Monde

Affrontement sanglant entre les factions du régime des mollahs

Jacques Benillouche, mis à jour le 28.08.2010 à 12 h 05

Des informations concordantes font état d'une guerre ouverte entre les services iraniens proches du président Ahmadinejad et ceux fidèles au guide suprême Khamenei.

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad passe en revue les troupes Morteza Niko

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad passe en revue les troupes Morteza Nikoubazl / Reute

L'information provient de l'opposition iranienne et des services de renseignements israéliens. Les uns et les autres révèlent que des troubles ont éclaté dans les rues de Téhéran entre différentes factions du régime des mollahs, le 23 août, au moment où l’attention internationale était concentrée sur la mise en service de la centrale nucléaire de Bushehr. Des agents des services de renseignements et des Gardiens de la Révolution se sont affrontés à l'arme à feu. Les premiers seraient proches du guide suprême Ali Khamenei et les autres du président Mahmoud Ahmadinejad.

Batailles de rue

Des éléments appartenant au service de renseignements iraniens (Vevak) et des Gardiens de la Révolution (ou Pasdarans), l’épine dorsale du régime, ont pris part à une vraie bataille de rue en plein Téhéran. Le Vevak dépend du ministère des renseignements et de la sécurité et ses effectifs sont estimés à au moins 20.000 hommes. Ce service est dirigé par Heyder Moslehi qui tient sa nomination du président iranien et sa légitimité d'Ali Khamenei, le guide suprême. Il a une mission classique de protection du régime via le renseignement en utilisant les techniques d’écoutes et de contrôle et de censure de l’usage des nouvelles technologies. Ses activités ne sont en général pas violentes et la répression incombe plutôt aux Bassidjis (milices islamiques) ou aux Pasdarans.

Le Vevak cible l’opposition à travers une sorte de DST tandis que les Pasdarans ont un champ d'activité bien plus étendu. Ils ont développé une activité du renseignement militaire à l’étranger et leur mission est de s’opposer à toute menace contre le régime des mollahs par une chasse impitoyable aux opposants politiques, ethniques ou religieux. Les Gardiens de la révolution ont reçu une nouvelle mission qui est d’organiser la mise à niveau des forces armées et sont bien entendu responsables du développement du programme d'armement nucléaire. Les Pasdarans enfin pilotent le contournement de l’embargo occidental pour approvisionner l'Iran en armements, en pièces de rechange militaires et en matériel utilisé dans les installations nucléaires. Il existe une rivalité historique entre les agents du Vevak qui sont des nationalistes et les Pasdarans marqués par l'idéologie islamique.

Les Gardiens de la Révolution ont des doutes sur la loyauté des fonctionnaires du Vevak, trop souvent à l’étranger à leurs yeux, et accusés de transmettre des informations secrètes à l’opposition et au Mossad israélien. Ils pensent notamment que des documents sur le programme d'armement nucléaire sont venus du Vevak.

L’Administration américaine s'est ainsi appuyée sur «des documents techniques» comme preuves de la volonté du régime iranien de se doter de l’arme nucléaire. Les services secrets allemands ont identifié la source de ces documents comme étant le MEK Mujahideen el Khalq (MEK), les moudjahidines du peuple, bras armé du Conseil National de la Résistance en Iran. Le MEK tentait de se faire radier de la liste des organisations terroristes pour bénéficier de l'aide américaine et a obtenu les bonnes grâces des dirigeants américains grâce à la fourniture «de ces documents techniques» qui ont transité par des agents israéliens toujours selon les services allemands. 

Le Vevak, fidèle au Guide Suprême Ali Khamenei, suspecte de son côté les proches d’Ahmadinejad d’avoir colporté des fausse nouvelles sur l’état de santé de l'ayatollah Ali Khamenei, en prétendant  qu’il était proche de la mort.

L’origine de la fusillade du 23 août est fortuite. Des membres du Vevak ont fait irruption dans un appartement occupé par un officier pasdaran habitant le quartier chic de Téhéran,  Shaid Babaee, plus connu sous le nom de Mini-City. Cet appartement, situé stratégiquement face au quartier général des Gardiens de la Révolution, était doté d’un système complet d’écoute électronique et de caméras destinées à filmer les déplacements des personnes entrant et sortant du batiment d’en face. La visite d’autres appartements de l’immeuble a amené les mêmes constations.

Les agents du Vevak ont alors procédé à la confiscation du matériel sans se douter qu’ils étaient attendus à leur sortie par des Pasdarans en civil qui ont cherché à récupérer les preuves. Ils ont alors fait appel à du renfort ce qui a entrainé un échange de feu nourri dans tout le quartier. Les victimes n’ont pas été dénombrées mais le cessez-le-feu a été obtenu par des Gardiens en tenue militaire, arrivés du quartier général, qui ont exigé de récupérer tout le matériel saisi.

L’enquête menée par les autorités a révélé que ces matériel de surveillance avaient été fournis par un réseau secret, appelé Shahid Fahmideh, du nom de l’écolier de 13 ans, volontaire du front, tué au 381ème jour de la guerre Iran-Irak. Ce réseau, directement responsable devant Khamenei et l’administration des centres nucléaires, est dirigé par Hossein Taeb, directeur du renseignement des Gardiens de la Révolution et ancien commandant de la milice Basijj, ainsi que par Mjtaba Khamenei, le fils du guide suprême.

Ces échanges de coups de feu ont été occultés par le régime des mollahs qui tient à ne pas dévoiler les tensions internes déchirant les éléments les plus fidèles au régime. La nervosité des dirigeants de la République Islamique tient à la fois à la crainte d'une attaque israélienne ou américaine, au fait que l'opposition n'a toujours pas été écrasée en témoigne une campagne de graffitis appelant à la destitution du dictateur Khamenei et de son homme de paille Ahmadinejad. Les arrestations «préventives» se multiplient et selon le «Street Journalist», les contrôles d’identité sont organisés sur les principaux axes routiers.

L'incident du 23 août illustre en tout cas l'opposition grandissante entre Khamenei et Ahmadinejad. Les services qui leur sont proches s’accusent mutuellement d’espionnage et de vente de secrets militaires. Reste à savoir si cette guerre intestine est un signe ou non de la déliquescence de la dictature islamique iranienne.

Jacques Benillouche

Photo: Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad passe en revue les troupes Morteza Nikoubazl / Reuters

 

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