Israël: Etat juif ou Etat des juifs?
La droite nationaliste et religieuse veut faire capoter les négociations avec les Palestiniens en lançant une polémique sur la nature juive de l'Etat d'Israël.
- Devant le mur des lamentations à Jérusalem Baz Ratner / Reuters -
Dans la reprise du dialogue avec les Palestiniens, la définition de l’Etat d’Israël pourrait bien être le point de blocage qui fera basculer la négociation. L'aile droite nationaliste et les religieux de la coalition du gouvernement Netanyahou insistent pour ouvrir le débat sur la nature juive de l'Etat d'Israël restée volontairement ambigüe depuis la naissance du pays en 1948. Ils veulent s’en servir comme d'un prétexte pour contraindre le gouvernement à cesser toute négociation jusqu’à obtention d’un engagement ferme des Palestiniens à reconnaître Israël comme Etat juif. Nabil Shaat, membre de l’équipe des négociations de l’Autorité palestinienne est d'ores et déjà tombé dans le piège tendu en déclarant que les arabes ne reconnaitraient jamais un Etat juif car cela représenterait, selon lui, une menace pour les chrétiens et les musulmans citoyens d’Israël.
100% juif
En donnant une connotation purement religieuse à un Etat qui s’appuierait sur les lois de la Halakha, les tenants de ce dogme combattent en fait les laïcs israéliens qui considèrent que leur identité s’exprime en dehors du rabbinat. Ces derniers préfèrent la notion «d’Etat des juifs» qui enlèverait toute référence à la religion et qui permettrait, selon eux, la coexistence avec les musulmans et les chrétiens dans un pays qui est aussi le leur. En cette période des grandes fêtes de Roch Hachana, le nouvel an, et de Kippour, la religion pèse sur un pays qui voit un demi-million de ses citoyens fuir vers des horizons étrangers pour échapper au poids des tenants du Livre sacré.
Le ministre desAffaires étrangères Avigdor Lieberman, dont la conviction laïque est clairement affichée, s’est emparé de ce débat pour, en fait, vouer aux gémonies la minorité arabe qu’il n’estime pas loyale vis-à-vis de l’Etat d’Israël. Leader populiste d’une communauté d’immigrés russes qui ont perdu leurs repères juifs sous le régime soviétique, il multiplie les embûches juridiques pour tenter d’exclure les minorités de la nation israélienne. Durant sa campagne électorale, il avait remis en cause la citoyenneté des arabes d’Israël et avait proposé de les «transférer» vers le futur Etat palestinien. Il s’était déjà prononcé, avant tous les autres dirigeants, pour deux Etats pour deux peuples.
En échange d’Oum El-Fahm, ville arabe israélienne, il avait proposé d’annexer des blocs d’implantations de Cisjordanie pour avoir «un Etat juif à 100%». Il s’était alors senti encouragé par les sondages qui démontrent que 55% des juifs israéliens pensent que le gouvernement devrait encourager l’émigration des arabes et que 50% prônent leur transfert. Il avait alors affirmé: «Selon moi, pour obtenir une paix et une sécurité à long terme, nous devons opérer une véritable division politique entre les arabes et les juifs».
Alibi juif
Ces propos avaient été qualifiés de racistes et, devant la polémique face à une vision ségrégationniste, il a alors adopté les dogmes du Livre Sacré afin de séduire les partis religieux, ses alliés au gouvernement. Il a proposé de modifier le serment des députés de la Knesset pour qu’ils jurent dorénavant leur loyauté non pas à «l'Etat d'Israël et à ses lois», mais «à l’Etat d’Israël en tant qu'Etat juif et démocratique».
Israël, qui n’a pas de Constitution, est régi par quatorze Lois Fondamentales votées par la Knesset. De nombreux juristes estiment qu’il n’est pas nécessaire de légiférer à nouveau puisque la dixième loi votée en 1992, intitulée «Dignité humaine et liberté» stipule que «l'intention de cette loi est de protéger la dignité humaine et la liberté, pour établir dans une loi fondamentale les valeurs de l'Etat d'Israël en tant qu'Etat juif et démocratique».
