturel francais, même si l ambition de l auteur était sans doute de parler des japonais et des effets de la crise économique au Japon.
Cette critique est d autant plus surprenante pour un Francais qu elle ne fait aucune concession à la langue de bois, et surtout au politiquement correct . une telle critique n aurait jamais vu le jour au sein de la culture francaise , sans être abondament étouffée au préalable par ces deux despotes idéaux de la France.
L histoire du film que je vais dévoiler en parti ici ( évitez de lire entre les triples guillements si vous voulez vous y intéresser, ou que vous vous souveniez bien du film)
"""c est celle d un ado dont le père se suicide après avoir perdu son travail et que sa femme l ait quitté en le traitant de perdant , Le père met donc fin a ses jours peu après le début du film , en laissant à son fils unique ce seul message : "courage mon fils, courage mon fils , courage , etc …" Le fils affronte ensuite les dérives d une sociéte qui a refué de transmettre des valeurs autres qu un lien économique unissant les personnes , dont en particulier la fuite en avant dans une violence au vertues anesthésiantes , et dont l objectif est au final d " acheter la paix sociale," En effet, le film nous décrit la société ou se déroule l action comme en déliquescence , incivilité , insécurité sont généralisée, Un "jeu télévisé" ultra violent est organisé, l ado en question est choisi " au hasard" lui et sa classe de lycée pour participer au jeu , il ne savent rien de ce qui les attend tout est présenté comme un banal voyage de fin d année. Lui et les autres éléves choisis au hazard doivent s affronter sur une ile déserte ( sous une surveillance militaire), jusqu à la mort de tous ou qu il n en reste plus qu un survivant dans le temps imparti. Il s agit la d une représentation caricaturale de l addiction , que les psychiatres appellent, la recherche de récompense : la cruauté du jeu est amoindri dans la conscience de la plupart des participant ( pas tous ) au nom du besoin/ de la carence de récompense plus ou moins grand selon les personnalités, Certain participants sont devenus tellement accro à ce jeu, qu ils sont prêt a participer à nouveau au jeu , en temps que volontaire ( alors que tous les participant sont choisi contre leur gré lors de la première participation ), leur motivations sont variés ( je vous laisse les découvrir dans le film ) Ceux qui ne succombent pas à l injonction d obtenir la récompense ( tuer ces camarades pour espérer survivre) , Et ils sont nombreux vont trouver des substituts tres variés que je vous laisse découvrir , car c est un des grands plaisir du film. Mais même ces personnages qui semblent échapper momentanement à la dictature de l impératif des satisfactions immédiates, resteront tous profondément meurtri par l expérience car en désavouant leur propre besoin de récompenses, ils ont dans le même élan désavoué la culture de la société dans laquelle ils devront pourtant exister le reste de leur vie."""
Le film "Bataille royale n accuse personne en particulier , il n y a pas de tête à couper ou à conspuer comme on l aurait vu dans un produit de culture française, mais son analyse va bien plus loin qu une dénonciation de la violence et des jeux vidéo, le respect de la langue de bois et du politiquement correct, ne vient pas réduire à des banalités l analyse de ces deux thèmes par le cinéaste japonais, je ne suis pas sur que la culture française soit aujourd hui en mesure de produire quelque chose de ce calibre .
Je pense que l analyse de ce cinéaste est pertinente en France, pays marqué par: _ un taux de chômage chronique, plus élevé qu ailleurs , et dont l existence est justifiée aux yeux des élites. _un taux de divorce, de couple monoparental , de célibat, qu on présente comme non spécifique à la société française , mais quand on lit la littérature et le cinéma français contemporain , le divorce y est salvateur, l avortement est plus tabou , mais y est perçu comme rédempteur face à liberté sexuelle du mâle présentée comme injuste pour l occasion , on peut se poser la question _ les provinciaux sont marqué d un mépris culturel en France, les langues locales ont été traditionnellement associé au paysan arriéré , au bourgeois provincial véreux, à la petite provinciale à satisfaire, jusqu au point de manipulation extrême ou les langues locales ont été désavouée par ceux la même dont elle était leur langue maternelle … _ une cassure des liens générationnels traditionnels avec une désaffection totale envers la jeunesse ( masqué par l idéologie de l "enfant roi" que notre société faillit à analyser , mais qui est le fruit d un besoin de déculpabilisation parentale : acheter la paix familiale ), les politiciens contemporains sont de toute façon résolu : la jeunesse à venir du pays viendra de l immigration et du métissage, les liens générationnels sont donc sans importance, et le chantage de l enfant roi continuera de justifier toutes les ambitions.
Pour toute cette lucidité crue, qu il vehicule, le message que pourrait véhiculer la culture japonaise provoque des réactions de vive angoisse en France, mais encore une fois une crainte "de métissage culturel avec les Japonais " n est pas a mon sens responsable des événements décrit dans votre article.