Life

Esther Vergeer, encore plus forte que Federer

Yannick Cochennec, mis à jour le 11.09.2010 à 15 h 09

La championne de tennis handisport Esther Vergeer domine son sport comme aucun autre athlète, valides et invalides confondus.

Comme tous les tournois du Grand Chelem, l’US Open abrite une épreuve handisport, certes nettement moins médiatisée que celles des valides, mais néanmoins bien exposée sur le site de Flushing Meadows, à New York, où le public peut assister très nombreux aux matches.

Organisé du 9 au 12 septembre, l’US Open handisport offre également une belle dotation de 410.000 dollars à ses participants. Une goutte d’eau, hélas, dans un océan de quelque 22 millions de billets verts déversés lors de la quinzaine new-yorkaise, mais au moins, dans un monde imparfait, le tennis n’est-il pas le plus mauvais des élèves, même s’il serait évidemment possible de faire nettement mieux en termes d’égalité.

La meilleure athlète en activité?

A la vue de ses résultats, Esther Vergeer, la n°1 mondiale du classement féminin, mériterait bien davantage tant ses performances défient l’imagination. Il est même permis de se demander si cette Hollandaise de 29 ans n’est pas, actuellement, la plus grande athlète en activité, valides et invalides confondus. Depuis janvier 2003, en effet, elle n’a tout simplement pas perdu… un simple, soit une série de 390 rencontres gagnées consécutivement qui devrait être prolongée, en principe, sur les courts de Flushing Meadows où elle fait naturellement figure de grandissime favorite.

A titre de comparaison, le record de la plus grande période d’invincibilité d’une valide demeure la propriété de Martina Navratilova qui, entre 1983 et 1984, n’avait pas enregistré le moindre échec pendant 74 rencontres d’affilée. Dans sa prodigieuse carrière, Roger Federer s’est, lui, contenté modestement de 41 matches immaculés.

100 tournois gagnés consécutifs

Esther Vergeer affiche une autre statistique affolante en venant de franchir le cap des 100 tournois remportés consécutivement. Parmi ses titres de gloire, elle a été championne paralympique à Sydney (2000), Athènes (2004) et Pékin (2008) en simple et en double à chaque fois, sauf à Pékin où elle a dû se contenter de l’argent en double. Jeux de Pékin qui restent, il faut le souligner, le moment où elle frôla le plus la défaite en simple au cours des sept années écoulées puisqu’elle dut sauver une balle de match en finale contre sa compatriote Korie Homan. «J’étais trop nerveuse à cause de cette histoire d’invincibilité dont tout le monde parlait à l’époque, a-t-elle expliqué au site internet de la Fédération Internationale de Tennis. Je me disais qu’il fallait bien que je perde un jour. Je m’étais mis une pression incroyable. »

La première grande victoire d’Esther Vergeer eut pour cadre l’US Open en 1998, soit un an seulement après que la jeune femme de Woerden fût devenue championne d’Europe de basket paralympique avec l’équipe des Pays-Bas. Longtemps, en effet, son cœur a balancé entre différentes disciplines puis le tennis est devenu sa première priorité et la discipline de ses exploits. Il ne lui a fallu qu’un an pour devenir n°1 mondiale avant de devenir complètement dominatrice, en grande partie, selon elle, grâce à l’efficacité de son service. «Pour la plupart des handicapés, servir constitue une difficulté, détaille cette droitière. C’est un coup défensif plus qu’offensif. Mais comme j’ai la chance d’avoir une très légère sensation au niveau de ma jambe gauche, cela me permet de créer une sorte de diagonale avec mon corps qui m’offre cet avantage au service.» Pour le reste, Esther ne fait pas de sentiments, comme toute championne qui se respecte. «Si je joue quelqu’un dont le handicap est supérieur au mien, je me focalise sur ses faiblesses, avoue-t-elle, implacable. C’est le jeu.»

En 2008, après Pékin, elle n’a pas hésité non plus à se séparer de son entraîneur de toujours, Aad Zwan, parce qu’elle avait du mal à retrouver une nouvelle motivation et de nouveaux objectifs. La voilà désormais suivie par le Néerlandais Sven Groeneveld, ancien entraîneur, entre autres, de Mary Pierce, Arantxa Sanchez et d’Ana Ivanovic.

La vie d’Esther Vergeer a basculé quand elle avait huit ans lorsqu’une opération censée colmater une hémorragie de vaisseaux autour de sa colonne vertébrale la laissa paraplégique. Elle avoue que cette intervention ratée lui laisse un sentiment ambivalent avec le regret éternel de ne pas avoir eu une vie «normale», mais aussi avec la chance qui a été la sienne de traverser une existence extraordinaire grâce au tennis handisport. «J’ai voyagé partout dans le monde, rencontré des gens extraordinaires comme Rafael Nadal et Roger Federer, raconte-t-elle. Mais si j’avais le choix, je préfèrerais, bien sûr, ne pas être dans un fauteuil roulant.»

Dernier défi

Esther Vergeer, très sollicitée médiatiquement dans son pays où ses exploits ont un écho important, s’est fixé un ultime défi: les Jeux Paralympiques de Londres en 2012. Elle espère y gagner une quatrième et dernière médaille d’or en simple. Pour elle, il sera alors l’heure de passer à autre chose, même si sa fondation, qui encourage les jeunes handicapés à travers la pratique sportive, devrait prendre une partie de son temps. Grâce à des études de droit et d’économie, elle envisage aussi d’embrasser peut-être une carrière dans le marketing sportif où il reste, dit-elle, tant à faire pour rendre plus visibles les meilleurs athlètes handicapés devenus presque des professionnels avec le temps et la popularité grandissante des Jeux Paralympiques.

Reste à savoir si d’ici août 2012, elle aura perdu un match. «Cela viendra, juge-t-elle, fataliste. L’essentiel est que cela n’arrive pas à Londres lors de mon dernier match.»

Yannick Cochennec

Photo: Esther Vergeer lors de la finale aux Jeux olympiques de Pékin en 2008, REUTERS/Christina Hu 

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte