Monde

Anthrax: le grand frisson

Slate.com, mis à jour le 03.09.2010 à 17 h 23

Revue de presse du 30 octobre 2001.

Spécialistes militaires des armes biologiques devant un immeuble du Congrès à Wa

Spécialistes militaires des armes biologiques devant un immeuble du Congrès à Washington William Philpott / Reuters

30 octobre 2001. La nouvelle a fait les Unes du New York Times, d’USA Today ainsi que de la rubrique Monde du Wall Street Journal: le ministre de la Justice John Ashcroft vient d’annoncer que l’Amérique pouvait être la cible d’une nouvelle attaque terroriste. Ashcroft juge la menace «crédible»; il précise néanmoins que les Etats-Unis ne savent ni où, ni quand cette attaque potentielle pourrait se produire. C’est la seconde mise en garde de ce type depuis les attaques du 11-Septembre.

En première page du Washington Post, on apprend que l’on a retrouvé des traces d’anthrax dans les salles du courrier de quatre nouveaux bâtiments administratifs. Les quatre salles auraient reçu du courrier provenant du centre de tri de Brentwood, ce qui, selon des responsables de la santé publique, expliquerait leur contamination.

Le Los Angeles Times consacre sa Une aux déclarations du président George W. Bush; ce dernier appelle à une révision de la politique d’immigration, afin de s’assurer qu’aucun terroriste ne puisse pénétrer sur le territoire américain. Cette révision s’intéressera tout particulièrement à la procédure d’attribution des visas étudiants; elle s’efforcera de trouver un moyen de fermer les frontières de l’Amérique aux étudiants «ayant suivi un entraînement terroriste et pouvant représenter un danger pour les Etats-Unis et ses alliés». Le gouvernement a également affirmé qu’il collaborerait avec le Mexique et le Canada pour élaborer une base de données commune visant à recenser les terroristes potentiels.

Reste à savoir ce qui vient de déclencher l’alerte. Le gouvernement se refuse officiellement à tout commentaire, mais selon le New York Times (qui cite divers responsables), il faut l’attribuer à «une source de renseignement qui s’est avérée digne de confiance par le passé». Le New York Post affirme que l’alerte n’a pas été motivée par une menace unique, mais par divers renseignements émanant de plusieurs sources. Le Wall Street Journal a interrogé un responsable du gouvernement sur le caractère particulièrement vague de la mise en garde, et sur les risques que pouvaient présenter le fait de «crier au loup. Ce dernier a déclaré que la menace «était bien réelle, sinon, nous n’en aurions pas parlé.»

Quant au  président Bush, il a résumé le message de son administration en deux phrases: «Nos ennemis nous haïssent toujours autant. Ceci dit, les Américains doivent continuer de vivre leur vie de tous les jours.» 

Ce ne sont pas les traces d’anthrax découvertes dans divers bâtiments du gouvernement américain qui inquiètent le plus les autorités sanitaires: on vient de leur confirmer qu’une femme du New Jersey (qui ne travaille pas pour la Poste) a bel et bien contracté un anthrax cutané. Les autorités ne comprennent pas comment ceci a pu se produire, mais elles ont souligné que cette personne avait reçu une lettre ayant transité par un bureau de poste connu pour avoir relayé des courriers infectés. Chez les autorités, ces révélations ébranlent des certitudes ancrées depuis bien longtemps (soit depuis… une semaine), selon lesquelles les destinataires de lettres «normales» (hors envois en nombre; vous et moi, en somme) pouvaient être infectés du fait d’une contamination croisée de leur courrier. Dans la rubrique des late breaking news [informations de dernière heure], on nous informe qu’une employée d’un hôpital de New York – qui ne travaille pas à la salle du courrier – semble avoir contracté un anthrax de forme respiratoire. Si cette information est confirmée, ce serait le premier cas d’anthrax de ce type diagnostiqué dans la cité.

Si l’on en croit la plupart des quotidiens, les responsables de la santé publique envisagent de pulvériser du désinfectant sur plus de 30 tonnes de courrier adressé au gouvernement. Le Los Angeles Times émet toutefois une réserve: «La désinfection du courrier détruirait toute trace éventuelle d’anthrax; ces dernières pourraient pourtant fournir de précieux indices aux enquêteurs.»   

