Monde

Israël-Palestine: la réunion des symboles

Jacques Benillouche, mis à jour le 03.09.2010 à 7 h 05

Netanyahou et Abbas ont repris les pourparlers directs à Washington.

Moubarak, Netanyahou, Obama, Abbas et Abdallah II de Jordanie. REUTERS

Hosni Moubarak, Benjamin Netanyahou, Barack Obama, Mahmoud Abbas et le roi Abdallah II de Jordanie. REUTERS/Jim Young

Il est encore trop tôt pour tirer les conclusions de la réunion israélo-palestinienne de Washington, mais cette rencontre entre Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas cumule au moins cinq symboles hormis celui qui pousse tous les observateurs politiques à ne miser sur aucun résultat probant.

Refus des attentats

En d’autres temps, l’attentat qui a coûté la vie à quatre civils en Cisjordanie aurait fait l’objet de représailles immédiates, non exclues d’ailleurs, qui auraient entraîné l’arrêt immédiat des discussions. Il semble au contraire que cette action terroriste a consolidé les rapports entre les deux protagonistes sur le problème de la nécessaire sécurité. Mahmoud Abbas n’a pas accepté que l’on cherche à lui forcer la main, car il estime qu’il est le seul à décider quand (et si) il quittera ces négociations. Il a transmis à ses détracteurs un message clair avec l’arrestation d’une centaine de membres du Hamas par la police de l’Autorité palestinienne, donnant ainsi un relief particulier à sa décision de condamner les actes terroristes en Cisjordanie. 

Les problèmes de sécurité n’étaient pas prévus dans l’ordre du jour des discussions, mais l’attentat a imposé de les intégrer au menu. Ils ont contraint le président Obama à modifier son programme en improvisant une conférence de presse impromptue. Alors que les entretiens devaient se faire en tête-à-tête avec les deux leaders, les journalistes ont été conviés à filmer la déclaration de condamnation, mais les caméras se sont attardées sur les gestes amicaux entre Netanyahou et Obama, renvoyant à l’Histoire leur malentendu politique. Cela a permis au Premier ministre israélien d’affirmer qu’il ne se contenterait pas d’un accord de sécurité sur le papier, mais de preuves tangibles de son application sur le terrain. (la retranscription écrite est ici)

Homme seul

A l’occasion de ces négociations, Netanyahou a donné le symbole d’un homme seul qui décide sans tenir compte de l’aile droite de sa coalition hétéroclite. Il n’a rien dit à ses ministres de son programme de discussions et de ses intentions. D’ordinaire, avant toute rencontre à l’étranger, le cabinet de sécurité des sept principaux ministres les plus importants se réunit pour un débat suivi de vote sur la position à adopter. Le Premier ministre a décidé de s’en passer en laissant les membres de la coalition dans le flou absolu. Il évite ainsi tout risque de prises de position de ses collègues au moment où il dialogue à Washington, mais il veut surtout effacer l’impression d’être un Premier ministre soumis aux pressions de la droite nationaliste et des travaillistes. Il veut prouver qu’il décide seul des questions stratégiques du pays sur la base de la mission qu’il a reçue du peuple et c’est pourquoi le Conseil des ministres de dimanche n’a débattu que de questions mineures dignes d’un sous-secrétariat d’Etat.

Il a décidé de se passer de l’imprimatur de ses ministres, sachant qu’en sous-main Ehud Barak, le ministre de la Défense, se transforme en ministre des Affaires étrangères en organisant plusieurs réunions secrètes avec des dirigeants arabes. Il s’agit pour lui de préparer l’arrivée au gouvernement de la centriste Tsipi Livni, chef de Kadima, au cas où les nationalistes de Lieberman et les religieux du Shass lui feraient défaut dans le cadre d’un projet d’accord contenant des concessions. D’ailleurs, en réponse aux critiques du ministre Avishay Braverman, il a déjà obtenu le soutien d’un autre ministre, Ben-Eliezer:

«Ce n’est pas le moment pour menacer Netanyahou et pour mettre en danger la coalition. C’est le moment de se tenir à ses côtés pendant les négociations.»

Netanyahou n’a rien dit sur ses intentions, mais il choisit la tactique de l’optimisme puisqu’il a déclaré:

«Je ne suis pas naïf. Je vois toutes les difficultés et les obstacles, mais  malgré cela, je crois qu'un accord de paix final est un objectif atteignable. Bien sûr, cela ne dépend pas seulement sur nous.»

