France

Diplomatie: la France, ni petite, ni grande: moyenne

Daniel Vernet, mis à jour le 01.09.2010 à 18 h 24

Paris fait partie des puissances «reconnues». Mais, reconnue par qui?

Nicolas Sarkozy lors de son discours à Columbia. REUTERS/Lucas Jackson

Nicolas Sarkozy lors de son discours à Columbia. REUTERS/Lucas Jackson

Quelle place la France occupe-t-elle dans la hiérarchie internationale? Ce n’est pas une «super puissance»; ce n’est pas une «petite puissance», a déclaré Nicolas Sarkozy à la 18e conférence des ambassadeurs, le 25 août (son discours est consultable ici). Conclusion: c’est une puissance moyenne. Mais le chef de l’Etat n’a pas employé le terme, sans doute jugé péjoratif. Il a répété plusieurs fois une autre expression qui distingue les principaux acteurs internationaux en «puissances reconnues» et «grands pays émergents». Là, plus de doute, la France fait bien partie des «puissances reconnues». Il n’est pas difficile d’en deviner la définition. Une puissance reconnue est un Etat qui dispose de quelques attributs particuliers: l’arme nucléaire, un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies et, s’il n’est plus une grande puissance, quelques beaux restes d’une splendeur passée.

Les «amis» émergents

La question est de savoir: «reconnue» par qui? L’autoreconnaissance ne suffit pas. Or, ce statut de puissance est de plus en plus contesté, notamment par le deuxième groupe d’Etats distingué par Nicolas Sarkozy: les grands pays émergents. Le dernier exemple de cette contestation a récemment été donné par le Brésil et la Turquie, qui ont tenté une médiation dans la crise du nucléaire iranien. L’accord qu’ils s’étaient targués d’avoir trouvé avec Téhéran a été boudé par les «puissances reconnues», mais de la part de ces dernières, c’était plus une preuve d’impuissance que de souveraineté.

Comme il va présider l’année prochaine le G8 et le G20, celui-ci étant précisément le forum où se retrouvent les «puissances reconnues» et les nouveaux venus, Nicolas Sarkozy s’efforce de soigner ses relations avec les dirigeants des pays émergents. En passant, on notera que la Chine appartient aux deux groupes, qu’elle est la seule dans cette position et qu’elle joue habilement de ces deux statuts.

Le président de la République ne parvient que difficilement à ses fins. Malgré les démonstrations d’amitié avec le Brésilien Lula ou d’autres, les résultats se font attendre, y compris en matière de ventes d’armements dans le cas du Brésil (des avions Rafale qui trouveraient enfin preneurs à l’étranger). Cette proximité recherchée avec les émergents n’a pas non plus été payée de retour lors de la conférence de Copenhague sur le climat à la fin de l’année dernière. Nicolas Sarkozy a lancé quelques idées pour sa présidence du G20, par exemple contre la spéculation sur les matières premières, qui devraient plaire à ce qu’on appelait autrefois le tiers-monde. Toutefois, l’exercice est encore plus difficile sur la scène internationale qu’en politique intérieure. Il ne suffit pas de lancer en l’air une multitude d’idées pour que les retombées soient au rendez-vous. Le volontarisme a ses limites autant que ses vertus.

Un malaise grandissant

La France possède le deuxième réseau diplomatique du monde, après les Etats-Unis. C’est aussi l’apanage d’une «puissance reconnue». Pourtant, du malaise qui touche l’outil diplomatique de la France, le président de la République n’a dit mot devant les ambassadeurs. Certes, le devoir de réserve est la règle dans ce milieu. Sauf quelques syndicalistes, les diplomates s’expriment rarement en public. Il faut qu’ils aient quitté leurs fonctions pour pouvoir tirer la sonnette d’alarme. C’est qu’ont fait dans Le Monde à la veille de la conférence des ambassadeurs trois anciens secrétaires généraux du ministère des Affaires étrangères (le poste le plus élevé dans la hiérarchie du Quai d’Orsay). François Scheer, Bertrand Dufourcq et Loïc Hennekine se sont inquiétés, après deux anciens chefs de la diplomatie française, Alain Juppé (1993-1995) et Hubert Védrine (1997-2002), des moyens sans cesse en baisse accordés au réseau diplomatique français. Le budget du Quai a diminué de 20% en vingt-cinq ans et les économies continuent, alors que ce budget ne représente que 1% des dépenses de l’Etat et 0,2 du PIB. On vante officiellement, et souvent à juste titre, l’action culturelle de la France à l’étranger, mais les trois anciens secrétaires généraux font remarquer que la dotation des 140 centres culturels à l’étranger est équivalente à celle de l’Opéra de Paris!

Et il ne s’agit là que de l’aspect matériel. Le malaise touche aussi le rôle du ministère dans la définition et la mise en œuvre de la politique extérieure. Le poids de l’Elysée est de plus en plus pressant. Ce n’est pas une nouveauté sous la Ve République, mais la concentration des décisions à la présidence de la République s’est encore accentuée avec Nicolas Sarkozy.

Soyons rassurés, ce malaise n’apparaîtra pas au grand jour quand la France présidera le G8 et le G20. Les diplomates sont des gens trop bien élevés et trop conscients de leur mission pour manifester quelques états d’âme que ce soit, mais si Nicolas Sarkozy, qui ne fait pas mystère de son profond mépris pour les diplomates, veut que la France reste une «puissance reconnue», le ministère des Affaires étrangères est un instrument indispensable.

Daniel Vernet

Photo: Nicolas Sarkozy lors de son discours à Columbia, le 29 mars 2010. REUTERS/Lucas Jackson 

Daniel Vernet
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