Mais le législateur n’avait aucune intention de donner une valeur religieuse à ce concept. Certes les fêtes juives sont des jours fériés en Israël, mais la référence «démocratique» de la loi tient dans la liberté qui est donnée aux autres communautés non-juives de vivre en tant que minorités dans le pays. Si la déclaration d’indépendance stipule que «l'Etat d’Israël sera ouvert à l'immigration des juifs de tous les pays où ils sont dispersés», elle ne manque pas «d’inviter cependant les habitants arabes du pays à préserver les voies de la paix et à jouer leur rôle dans le développement de l'Etat sur la base d'une citoyenneté égale et complète et d'une juste représentation dans les institutions de l’Etat».
Certains politiques exigent des Palestiniens la reconnaissance de la judéité de l’Etat d’Israël alors qu’elle figure en toutes lettres dans la déclaration d’indépendance de 1948 sans pour autant instituer une religion d’Etat. Les laïcs, qui ne voient aucune raison pour que des étrangers aient une ingérence dans les options de leur Etat, soupçonnent une volonté de mettre des obstacles à la reconnaissance mutuelle.
Etat pour les juifs
Les sionistes historiques, et Ben Gourion en particulier, n’ont jamais milité pour la création d’un Etat destiné à la religion juive, mais plutôt pour regrouper l’ensemble du peuple juif soumis à des lois civiles et non religieuses. Certes ils se sont appuyés sur certaines sommités religieuses, les ont associés aux décisions du pays, mais ils ne leur ont jamais donné le droit de légiférer au moyen de la Torah. Tzipi Livni, chef de l’opposition, qui a toujours fustigé les partis religieux parce qu’ils mêlaient politique et religion, s’est refusée à gouverner avec eux et a été claire dans sa formulation: «C'est la raison pour laquelle je soutiens la création d'un Etat palestinien, à condition qu'il soit la solution nationale de tous les palestiniens, tout comme Israël est la solution nationale pour tous les juifs.» Elle a ainsi refusé toute notion d’un Etat soumis aux diktats des rabbins.
Benjamin Netanyahou n’est pas particulièrement éloigné de ces thèses. Dans son discours du 14 juin 2009 à l’université de Bar Ilan, reflétant un large consensus, il avait présenté sa vision politique de la résolution du conflit. Il avait exprimé son empressement à «voir un Etat palestinien établi à côté d’un Etat juif à condition que les Palestiniens reconnaissent l’Etat d’Israël comme la patrie nationale du peuple juif». Il a réitéré ses propos face à Mahmoud Abbas le 2 septembre: «Nous attendons que vous reconnaissiez Israël comme l'Etat-nation du peuple juif.» Mais il faisait allusion à un Etat qui serait habité en majorité par des Juifs et dirigé par des juifs mais où les minorités auraient leur droit de regard. Il n’exprimait alors aucune exigence religieuse, en tant que dirigeant laïc qui s’est d’ailleurs empressé d’échanger des vœux avec Mahmoud Abbas le jour de Rosh Hachana, jour sacré où les orthodoxes interdisent l’usage du matériel électronique ou électrique.
Perversion sémantique
Derrière l'offensive sémantique des dirigeants nationalistes se cache à peine le désir de faire d'Israël un Etat peuplé uniquement de juifs de façon à décourager les arabes d’envisager leur avenir à côté d’eux. Ils ont enfourché ce nouveau cheval de bataille parce qu’ils manquent d’arguments politiques à opposer au gouvernement devant certaines avancées dans la négociation.
Le problème du gel de la construction dans les territoires semble pratiquement résolu par un accord tacite grâce à un artifice politique consistant pour le ministère israélien de la Défense à ne pas donner son autorisation à de nouveaux plans de constructions sans pour autant se prononcer officiellement. Des informations en provenance des négociateurs montrent par ailleurs que les Palestiniens ont évolué sur l’acceptation de forces étrangères en Cisjordanie pour garantir les frontières de l’Etat palestinien et la démilitarisation des territoires. Ils avancent déjà le principe d’une rencontre entre Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas à Jéricho avant la fin septembre, soit avant la fin du gel des constructions.
