Économie

L'emploi des seniors, le travail à la finlandaise

Temps de lecture : 3 min

L'emploi des plus de 55 ans est le grand absent de la réforme des retraites.

Des retraités dans le sud de la France, en juin 2010. REUTERS/Regis Duvignau
Des retraités dans le sud de la France, en juin 2010. REUTERS/Regis Duvignau

Les députés discuteront, à partir du 7 septembre, jour de la mobilisation à laquelle appellent les syndicats, un texte sur la réforme des retraites que la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a très peu amendé. L’âge de départ à la retraite n’a pas été modifié, conformément au souhait du gouvernement. Il sera donc porté progressivement à 62 ans entre 2011 et 2018 pour les personnes ayant tous leurs trimestres de cotisation, et à 67 ans pour obtenir une retraite sans décote même s’il manque des cotisations. L’amendement le plus nouveau concerne le remboursement des trimestres rachetés par les quelques personnes qui avaient fait cette démarche et qui, compte tenu du changement d’âge de départ à la retraite, l’ont fait en pure perte. La «pénibilité» du travail permettant de devancer cet âge sera définie plus en détail ultérieurement. Ce qui permet au gouvernement, devant l’opposition des syndicats, de garder des possibilités d’assouplissement, après avoir mesuré la mobilisation des salariés.

Il y a dans ce projet de réforme des retraites un absent de marque: le travail des seniors. Certes, le chantier a déjà été ouvert et les entreprises de plus de cinquante personnes sont censées avoir, depuis le 1er janvier 2010, un plan pour l’emploi des seniors. Mais si l’âge de départ à la retraite change, ne faut-il pas prévoir de nouveaux dispositifs ou accélérer le processus?

L'effet de seuil

Le gouvernement semble en fait miser sur l’effet de déplacement des limites. Un effet qui existe bel et bien: il est probable que mécaniquement, l’âge du départ effectif à la retraite va reculer. Il a déjà un peu augmenté au cours des dernières années. Cela serait survenu de toutes façons pour toutes les catégories de salariés qui ont fait quelques années d’études supérieures et/ ou sont entrées tard sur le marché du travail. Or ceux-ci sont de plus en plus nombreux à mesure que l’on parle de catégories plus jeunes, puisque l’enseignement supérieur s’est fortement démocratisé depuis les années 1970. Vrai aussi parce que depuis la réforme Balladur de 2003, la durée de cotisation a été progressivement rallongée: elle atteindra 41,5 ans en 2013. Les futurs retraités partiront, bon gré mal gré, plus tard, et un bon nombre l’aurait fait même sans la réforme actuelle.

Mais on aurait pu espérer que le gouvernement afficherait une volonté bien plus forte de garder les seniors au travail. Le message est certes très difficile à faire passer en période de crise, mais c’est précisément pour cela qu’une bonne dose de volontarisme serait nécessaire. Actuellement la grande question que se posent les Français est celle-ci : continuer à travailler plus longtemps alors que les entreprises ne veulent plus de nous, c’est impossible. Après des années de préretraites, le pli semble pris.

Pourtant, si l’on regarde vers la Finlande, on constate qu’une vraie politique peut faire la différence. Le taux d’emploi des seniors (55-64 ans) y est passé de 35% voici dix ans à 56% aujourd’hui. Pour mémoire, le taux d’activité des Français de 55 à 64 ans s’élevait à 39% en 2008, l’un des taux les plus bas d’Europe, même s’il a évolué dans le bon sens –il était de 28% dix ans auparavant. La méthode finlandaise: du dialogue, des aménagements d’horaires ou de postes, des vacances supplémentaires… S’y ajoutent des aides aux entreprises qui embauchent des plus de 54 ans, et inversement une sanction sous forme de prise en charge partielle des indemnités de chômage pour les entreprises qui licencient un salarié de plus de 58 ans.

Au-delà, les Finlandais, via leur Institut de Santé au Travail, a mis en place des formations pour le management, afin de les faire changer d’opinion sur les salariés âgés et leur valeur dans le monde du travail. Tout un programme très nécessaire, car même en Finlande, où l’âge de la retraite a été fixé à 63 ans, on s’apprête à la relever encore pour assurer la pérennité du régime. Alors, oui, il est urgent de favoriser le travail des seniors.

Marie-Laure Cittanova

Photo: Des retraités dans le sud de la France, en juin 2010. REUTERS/Regis Duvignau

Marie-Laure Cittanova

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