En s’entourant de secret, il donne l’impression de détenir une botte secrète dont il se servira le jour venu, au cours des négociations, mais à condition qu’il trouve en face de lui un partenaire «courageux». Il a confirmé qu’il s’engageait à résoudre le problème dans un délai de un an à condition de laisser de côté les «détails» comme le gel des constructions et de mettre sur la table tous les aspects du contentieux. Il pense que ces «détails» seront résolus dans le cadre d’un accord global. Il rejoint ainsi le président Obama qui a suggéré de se concentrer sur un accord de paix maintenant, quitte à voir plus tard sa mise en œuvre. Toutefois l’exemple des accords d’Oslo de 1993 prouve que l’interprétation des textes, souvent très compliquée, bloque le processus.

Soutien arabe

Mahmoud Abbas n’aurait aucune raison de refuser le débat. Contrairement à Yasser Arafat qui négociait, seul et sans soutien, à Camp David en 2000, le président de l’Autorité s’est déplacé avec l’accord officiel de ses frères arabes et de la Ligue Arabe. Le roi Abdallah de Jordanie s'est entretenu avec lui à Washington sur les efforts déployés pour assurer le succès des pourparlers directs. Il reste cependant frileux sur d’éventuelles concessions et il tient à se décharger de sa responsabilité sur une déclaration du Quartet pour donner l’impression aux Palestiniens qu’il agit sur une recommandation internationale. Il n’arrive pas à se comporter en un Moubarak ou un Sadate pour utiliser le langage de la vérité avec son peuple.

Paradoxalement, les Israéliens et les Palestiniens ont besoin de la même aide régionale. Les ambitions nucléaires de l'Iran, qui soutient ouvertement le Hamas et le Hezbollah, pousse Israël à rechercher le soutien de ses voisins arabes dans un combat commun contre les Iraniens. Par ailleurs, Mahmoud Abbas, qui est trop fragile pour prendre une décision autonome, a besoin d’être «couvert» lui aussi par le monde arabe s’il doit faire des concessions douloureuses d’autant plus qu’il dépend de lui pour son financement. Il attend aussi de cette réunion, grâce à l’importance des participants, un moyen de redorer son blason face à son rival du Hamas.

Les absents au dîner

Le président Obama a organisé un dîner, mercredi, pour les délégations étrangères, mais les observateurs politiques se sont surtout penchés sur les personnalités absentes. Le président des Etats-Unis était l’hôte du président égyptien Hosni Moubarak, du président palestinien Mahmoud Abbas, du roi Abdallah de Jordanie, du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et du représentant du Quartet Tony Blair. Un invité de marque était absent, le roi d’Arabie Saoudite. Il répugne en effet à figurer sur la photo finale en compagnie d’Israël qu’il refuse encore de reconnaître alors que les contacts secrets se multiplient, qu’il a accepté de mettre certaines de ses bases à la disposition des aviateurs israéliens et alors qu’il a été l’instigateur d’une initiative courageuse de paix en 2002. Son absence pourrait peser sur le résultat des négociations.

Autre absent de marque: l’Europe. Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, dont on ignore encore souvent le nom, et la ministre des Affaires étrangères Catherine Ashton, n’ont pas exigé d’être présents à une réunion qui risque d’être fondamentale pour l’avenir de la région. Leur absence signe le symbole de l’inexistence de l’Europe au Moyen-Orient.

Moubarak

Il semble qu’on ait voulu enterrer trop vite le président Moubarak d’Egypte. Or il veut s’impliquer directement dans cette négociation. Il a proposé d’offrir, avec la Jordanie, des garanties de sécurité à Israël qui lui permettrait de concrétiser l’avènement d’un Etat palestinien. Il a proposé d’accueillir en Egypte les négociateurs qui bénéficieraient d’une proximité avec leur parlement. A ceux qui critiquent son âge avancé et sa mauvaise santé, il s’est déplacé avec le symbole de la continuité en la personne de son fils Gamal. Il a décidé de l’initier aux grandes négociations, de le faire connaître aux principaux dirigeants du monde en leur faisant comprendre que, si l’Egypte s’engage dans ces négociations, elle assurera une continuité politique aux protagonistes du conflit israélo-palestinien.

L’Egypte est aussi intéressée qu’Israël à combattre l’intégrisme islamique qui se répand dans son pays, au Sinaï en particulier, et elle semble pressée de rejoindre son voisin dans un combat aux intérêts communs dès lors que le problème palestinien aura été résolu. Elle a approuvé la déclaration de Barak Obama:

«Nous ne sommes que cinq hommes, mais quand nous nous réunissons, nous ne serons pas seuls. Nous serons rejoints par les générations de ceux qui les ont précédés.»

C’est la seule note d’espoir de ces négociations qui laissent sceptiques tous les observateurs. Il reste aux protagonistes de démentir ce scepticisme.

Jacques Benillouche

Photo: Hosni Moubarak, Benjamin Netanyahou, Barack Obama, Mahmoud Abbas et le roi Abdallah II de Jordanie, le 1er septembre à la Maison Blanche. REUTERS/Jim Young 

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