Life

Dieu, la science et lui

Temps de lecture : 2 min

Pour Stephen Hawking, Dieu existait encore en 1988, mais n'existe plus en 2010. Comme le temps passe.

Stephen Hawking en juin 2010. REUTERS/Sheryl Nadler
Stephen Hawking en juin 2010. REUTERS/Sheryl Nadler

Stephen Hawking, qui vient de démontrer scientifiquement que Dieu n'existe pas dans un livre encore à paraître, avait pourtant prouvé le contraire dans un livre déjà paru. Franchement, faut suivre.

De toute façon, je ne savais même pas qu'il avait fait la preuve de l'existence d'un créateur de toutes choses dans sa Brève histoire du temps, dont je n'ai jamais dépassé la page quarante. Vous savez ce que c'est: on s'enthousiasme pour un bouquin de vulgarisation parce que tout le monde vous dit qu'il est «lumineux» mais, à la première formule mathématique un peu complexe, vous décrochez. Enfin, peut-être pas vous, mais moi si.

Sacré phénomène d'édition, cette Brève histoire du temps. Les jeunots ne s'en souviennent sans doute pas (c'était en 1988, avant le Web, l'iPhone et Sarkozy, mais bien après le Big Bang, si ça vous aide à vous situer dans la chronologie), mais c'était LE livre à avoir lu. Une sorte de Houellebecq de la physique, ce Hawking…

En tout cas, et pour ce que j'avais compris du truc à l'époque, s'il devenait possible de concevoir une théorie générale de l'univers, une sorte d'équation qui régit le monde, c'est qu'il y avait forcément un Dieu derrière tout ça. Je vous le livre à la louche, hein…

Mais dans le bouquin qui vient, Le grand dessein, que nous dit Stephen Hawking? Ou, à tout le moins, que nous dit Stephen Hawking que nous puissions à peu près comprendre? Eh bien que Dieu n'existe pas parce qu'Il n'est pas nécessaire à la création. Que la seule loi de la gravitation suffit à expliquer que l'univers se soit auto-créé, une chose en amenant une autre, etc.

Oh pétard, je ne sais pas pour vous, mais moi, je ne suis pas plus avancé. Pourtant, s'il y a bien une chose que l'on aimerait savoir au-delà de la composition du prochain gouvernement , c'est si Dieu existe. Intuitivement, le Français du XXIe siècle élevé au jus des Lumières, de la laïcité et de Claude Lévi-Strauss présume évidemment que la religion est une pratique humaine réductible à sa dimension ethnoculturelle, un peu comme les contes de fée participent de la formation intellectuelle et morale du petit d'homme.

Mais à un autre niveau, et parce que «l'homme ne vit pas que de pain» (Deutéronome 8:2) et qu'il lui faut aussi un peu de confiture spirituelle à mettre dessus, le même Français rationaliste a parfois du mal avec le concept du rien. Notez d'ailleurs qu'il n'est pas le seul, Richard Dawkins, le biologiste britannique spécialisé dans la révélation de l'inexistence du Très Haut, avoue lui-même entretenir un doute résiduel. Dans son fameux Pour en finir avec Dieu, il établit en effet une échelle de la foi graduée de 1 à 7 ―1 correspondant à la foi totale et entière dans tout ce que raconte la Bible et 7 à l'athéisme le plus absolu ― et se situe lui-même à 6, ce péteux…

Si même un type pareil doute de son doute, qui sommes-nous pour avoir des certitudes? Surtout si l'on ne comprend rien à ce que raconte Stephen Hawking et que ce n'est pas seulement parce qu'il a du mal à s'exprimer du fait de la maladie neuromusculaire dont il souffre depuis des années. Bah, à tout hasard et parce que je suis un type «de bonne volonté» (Luc 2 :14), je lirai son nouveau livre. Mais si là encore, je ne dépasse pas la page quarante, qu'on ne vienne pas me casser les pieds en me disant que je n'ai pas fait d'effort pour répondre à la question «Et Dieu dans tout ça?»

Hugues Serraf

Photo: Stephen Hawking en juin 2010. REUTERS/Sheryl Nadler

Hugues Serraf

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