France

La renaissance des chiraquiens

Temps de lecture : 2 min

Pour gagner en 2012, Sarkozy doit tourner le dos au sarkozysme.

Jacques Chirac à l'enterrement de Philippe Seguin, 2010. REUTERS/Charles Platiau
Jacques Chirac à l'enterrement de Philippe Seguin, 2010. REUTERS/Charles Platiau

En politique, il ne faut jamais croire qu'une espèce a totalement disparu. Nouvelle preuve si besoin en est, le chiraquien. Jacques Chirac revient. On dit souvent, c’est d’ailleurs devenu un poncif du commentaire, que les «grands fauves politiques ne meurent jamais» et que, tant qu’ils ne sont pas six pieds sous terre, ils peuvent toujours rebondir…

Alors rassurez-vous, ce n’est pas de Jacques Chirac lui-même, en personne, dont il s'agit. L’ancien président, vient de s’éviter un procès, il est toujours comme un coq en pâte dans son appartement de luxe chez les Hariri. Retraite sereine, confortable et sans scrupules.

Non, il s’agit des chiraquiens. François Baroin (quasiment fils adoptif de l’ancien président), ministre du Budget, vient d’écorner sans vergogne un dogme sarkozien (l’un des derniers à plus ou moins tenir debout): le bouclier fiscal. Il vient aussi de signer un texte, publié dans Le Figaro avec Christian Jacob (qui est un peu le représentant de Jacques Chirac dans le monde des vivants), Bruno Lemaire (néo-villepiniste, donc forcément chiraquien) et Jean-François Copé. Ce texte donne les clefs de la victoire de la majorité en 2012.

En gros, Baroin, Jacob, Lemaire et Copé nous expliquent comment le prochain gouvernement (celui d’après le remaniement) devra s’y prendre pour que la gauche ne soit pas certaine de l’emporter dans deux ans. C’est assez facile à résumer, il faut faire exactement le contraire, en termes de gouvernance, que ce que fait le président en ce moment. Il faut que le chef de l’Etat prenne de la hauteur, change de comportement, que le gouvernement soit resserré et soit composé de vrais ministres ayant la responsabilité de leurs dossiers et la maitrise des réformes. Ce texte appelle à une révision complète de la façon dont est exercé le pouvoir depuis 2007.

C’est une remise en cause du sarkozysme à peine voilée. Et ce texte peut avoir une influence sur la suite du quinquennat. Parce qu’en annonçant à l’avance un remaniement, Nicolas Sarkozy donne la possibilité à tous ceux qui pourraient jouer un rôle dans le prochain gouvernement de poser, en quelques sortes, leur conditions. Alain Juppé, dont on dit (lui-même le dit d’ailleurs) qu’il pourrait entrer au gouvernement, affirme qu’il pourrait signer le texte dont on vient de parler. C’est une façon d’expliquer qu’il ne ferait partie du gouvernement que si le Président change sa façon de présider. Ou plutôt qu’il cesse de gouverner pour enfin présider.

On dit Alain Juppé partant pour le Quai d’Orsay, mais on n’imagine pas, bien sûr, que l’ancien Premier ministre soit traité comme Bernard Kouchner qui n’a jamais eu la maîtrise des dossiers diplomatiques, tous gérés à l’Elysée. Les chiraquiens sont donc en train d’essayer de peser sur le cours des choses et de modifier la route que s’était tracée Nicolas Sarkozy. Une route qui a l’air de mener tout droit dans un grand mur.

Le Président n’est certes pas obligé de se plier à ces injonctions, mais déjà on s’aperçoit que la lutte d’influence est lancée. François Baroin écorne, en douceur, le dogme du bouclier fiscal, et çela ne semble pas créer un scandale à l’Elysée. L’épreuve de force sociale que vit la majorité avec la contestation populaire de la réforme des retraites, la défiance grandissante de l’électorat modéré qui vit mal les surenchères sécuritaires, le peu de rentabilité politique de ces surenchères sécuritaires, dessine un avenir politique assez sombre pour le sarkozysme. L’ironie et la cruauté de l’histoire, c’est bien qu’une partie grandissante de la majorité estime que la seule façon d’envisager la victoire en 2012 serait que Nicolas Sarkozy ne soit plus sarkozyste.

Thomas Legrand

Photo: Jacques Chirac à l'enterrement de Philippe Seguin, 2010. REUTERS/Charles Platiau

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