L’aile droite du gouvernement s’inquiète d’un éventuel lâchage du Premier ministre et utilise l’arme de la religion pour rameuter les milieux orthodoxes américains dont le soutien financier et politique est fondamental pour Israël. En faisant craindre une dénaturation de l’Etat juif, elle espère affaiblir Netanyahou qui se trouve actuellement en position de force et veut «confondre les critiques et les sceptiques».
Jacques Benillouche
Photo: Devant le mur des lamentations à Jérusalem Baz Ratner / Reuters
Mis à jour le 15/09/2010 à 14h26
















































Vous jouez sur les maux et les mots mais plutôt mal.
Il est possible que du fait que vous écrivez sur un media dont les lecteurs sont pour la plupart soit sous informés(ce qui est tout à fait compréhensible et légitime) soit désinformés(ce qui est récurent) sur la signification historique, nationale et sémantique des concepts de "peuple juif" et "état juif" que vous vous permettez des raccourcis caricaturaux et grotesquement tendancieux et fallacieux qui reflètent un parti pris contraire à la déontologie journalistique, sauf évidemment si ce que vous écrivez ci-dessus est une tribune. Chercheriez vous comme certains "nouveaux historiens" révisionnistes ou "journalistes" de Haaretz à falsifier ou au mieux en ce qui vous concerne à dévoyer la trame identitaire du peuple juif en faisant un petit tour de bonneteau sémantique consistant à faire croire que le concept "Juif" a une signification religieuse exclusive? et que par conséquent demander la reconnaissance par les Palestiniens et le monde musulman voire le monde dans son ensemble de l'État d'Israël comme état juif reviendrait à légitimiser Israël comme une théocratie sous la férule de rabbins mollahisés? Non ! Monsieur Bennillouche, peuple juif ne veux pas dire peuple de rabbins et de pratiquants fervents du judaïsme. Non ! Monsieur Bennillouche, état juif ne veux pas dire état de rabbins et de pratiquants fervents du judaïsme. Le peuple juif est un peuple dans lequel se trouve des juifs athées, croyants non pratiquants et religieux qu'ils soient sémites, caucasiens, noirs ou jaunes. L'État d'Israël est un état dans lequel se trouve des juifs athées, croyants non pratiquants et religieux qu'ils soient sémites, caucasiens, noirs ou jaunes. C'est aussi l'État de tous ses citoyens, quelque soient leur origine ethnique ou leur religion ou leur religiosité pour autant qu'ils le reconnaissent en tant que ce qu'il est: un état laïc et démocratique, patrie du peuple juif. (oui, oui, marianne Arnaud. Israël EST une démocratie laïque).
Monsieur Benillouche, les "inexactitudes" ne manquent pas dans ce que vous avez écrit, de plus votre "article" n'en est pas un, mais le reflet de votre opinion personnelle et partisane (ce que je ne vous conteste pas pour autant que vous affichiez clairement la couleur). Si vous souhaitez démentir ces assertions ou réfuter les points que j'ai évoqué, je vous invite à en débattre.
J'ai lu avec intérêt votre article.
Il est certain que les circonstances à l'époque et toute l'histoire du peuple juif ont fait de sorte que l'ambiguïté règne concernant la judéité ou non de l État d'Israël.
Mais une telle ambigüité et l'absence (par conséquence?) d'une constitution n'est pas forcement une faiblesse bien au contraire. Après tout, mon pays la Grande Bretagne a vécu bien longtemps sans constitution et a maintenu sciemment une ambiguïté entre 'monarchie' et 'régime parlementaire'. Il y a certaines questions qu'il vaut mieux ne pas poser!
Ce qui compte c'est de savoir si l'état qui en sort représente bien la volonté de son peuple d'une part et la conception qu'on a de son pays tel vu par ses voisins. Et c'est là bien sûr, pour les raisons historiques que tout le monde connaît, que le bat blesse pour Israël.
