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Le sida «hors de contrôle» chez les homosexuels français

Jean-Yves Nau, mis à jour le 09.09.2010 à 8 h 54

Près d’une nouvelle contamination sur deux concerne désormais «des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes».

Marche des fiertés LGBT à Marseille en 2010. Jean-Paul Pelissier/REUTERS

Marche des fiertés LGBT à Marseille en 2010. Jean-Paul Pelissier/REUTERS

Deux informations en provenance du front –français—  de la lutte contre le sida. La première est que le nombre des personnes contaminées chaque année en France par le VIH est en baisse. La seconde est que ces contaminations concernent à nouveau, pour l’essentiel, les membres de la communauté homosexuelle masculine; ou –pour reprendre le jargon épidémiologique officiel— «les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes» (HRSH ; acronyme anglais, MSM). Tel est le bilan d’une publication à paraître dans le numéro daté de novembre de «The Lancet Infectious Diseases» [PDF].

En pratique près de la moitié des 7.000 personnes infectées par le VIH en 2008 en France étaient des «HRSH»; et dans ce groupe, l'incidence de l’infection est désormais environ deux cents fois plus élevée que dans la population française hétérosexuelle; soit «hors de contrôle». Ce résultat est le fruit d'une analyse de modélisation statistique, qui souligne l’urgence qu’il y aurait pour les autorités sanitaires françaises à développer de nouvelles initiatives préventives vis-à-vis du VIH et ciblées sur les groupes dont les membres sont aujourd’hui les plus à risque d’être contaminés; ou de contaminer.

Il faut, pour comprendre, savoir que la surveillance (nationale ou, plus largement, «régionale») de l'épidémie de l’infection par le VIH en Europe est aujourd’hui fondée sur la base de calculs de l’incidence de nouveaux diagnostics d'infection par ce virus; une approche à la  fois rigoureuse mais incertaine du fait des délais pouvant exister entre l’infection causale et le diagnostic porté; des incertitudes qui ne permettent pas de refléter au plus près les principales tendances de la contamination virale dans une population donnée. Tel n’est pas tout à fait le cas en France grâce à la mise en œuvre depuis 2003 de tests de dépistage de routine (dosage immuno-enzymatique dit «EIA-RI») qui permet d’identifier le caractère plus ou moins récent des infections par le VIH.

Une équipe de chercheurs français dirigée par  Stéphane Le Vu (Inserm, Paris) et Francis Barin (CHU Bretonneau, Tours) a voulu en savoir plus. Sur la base des données biologiques recueillies  à l’échelon national entre janvier 2003 et décembre 2008 (et après avoir pris en compte les divers biais statistiques de nature à polluer leurs conclusions), ils estiment pouvoir conclure en ces termes:

«Dans l’ensemble, les infections par le VIH diagnostiquées en France ont diminué de façon significative, passant de 8.930 nouvelles infections annuelles en 2003 à 6.940 en 2008. Toutefois, le nombre de nouvelles infections chez les HSH sont restés stables et ont représenté 48% des nouvelles infections en 2008.»

En d’autres termes, ces contaminations concernent avant tout la communauté homosexuelle masculine comme en témoignent différentes donnés épidémiologiques récentes concernant les infections sexuellement transmissibles.

Et les auteurs ont cette formule: «épidémie hors de contrôle».  Le constat est là, un quart de siècle après l’émergence du sida. Reste la seule question qui vaille: que faire?

Jean-Yves Nau

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
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