Monde

Ce qu'il y a de vraiment important dans le monde

Moisés Naím, mis à jour le 07.09.2010 à 9 h 27

Il s'est passé au cours des dernières semaines des choses bien plus significatives que l'affaire Woerth et la réforme des retraites. Le savez-vous?

Déforestation au Sulawesi   Yusuf Ahmad / Reuters

Déforestation au Sulawesi Yusuf Ahmad / Reuters

Entre l'affaire Woerth et la grève pour les retraites, incroyable le monde a continué de tourner. L’été, il ne se passe pas grand-chose, c'est bien connu. On a facilement l’impression que la planète somnole en même temps que la plupart des occidentaux cessent de travailler quelques semaines. Mais ce n’est qu’une impression: cet été, qui fut sans doute lent et tranquille pour certains, a été riche en événements, dont certains sont sans précédent.

L’été le plus chaud

En août, la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), l’organisme du gouvernement américain chargé de la collecte et de l’analyse des données sur l’environnement, nous a appris que, de janvier à juillet, la température moyenne de la planète avait augmenté de 0,72 degrés Celsius par rapport à la moyenne de tout le XXème siècle . C’est la température la plus élevée enregistrée dans le monde depuis 1880, année à partir de laquelle les statistiques ont commencé à devenir fiables. Tout au long de l’été, dans de nombreuses villes, le mercure a atteint des niveaux record. Pendant que des vagues de chaleur enveloppaient certains pays, de fortes pluies se sont abattues sur d’autres: la Russie brûlée; le Pakistan a été noyé. La tragédie climatique du Pakistan est d’une ampleur à peine imaginable. Les victimes des inondations sont déjà plus nombreuses que celles de l’ouragan Katrina, du séisme de Haïti et du tsunami de 2004 réunis! Les chiffres disent une chose: ces catastrophes météorologiques – pluies interminables, vagues de froid ou de chaleur – sont devenues plus fréquentes.

Les Chinois ne prennent pas de vacances

A la mi-août, la Chine a annoncé que son produit intérieur brut (PIB) avait dépassé celui du Japon, faisant ainsi du pays la deuxième économie du monde derrière les Etats-Unis. De nombreux experts s’accordent à dire que la Chine deviendra immanquablement la première puissance mondiale. Le fait que l’économie chinoise pèse plus lourd que l’économie nipponne ne devrait pas nous surprendre outre mesure. C’est une tendance que l’on retrouve sur les deux millénaires passés, et plus loin. La supériorité économique du Japon fut un phénomène récent et transitoire qui s’est achevé cet été.

Une nouvelle compagnie aérienne a vu le jour

En août, on a également appris la fusion  entre la compagnie aérienne brésilienne Tam et la compagnie chilienne Lan. Tout l’intérêt de cette nouvelle réside dans l’impressionnante taille du groupe né de cette fusion et ce que cela dit sur la croissance de la classe moyenne en Amérique latine. Cette nouvelle compagnie aérienne sera la troisième compagnie aérienne du monde par la taille et le niveau de bénéfices. Elle figurera parmi les dix premières entreprises de transport aérien en termes de nombres de passagers. Partout dans le monde, ce marché est étroitement lié à l’existence d’une classe moyenne, puisque les riches sont une minorité et que les pauvres ne prennent pas beaucoup l’avion. Si ce nouveau géant de l’aviation commerciale a pu exister, c’est grâce à l’avènement, en Amérique latine, d’une classe moyenne désormais bien établie.

 En ce sens, le cas du Brésil est particulièrement éloquent. Selon la chroniqueuse Miriam Leitao, le marché du transport aérien au Brésil a crû de pas moins de 56% entre 2003 et 2008. Et tandis que ce marché a cédé 2,6% au niveau mondial, au Brésil, il a gagné 13%. Les autres pays de cette région ne sont pas en reste. Cette année, l’ensemble des compagnies aériennes latino-américaines ont fait état d’une croissance de 24% – la plus élevée au monde. En ces temps de crise, que la classe moyenne latino-américaine prenne tant l’avion montre l’ampleur des changements qui se sont opérés dans cette région.

Un peu plus de justice…

Le mannequin Naomi Campbell a passé une partie de son été en Sardaigne avec son compagnon, à naviguer sur le super-yacht de Leonardo di Caprio, le héros du film sanglant sur l’exploitation de diamants en Afrique (entre autres). Elle dû s’expliquer au sujet de ces pierres précieuses devant le tribunal spécial pour la Sierra Leone (La Haye), qui poursuit l’ex-président du Libéria, Charles Taylor. Naomi Campbell a comparu devant cette juridiction pour confirmer si, lors d’une visite au Libéria en 1997, le président de l’époque lui avait offert des «diamants de sang». Bien que la modèle ait reconnu avoir reçu quelques diamants, elle a nié savoir de qui où d’où ils provenaient. L’actrice Mia Farrow, ex-épouse de Frank Sinatra et de Woody Allen, également citée à La Haye comme témoin dans le procès contre Taylor, a affirmé que Campbell connaissait parfaitement l’origine et la nature de ce cadeau.

Au fond, on se contrefiche de savoir comment s’est passé l’été de ces deux célébrités. Ce qui importe, c’est la sanction infligée à l’ancien dictateur du Libéria. Car l’été, les tyrans d’Afrique et d’ailleurs apprécient de se reposer dans les magnifiques demeures qu’ils possèdent en Occident. Désormais, au moins l’un d’entre eux aura eu droit, pour toute villégiature estivale en Europe, à un séjour en prison et dans la salle d’audience d’un tribunal pénal international. Pourvu que ses collègues dictateurs subissent le même sort.

Moisés Naím

Traduit par Micha Cziffra

Photo: Déforestation au Sulawesi   Yusuf Ahmad / Reuters

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