Il est ressort que la droite israélienne peut, non sans raison, prétendre que votre pays est 'réservé' en quelque sorte au peuple juif. Les plus xénophobes parmi eux, qui sont souvent les plus 'religieux mais pas toujours, demandent le 'renvoi' des non juifs - comme dans le temps les protestants britanniques demandaient l'expulsion des catholiques (et vice versa!).
Même les laïcs israéliens pèchent en ce sens quand ils disent « l'Etat d’Israël sera ouvert à l'immigration des juifs de tous les pays” ce qui laisse croire qu'ils ne est pas ouvert – à la différence de tous les autre pays du monde presque sans exception – à nous autres (et, l'on est en droit d'ajouter, surtout aux arabes).
Mais nous en sommes là.
Contrairement à ce que mon soutient pour les Palestiniens pourrait laisser croire, je suis favorablement impressionné pour le moment par Natanyahou. C'est un politicien et comme tous les politiciens il doit tenir compte de ceux qui le soutiennent. Pour le moment c'est le Shaas.
Mais je pense qu'il a compris avant les autres que le vent tourne au Moyen Orient – comme un jour De Klerk en Afrique du Sud a finit par comprendre que l'apartheid était devenu « intenable » pour utiliser volontairement le mot d'Obama concernant le blocus de Gaza.
Il n'est pas prêt à sacrifier le soutient des USA pour faire plaisir à une minorité d'ultras religieux. Et il a raison.
On verra fin septembre déjà...
Comme d'habitude plutôt d'accord.
Bien évidement sur la non-nécessité d'avoir une constitution...
Si quand bien même je suis surpris par l'apparente bonne volonté de Natanyahou, en chat échaudé, je me pose des questions quant à ses véritables motivations.
Je recommande le livre de Schlomo and "Comment le peuple juif fut inventé".
Ci dessous, le blurb du bouquin:
Présentation de l'éditeur
Quand le peuple juif fut-il créé ? Est-ce il y a quatre mille ans, ou bien sous la plume d'historiens juifs du XIXe siècle qui ont reconstitué rétrospectivement un peuple imaginé afin de façonner une nation future ? Dans le sillage de la " contre-histoire " née en Israël dans les années 1990, Shlomo Sand nous entraîne dans une plongée à travers l'histoire " de longue durée " des juifs. Les habitants de la Judée furent-ils exilés après la destruction du Second Temple, en l'an 70 de l'ère chrétienne, ou bien s'agit-il d'un mythe chrétien qui aurait infiltré la tradition juive ? L'auteur montre comment, à partir du XIXe siècle, le temps biblique a commencé à être considéré par les premiers sionistes comme le temps historique, celui de la naissance d'une nation. Ce détour par le passé conduit l'historien à un questionnement beaucoup plus contemporain : à l'heure où certains biologistes israéliens cherchent encore à démontrer que les juifs forment un peuple doté d'un ADN spécifique, que cache aujourd'hui le concept d'" État juif ", et pourquoi cette entité n'a-t-elle pas réussi jusqu'à maintenant à se constituer en une république appartenant à l'ensemble de ses citoyens, quelle que soit leur religion ? En dénonçant cette dérogation profonde au principe sur lequel se fonde toute démocratie moderne, Shlomo Sand délaisse le débat historiographique pour proposer une critique de la politique identitaire de son pays.
Biographie de l'auteur
Shlomo Sand enseigne l'histoire contemporaine à l'université de Tel-Aviv. Comment le peuple juif fut inventé, paru en Israël en 2008, a été traduit dans dix langues.
de plus, il semble évident qu'un état Juif ou Catholique ou même Musulman peut accepter des minorités l'un n'empêche pas l'autre, sauf peut-être dans certains pays...
soyez écrit et consigné pour une bonne année. J'ai été plus qu'étonné de découvrir votre identité en tant qu'auteur de cet article reprenant la vieille antienne Judenstaat ou staat des Juden, d'autant que vous publiez (ou publiiez ?) sur israel7.com, à l'idéologie fortement nationaliste-religieuse.
Votre article contient de nombreuses inexactitudes dont la plus importante est à mes yeux celle-ci : les émigrants ne sont pour la plupart aucunement partie prenante dans le débat, ils s'en vont pour des raisons bien plus pragmatiques. Quant à la reconnaissance du caractère juif d'Israël par la partie palestinienne, je me souviens avoir entendu les véritables conséquences de ces mots lors d'une interview de Saeb Arekat : lui ne serait prêt à reconnaître un droit de résidence qu'aux Juifs palestiniens, installés en terre d'Israël avant la création de l'état et non à tous les réfugiés de la Shoah ou d'autres, ni à moi ou à vous.
Quant à la définition des Israéliens en dehors du rabbinat, on croit rêver ! Je me souviens d'une triste affaire de cet enfant israélien, décédé à douze ans et enterré dans le carré non-juif car sa mère ne l'était pas. Situation humainement insoutenable mais toute autre position du rabbinat serait intenable et nul ne l'ignore. Accepterait-on le don monétaire d'un citoyen véritablement concerné par telle ou telle catastrophe humanitaire si l'on savait que cet argent est d'origine frauduleuse voire criminelle ? Répondez oui et vous enterrez l'éthique universelle !
J'espère donc avoir fait un mauvais rêve et vous souhaite encore d'être consigné pour une bonne année. Bivrakha, Nathan
Doit-on comprendre maintenant qu'après lui Israël n'est pas une théocratie mais le pays de tous les juifs MAIS qu'être juif ne veut pas forcément dire être de la religion judaïque MEME SI cette religion est le fondement des exigences qu'exerce le pays concernant sa situation géographique? Confusion totale! Si c'est cela, je suis d'accord avec lui!
S'il ne s'agit que du peuple juif, et non pas sa religion proprement dit ce peuple aurait pu aussi bien s'installer aux USA au 19e siècle dans un état à eux comme ont fait les Mormons. Ou en Europe de l'est comme d'ailleurs certains avait fortement conseillé de faire.
L'ambiguïté règne entre 'État Juif' comme une forme de théocratie et 'État Juif' état laïque où vive le peuple juif quelque soit leur religion ou couleur (rappelons en passant les problèmes qu'ont eu les juifs d'origine éthiopienne et non blancs).
Il est incontestable que cette ambiguïté règne depuis la création du pays. Comme ajgajg rappelle : "La création de l'État Juif en terre d'Israël qui portera le nom d'État d'Israël".
Et c'est comme l'ambigüité règne quand certains, cachant mal leur xénophobie, parlent en France de 'l'identité nationale. Quelle identité? Quelles origines? Est-ce important si tout le monde vie en paix?
Cette ambigüité n'arrange en rien le processus de paix. Mais c'est comme ça et il faut faire avec. Comme j'ai dit dans mon précédent commentaire, il y a certaines questions qu'il vaudrait mieux ne pas poser. La vie des peuples est bien trop complexe!
D’autres, comme Tsipi Livni et même Avigdor Lieberman avant qu’il ne s’allie avec le Shass, considèrent qu’Israël est « l’Etat des Juifs » permettant ainsi aux laïcs de ne pas être soumis aux diktats religieux. La séparation de la religion et de l’Etat n’est ni une atteinte à Israël, ni à son intégrité mais une question de liberté individuelle et un choix politique.
Je viens de relire « l’Etat Juif » de Théodore Herzl, l’inspirateur d’Israël. Il a ouvertement montré qu’il était insensible à la composante religieuse du sionisme. Il a proposé un programme détaillé de la création d'un "État pour les Juifs" mais il a été contré par les rabbins d’Europe qui se sont opposés à la création d'un Etat parce qu’il ne faisait jamais référence à la religion. Dire que le concept « d’Etat juif » implique une connotation religieuse n’est ni une injure ni un blasphème. C’est un fait.
@ marianne ARNAUD
De la bouche d’un responsable israélien, la présence du Shass et d’Avigdor Lieberman au gouvernement empêchera toute signature d’accord. C’est pourquoi Ehud Barak se démène pour faire venir Tsipi Livni aux affaires afin de se passer du soutien de la branche nationaliste et religieuse. Il ne s’agit donc pas d’accepter un Etat laïc pour faire la paix mais de contraindre les religieux à quitter la politique. @haneelam
Les attaques personnelles sont désespérantes. Vous parlez d’inexactitudes que vous ne précisez pas. Cela devient une litanie chez certains juifs que d’affirmer que les journalistes qui traitent du sujet d’Israël n’ont pas de liberté de pensée s’ils n’ânonnent pas les thèses extrémistes et que par conséquent, ils sont soumis aux diktats des médias qui leur imposent des idées formatées. Il faut cesser de vouer aux gémonies ceux qui tentent d’expliciter une situation difficile dans le seul but de débloquer les esprits. Je pense que les journalistes peuvent faire preuve parfois de pédagogie.
Je ne trahirais aucun secret en disant que Slate me laisse une liberté totale d’expression parce que je transcris rarement mes idées mais parce que j’essaie, le plus fidèlement possible, de rapporter celle de l’opinion, des dirigeants et des responsables israéliens. J’ai la chance d’avoir des contacts à haut niveau qui alimentent ma perception de la situation israélienne et cette « expertise » me permet d’être sollicité par plusieurs médias parce qu’ils savent que je m’efforce d’analyser et d’expliquer plutôt que de militer.
@ NathanninNathan
J’ai effectivement écrit pour Israël7 parce qu’on m’avait demandé de « centrer » un peu leur politique éditoriale toute entière consacrée aux thèses des nationalistes. Mes textes étaient intégralement repris et ils reflétaient exactement ce qu’ils reflètent aujourd’hui sans que j’aie eu besoin de modifier ma prose d’un iota. Vous pouvez les relire. Je me souviens même avoir été proposé au peloton d’exécution parce que j’avais critiqué certains comportements aberrants d’extrémistes qui s’en prenaient à la nature.
Lorsqu’Israël7 a été repris par le Likoud, en la personne de Jacques Kupfer, j’ai repris ma liberté il y a plusieurs mois parce qu’il m’était difficile d’écrire dans un journal militant de parti. Je suis très jaloux de ma liberté de pensée et d'écriture.
Je ne parlais pas d’émigrants mais du demi-million de vacanciés israéliens (chiffre officiel) qui volontairement fuient Israël en période de fêtes. Certains disent qu'ils veulent éviter l'atmosphère pesante de la célébration religieuse des trois grandes fêtes, d'autres qu'ils profitent des jours fériés pour s'aérer à l'étranger.
Merci de votre réaction quoique qu'elle soit plutôt épidermique. Il est vrai qu'à la lecture de votre auto- satisfécit on peut comprendre que vous souffrez difficilement la critique, cependant tel n'était pas l'essentiel de mon propos, mais d'attirer votre attention sur le fait que vous dérogiez à la rigueur journalistique qui, il faut tout de même le souligner, ne vous fait généralement pas défaut.
Vous écrivez:"Vous parlez d’inexactitudes que vous ne précisez pas."
Exact Monsieur Benillouche, je n'avais pas précisé par soucis de m'en tenir à l'essentiel, soit votre définition de 'État juif " versus "État des juifs" Point sur lequel vous n'avez hélas pas répondu. Pourtant là est l'essentiel, car contrairement à ce que vous prétendez "état des juifs" signifie état d'apartheid contrairement à "État juif" qui est une définition nationale et identitaire, Israël, pour aussi répondre à Peter Wright, bien qu'état juif est ouvert aussi aux non-juifs, il y a 311,500 citoyens israéliens non juifs et non arabes en Israël.
Pour en revenir aux inexactitudes dans votre article commençons par celle-ci:
Vous écrivez: "L’aile droite du gouvernement s’inquiète d’un éventuel lâchage du Premier ministre et utilise l’arme de la religion pour rameuter les milieux orthodoxes américains dont le soutien financier et politique est fondamental pour Israël. "
Il n'est pas nécessaire de citer une autre source que vous-même pour faire la preuve de l'"inexactitude " de cette assertion à moins que vous ayez des éléments vérifiables prouvant que la contribution financière des milieux orthodoxes américains dépasse de loin vos propres chiffres:
Netanyahou a les moyens de tenir tête à Obama Jérusalem peut se passer aujourd'hui facilement de l'aide économique et militaire américaine. 21 mars 2010 à 6h03 http://www.slate.fr/story/18661/netanyahou-conflit-Etats-Unis-moyens-de-tenir-tete-washington «Aumône» En 1985, l'aide américaine civile et militaire s'élevait à 3,4 milliards de dollars, soit 14% du PIB israélien évalué alors à 24,1 milliards de dollars. En 1996, l'aide avait été ramenée à 3,1 milliards de dollars et représentait alors 3% du PIB qui se montait à 105 milliards. En 2008 et en 2009, le PIB a atteint 199 milliards de dollars pour des subventions américaines réduites à 2,4 milliards soit 1,2% du PIB. L'aide américaine n'est certes pas négligeable, mais ces chiffres démontrent qu'elle n'est plus d'une importance vitale pour Israël d'autant plus que sa composition a varié. L'aide économique civile est tombée à seulement 120 millions de dollars, qualifiée «d'aumône» par les économistes.
Ensuite. " En cette période des grandes fêtes de Roch Hachana, le nouvel an, et de Kippour, la religion pèse sur un pays qui voit un demi-million de ses citoyens fuir vers des horizons étrangers pour échapper au poids des tenants du Livre sacré.. "
Vous avez dans votre réponse à NathanninNathan quelque peu corrigé le tir en nuançant par "Certains disent qu'ils veulent éviter l'atmosphère pesante de la célébration religieuse des trois grandes fêtes, d'autres qu'ils profitent des jours fériés pour s'aérer à l'étranger." Pour autant,que des Israéliens choisissent de prendre des vacances à l'étranger durant les fêtes du nouvel an juif n'est pas moins légitime que pour des français de faire de même durant le nouvel an grégorien sans que cela soit pour ces derniers une marque de rejet du Christianisme. Vos termes de "fuite et échappatoire au poids des tenants du Livre sacré " sont démagogique et biaisés. D'ailleurs bon nombre de ces israéliens qui voyagent à l'étranger célèbrent les fêtes dans leurs lieux de villégiature tandis que des dizaines de milliers d'autres se rendent en pèlerinage spécifiquement à cette occasion à Ouman en Ukraine. Aussi Monsieur Benillouche à moins que vous ayez entre les mains un sondage (si c'est le cas veuillez le citer) qui corrobore votre "information" elle est pour le moins elle aussi... inexacte. Voila deux "inexactitudes" flagrantes, il y aurait d'autres points de la même facture à commenter, mais dans un souci d'économie cela ne me semble (pour le moment?) superflu car ces deux exemples illustrent mes remarques et sembleraient "quelque peu" en contradiction avec, je vous cite, une démarche journalistique pédagogique visant à "débloquer les esprits".
Tout de même un dernier point et pas des moindres. De quel "diktat" de rabbins parlez vous, alors que le dernier mot sur toutes questions juridictionnelles des décisions du gouvernement ainsi que la constitutionnalité des lois appartient à la très laïque Haute Cour de Justice de Jérusalem ?
Bonne et sereine continuation, Monsieur Benillouche.
Dans un contexte où nous discutions la judéité ou non de l'État d'Israël et où la confusion et ambiguïté règne – vos échanges avec Jacques Benillouche le confirme – j'ai rappelé que la déclaration d'indépendance stipule que votre état est ouvert à tous les juifs du monde.
Ceci différencie Israël des normes suivies par les autre pays.
Quel autre pays, tout en appliquant les restrictions d'usage contre une immigration incontrôlé et peut-être non souhaitée, stipule explicitement que tel ou tel peuple est visé prioritairement?
