Economie

Bonne rentrée, Monsieur Trichet!

Marie-Laure Cittanova , mis à jour le 01.09.2010 à 14 h 07

Les divergences au sein de la zone euro sont presque ingérables par le patron de la BCE.

Cette première conférence de presse du président de la BCE, ce jeudi, sera très suivie. Et pas facile pour Jean-Claude Trichet. Il est certes habitué à jouer les équilibristes, mais pour la troisième rentrée depuis le début de la crise, l’exercice atteint des sommets de difficulté. Car le cadre économique général s’est brouillé au cours de l’été. Les Etats-Unis, qui paraissaient avoir renoué avec la croissance, replongent dans le marasme. La peur du «W», qui impliquerait une nouvelle récession, s’installe. Si elle ne se réalise pas, c’est le spectre d’une croissance très lente, à la japonaise, qui hante les économistes.

La croissance des pays européens, de son côté, présente des divergences énormes. D’un côté, l’Allemagne galope à 2,2% (croissance du deuxième trimestre 2010), grâce à la poussée de ses exportations vers l’Asie, suivie par un certain nombre de pays. De l’autre, des pays encore en pleine crise de la dette publique, comme la Grèce ou l’Espagne, subissent une récession très dure et doivent parallèlement remettre leurs finances publiques en ordre. Comme le souligne l’économiste Patrick Artus dans une récente étude Natixis, «un important conflit autour des orientations de politiques économiques s’annonce entre ces groupes de pays». Ce sera encore pire en termes de politique monétaire. Pourtant, le fait d’avoir calmé les craintes des investisseurs sur la situation des «Pigs», les pays d’Europe les plus endettés (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne), avait constitué au cours de l’été un véritable exploit. Mais les taux d’intérêt demandés à ces pays fragiles pour leur prêter des capitaux se tendent de nouveau. Pire, les agences de notation, que chacun s’accorde à vouloir réglementer sans le faire, menacent de nouveau: elles ont dégradé la note de l’Irlande, et l’agence Standard&Poor’s est même allée jusqu’à menacer les Etats-Unis, dont le déficit public, il est vrai, explose.

Tenir en équilibre

Autant dire que, même si l’Asie se porte bien, cette nouvelle phase de la crise paraît encore plus délicate à gérer, si possible, que les précédentes. Les autorités économiques et monétaires doivent louvoyer entre le risque d’étouffer une croissance fuyante et celui de mécontenter des investisseurs qui, après avoir subi un séisme, ne veulent plus courir de risques. Jean-Claude Trichet va ainsi devoir conserver un équilibre précaire entre des pays qui vont avoir besoin de la plus grande souplesse monétaire pour conserver un minimum de croissance et ceux qui, parce qu’ils ont renoué avec la croissance, voudraient voir la banque centrale européenne revenir à une politique monétaire plus classique. Il va donc une nouvelle fois se retrouver au centre d’un conflit entre pays à forte compétitivité –comme l’Allemagne– et pays à faible compétitivité, qui, outre les Pigs, comprennent aussi la France et l’Italie. Une situation plus qu’inconfortable, même si le président de la BCE explique avec constance qu’il ne voit pas de différence entre la situation de sa banque centrale et celle des Etats-Unis, où il peut aussi arriver que certains Etats soient en récession tandis que d’autres sont en croissance.

En théorie, il a bien sûr raison. Sauf que le marché unique existe réellement aux Etats-Unis et beaucoup moins en Europe: il est plus facile à un ouvrier de l’Ohio de partir travailler en Virginie qu’à un Italien d’en faire autant vers l’Allemagne. Surtout, le budget fédéral américain représente des sommes à redistribuer autrement plus considérables que le 1% du PIB européen dont est doté le budget de la Commission… Une nouvelle fois, la relance de l’Europe économique et politique sera au cœur du problème, alors que l’entente franco-allemande est trop faible pour que le processus reparte vraiment.

Finalement, pour pallier tous ces dangers de divergence, on ne peut qu’espérer que la croissance allemande soit contrainte de ralentir un peu. Ce n’est pas certain, mais c’est possible: la Chine cherche à freiner son rythme de croissance et à transformer son modèle en favorisant la consommation des ménages. Auquel cas elle pourrait être moins gourmande en biens importés d’Allemagne. L’écart enregistré en Europe serait alors moins fort, ce qui permettrait à Jean-Claude Trichet de passer ce mauvais cap. Il est certes déplorable de souhaiter le ralentissement de l’économie d’un partenaire économique qui est aussi le premier client de la France, car cela signifie que celle-ci aussi verra sa croissance ralentir. Mais ce n’est peut-être qu’à ce prix qu’on obtiendra un rééquilibrage dans la zone euro.

Marie-Laure Cittanova

Photo: Jean-Claude Trichet, en juin 2010. REUTERS/Thierry Roge

Marie-Laure Cittanova
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