France

PS: vous avez dit primaires?

Bastien Bonnefous, mis à jour le 10.09.2010 à 6 h 28

Aubry ou DSK? DSK ou Aubry? Les primaires larges et égalitaires, promises par les socialistes, ont du plomb dans l'aile.

DSK et Martine Aubry

DSK et Martine Aubry en octobre 1998, regardant par la fenêtre alors qu’ils sortent d’une réunion à Matignon. REUTERS/Jacky Naegelen

Un point au moins semble acté: le calendrier. C'est en juin 2011 que devrait se dérouler le dépôt des candidatures aux primaires socialistes pour la prochaine présidentielle. Et c'est à l'automne suivant, en octobre, qu'aura lieu le vote des militants et sympathisants du PS. Cinq mois de campagne –trois de pré-campagne, deux de campagne officielle– à l'image de celle pour la présidentielle française.

Reste encore à savoir quel visage prendront les primaires socialistes. Seront-elles des primaires à l'américaine où l'issue du vote est incertaine jusqu'au bout entre candidats favoris et outsiders? Des primaires longues et compétitives, qui permettent ainsi de faire émerger et gagner de véritables inconnus comme Bill Clinton en 1992 ou Barack Obama en 2007. Ou bien s'inspireront-elles des primaires à l'italienne où tout est joué d'avance, mais qui ont pour seul intérêt de légitimer le candidat favori par un vote large des sympathisants, à l'image de l'investiture de Romano Prodi en 2005?

Des primaires déjà écrites

Le PS semble avoir choisi l'entre-deux: légitimer le gagnant tout en empêchant l'émergence du candidat surprise. Prudente, la direction du parti a décidé de ne pas encore trancher toutes les questions, afin d'éviter une campagne trop longue. De quoi agacer les outsiders, qui ont besoin d'une compétition sur la durée pour s'imposer. François Hollande l'a bien compris. De plus en plus décidé à participer aux joutes internes, l'ancien premier secrétaire a sonné l'alarme aux dernières universités d'été de La Rochelle. «Il y a encore trop de flou. Il y a nécessité à savoir comment les électeurs socialistes vont voter, comment s'organisera le scrutin, à quelle date, comment va se passer la constitution du fichier électoral, où se tiendront les bureaux de vote. Tout cela doit être clarifié», a-t-il lancé à l'adresse de la direction muette.

Idem pour Manuel Valls, le seul à être officiellement partant, qui a d'ores et déjà mis en garde que «si les mois qui viennent, c'est uniquement un théâtre d'ombres, une partie de poker menteur, entre différents candidats ou leaders socialistes qui s'arrangeraient dans les arrière-cuisines, alors nous aurions tout faux». Le député-maire d'Evry milite pour des «règles claires et transparentes» afin que chaque candidat puisse exprimer son projet. «Il ne suffit pas d'être haut dans les sondages, il faut dire pourquoi on a envie d'être président de la République et pour quoi faire», insiste-t-il.

Si ces deux responsables socialistes s'agitent, c'est parce qu'ils ont déjà compris que les primaires à venir sont quasiment écrites. En décembre 2008, le think thank Terra Nova, proche du PS, avait publié une étude sur «une primaire à la française» (pdf), document de travail qui a largement nourri le rapport de la rue de Solférino débattu en juin 2010. L'objectif de la compétition en interne était clair: démocratiser au maximum le scrutin afin de faire émerger tous les talents possibles.

Pas d'Obama français

D'un côté, le Parti socialiste disait ne vouloir renouer ni avec les primaires type «ancien régime» organisées en 1995 entre Henri Emmanuelli, alors premier secrétaire, et Lionel Jospin; ni avec celles tendance «fight club» de 2006 entre Ségolène Royal, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn où les excellents sondages pour la présidente de Poitou-Charentes avaient tué le débat dans l'œuf.

Près de deux ans ont passé depuis le rapport de Terra Nova et Oliver Ferrand, président du think thank, avoue désormais que «la primaire socialiste penche de plus en plus vers une primaire de légitimation à l'italienne». Oublié donc le rêve de 2008 de voir émerger un «Barack Obama français». «Je n'ai jamais pensé qu'on arriverait à répliquer le système américain, trop éloigné des traditions partisanes françaises», confie le haut fonctionnaire. Les primaires américaines mettent surtout l'accent sur les votes organisés dans chaque Etat, établissant un classement par étape des candidats qui nourrit le classement général et entretient le suspense. Un tel tour de France électoral est difficile à imaginer au pays de la centralisation.

Mais pour Terra Nova, l'essentiel n'est pas là. «Ce qui compte vraiment, c'est que pour la première fois en France et dans l'histoire du PS, des primaires vont être organisées en dehors du parti, avec les sympathisants et plus seulement les militants», rappelle Olivier Ferrand. Candidat surprise ou éléphant favori, l'élu aura été désigné par au moins deux millions d'électeurs, un ratio très loin des 250.000 militants des primaires de 2006. «Même si la compétition au sein du parti n'aura pas vraiment eu lieu, le candidat sera porté par cette légitimité populaire immense», considère le politologue.

Un vote de légitimation

Le vrai-faux duel entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn obère déjà l'esprit du vote. L'actuelle première secrétaire et le directeur général du FMI apparaissent comme les deux seuls candidats «sérieux» –mise à part l'inconnue Ségolène Royal, certaine d'être toujours populaire chez les militants. Or, les entourages des deux éléphants répètent à l'envi qu'un accord sera trouvé entre les deux avant les primaires pour laisser le champ libre au mieux placé et éviter toute confrontation directe et néfaste. DSK ayant été désigné dans une récente étude gagnant à 59% au second tour de la présidentielle face à Nicolas Sarkozy, la jurisprudence Royal de 2006 pourrait donc revenir au pas de charge.

Tactique, Martine Aubry a reporté à janvier 2011 le règlement de l'organisation technique des primaires. Un moyen de se donner du temps pour sentir la tendance générale du vote. Si la première secrétaire ou le patron du FMI se détachent alors toujours nettement, les primaires deviendront de fait des primaires de légitimation. Si au contraire, un autre candidat émerge –Ségolène Royal ou François Hollande, par exemple– la concurrence et la compétition seront plus marquées. Reste que les autres candidatures possibles ou annoncées –Pierre Moscovici, Benoît Hamon, Jean-Louis Bianco...– n'apparaissent déjà plus que comme des candidatures «gadgets» ou de circonstance.

Bastien Bonnefous

Photo: DSK et Martine Aubry en octobre 1998, regardant par la fenêtre alors qu’ils sortent d’une réunion à Matignon. REUTERS/Jacky Naegelen

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