Si à cela on ajoute que la définition usuelle de qui est juif et qui ne l'est pas veut que seuls les enfants d'une mère juive (plus ceux qui convertissent volontaire à la religion judaïque) peuvent être considérés comme juifs, le problème est posé.
Ceci ressemble à une préjudice avérée en faveur d'une religion particulière. Dans tous les cas ceci prête fortement à l'ambiguïté quand en même temps le pays en question se considère laïque!
Concernant la population actuelle d'Israël et l'immigration, il s'avère que cette dernière ralentit très fortement depuis une décennie. Il serait intéressant de savoir – peut-être pourriez-vous fournir l'information? - quelle est la proportion de non juifs et non arabes parmi ces nouveaux immigrés.
D'ailleurs, des 318 000 citoyens non juifs et non arabes de la population actuelle, combien ont immigré depuis la création d'Israël et combien, parmi le mosaïque des peuple qui habitaient ces terres, étaient là déjà avant 1947?
Ces chiffres, à comparer, mettons, avec la France, aideront à décortiquer la question à savoir comment les autorités juives interprètent-ils la raison d'être du pays – État juif ou État laïque - et comment le pays est vu par les autres en tant que pays d'accueil.
Ces questions sont fondamentaux car la paix ne peut régner qu'entre pays hétéroclites, normalement ouvert aux transferts des populations et où les différentes religions, peuples, idéologies et idées tout court vivent ensemble et à priori en paix.
Des pays normaux enfin. Israël se considère-t-il un pays normal ou non?
Juste pour rappeler que chaque année des milliers de gens qui se croyaient Juifs se voient refuser un passeport Israélien à cause d'une Judéité insuffisante... souvent une mère dont la Judéité n'est pas 100% confirmer. Ces gens là se voient donc leur identité profonde niée par le groupe auquel ils s'identifient... Il y a donc un code qui définit qui est, ou n'est pas juif. L'histoire se mord la queue.
Sur ce sujet l’excellent livre de Schlomo Sand : http://www.amazon.fr/Comment-peuple-juif-fut-invent%C3%A9/dp/2081228823/ref=sr_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1284545639&sr=1-2
La « loi du retour » instituée à la création de l’Etat permet à tout juif de s’installer en Israël et d’acquérir à son arrivée la nationalité israélienne. La carte d’identité lui est d’ailleurs remise à sa descente d’avion. Cependant, les critères retenus sont paradoxalement les mêmes que ceux que le régime nazi avait édictés : Toute personne ayant un conjoint, un parent ou un grand parent juif, masculin ou féminin, peut bénéficier de cette loi qui a d’ailleurs fait grincer des dents le rabbinat.
En effet, des russes chrétiens, 30% selon les statistiques, ont eu le droit de s’installer en Israël en continuant à pratiquer leur religion au grand jour donnant d’ailleurs un essor à la construction de nombreuses églises nouvelles. Ces nouveaux venus bénéficiaient des mêmes droits que les israéliens de souche. Cependant cette loi a été amendée pour corriger certains abus. Au début des années 1990, de nombreux russes, bénéficiant de cette loi, obtenaient leur passeport immédiatement et quittaient le pays pour d’autres horizons (Etats-Unis, Canada, Australie…). L’amendement prévoit actuellement de ne délivrer le passeport qu’après un séjour continu d’une année. En cas d’urgence vous pouvez obtenir un laissez-passer pour l’étranger. Au-delà de cette période d’un an, aucune restriction religieuse ne peut être soulevée par les autorités pour la délivrance d'un passeport.
En revanche, l’identité juive religieuse selon la Halakha est attribuée uniquement aux personnes dont la mère est juive. Cette identité ne sert que pour les mariages religieux car le mariage civil n’existe pas en Israël. Si l’un des contractants n’est pas juif au sens rabbinique, il ne peut se marier devant un rabbin. Il est donc contraint à le faire à l’étranger. C'est le seul usage administratif qui est fait de cette identité.
Avigdor Lieberman et Tsipi Livni avaient prévu dans leur programme l’institution d’un mariage pour permettre les mariages mixtes. Mais les promesses électorales …..