Le Washington Post rapporte qu’une analyse chimique de certaines des lettres contaminées laisse penser que l’anthrax en question n’aurait été élaboré ni en Irak, ni en Afghanistan – et qu’il pourrait provenir de laboratoires américains.

Dans le New York Times (NYT), on apprend que l’Alliance du Nord pourrait attaquer les positions talibanes à proximité de Kaboul «dans les jours qui viennent». Si l’assaut a bien lieu, il aura peu de chance d’être couronné de succès: les troupes de l’Alliance (entre 3000 et 5000 hommes) affronteront des forces bien supérieures en nombre (entre 5000 et 10000 guerriers talibans) bénéficiant de l’avantage du terrain: tranchées, abris fortifiés... L’attaque doit avoir lieu le plus tôt possible: l’Alliance du Nord s’abstiendra en effet d’attaquer pendant le ramadan (qui commence dans deux semaines), et ce afin de ne pas nuire à son image (ces dernières années, l’Alliance n’avait pas observé de trêve similaire). Ses dirigeants continuent de se plaindre: les frappes aériennes américaines devraient à leur sens être plus fréquentes et plus lourdes. Le NYT souligne que les Etats-Unis ont commencé à parachuter des munitions aux troupes de  l’Alliance; une stratégie qui aurait été mise en place depuis déjà deux semaines.

Toujours en Une du NYT, un article consacré aux documents récupérés par les commandos américains lors du raid sur un complexe appartenant au mollah Omar; le Congrès déclare qu’ils ne sont pas d’un grand intérêt. L’article fait également état d’une déclaration de Human Rights Watch: l’organisation affirme que l’aviation américaine a, par erreur, bombardé un village afghan au cours de la semaine dernière, faisant au moins vingt-cinq victimes civiles. Elle s’appuie sur les déclarations de six survivants.

Le Wall Street Journal nous apprend que deux hommes pourraient, à tort, avoir été suspectés d’être impliqués dans les attaques du 11-Septembre; le FBI aurait été induit en erreur par certaines différences culturelles. Les deux hommes ont été arrêtés le 12 septembre à bord d’un train, au Texas. Ils étaient en possession de cutters, de faux passeports, et de 5000 dollars en liquide. Mais c’est un autre détail qui a mis la puce à l’oreille des inspecteurs: les deux suspects avaient le corps entièrement épilé. Juste avant les attaques du 11-Septembre, Mohammed Atta avait proposé aux autres terroristes de faire de même. Or le fait est que l’épilation intégrale est une pratique courante dans la ville natale des deux hommes, qui sont originaires de l’Inde. Ils sont encore en prison, mais les autorités affirment qu’elles ne disposent d’aucune preuve permettant d’établir un lien entre les suspects et les attaques de New York.

Selon le NYT, trois alliés inattendus viennent de rejoindre la lutte anti-terroriste menée par les Etats-Unis: la Syrie (qui soutient le Hamas), la Lybie (que les Etats-Unis ont bombardée en 1986 en représailles d’un attentat) et le Soudan (qui a abrité Oussama Ben Laden). Les trois pays ne veulent plus apparaître comme des alliés du terrorisme, et tentent depuis peu de faire évoluer cette image.

La semaine dernière, un article du Wall Street Journal nous apprenait que le FBI ne comptait pas effectuer de nouvelles investigations dans les appartements et les voitures des terroristes du 11-Septembre pour y rechercher d’éventuelles traces d’anthrax; ce en partie parce que les locaux et les véhicules concernés avaient d’ores et déjà été entièrement nettoyés. Il semble que les enquêteurs aient changé d’avis: le Washington Post rapporte ainsi (au 11ème paragraphe d’un long article) que le FBI a finalement décidé de mener ces analyses. Il n’a – bien évidemment – pas été bien difficile de retrouver les appartements, mais les enquêteurs n’ont pas pu en dire autant des véhicules. Une porte-parole du FBI a déclaré qu’ils « les avaient retrouvés chez un vendeur de voitures d’occasion.»

Eric Umansky

Traduit par Jean-Clément Nau

Photo: Spécialistes militaires des armes biologiques devant un immeuble du Congrès à Washington William Philpott / Reuters

 

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