France

Jacques Chirac, le mauvais compte de Paris

Thomas Legrand, mis à jour le 04.10.2010 à 22 h 07

L'UMP rembourse la mairie de Paris pour les emplois fictifs de l'ère Chirac... Le procureur requiert un non-lieu... Le procès tant attendu est vidé de sa substance et l'ex-Président s'en tire sans encombre.

Jacques Chirac en 2007. REUTERS/Jacques Brinon

Jacques Chirac en 2007. REUTERS/Jacques Brinon

Le parquet de Nanterre a requis un non-lieu en faveur de l'ancien président de la République dans la seconde affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Selon Philippe Courroye, «après avoir examiné les sept emplois pour lesquels M. Chirac a été mis
en examen pour prise illégale d'intérêt, le parquet constate qu'il n'y a pas d'éléments suffisant pour remettre en cause la bonne foi de M. Chirac». Si le juge d'instruction décide néanmoins de renvoyer Jacques Chirac en correctionnelle, cette affaire serait jointe au procès qui doit se tenir en mars 2011. Nous republions un article de Thomas Legrand paru à l'occasion de l'accord intervenu entre l'UMP, Jacques Chirac et la mairie de Paris.

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Bertrand Delanoë, le maire socialiste de Paris, est sur la défensive après les révélations sur l'accord passé entre la ville de Paris, Jacques Chirac et l'UMP sur le réglement de la facture des emplois fictifs. Il est convenu qu'elle sera remboursée aux trois quarts par le parti majoritaire et pour un quart par l'ancien président. Dans une déclaration à la presse, en marge de l'université d'été du PS à La Rochelle, Bertand Delanoë a déclaré «défendre les intérêts financiers et moraux des Parisiens. Je n'ai pas à me transformer en leader d'inquisition».

Jacques Chirac est poursuivi pour détournement de fonds publics et abus de confiance dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, et va ainsi rembourser la ville avant son procès.

Plus exactement: l’UMP va rembourser les trois quarts des 2,2 millions qu’ont coûté ces faux emplois aux contribuables parisiens, le reste, 550.000 euros, devrait être payé par Jacques Chirac lui-même. C’est un accord qui se dessine entre Bertrand Delanoë, le maire de Paris et les avocats de l’ancien Président. Vous payez ce que votre infraction a coûté à la ville et l’on retire la plainte. Du coup, tout le monde s’en tire à bon compte.

Bon pour tout le monde...

L’argument tout trouvé du côté de Bertrand Delanoë est du genre «le contribuable parisien rentre dans ses frais et l’on apaise les polémiques qui ont trop longtemps empoisonnées la vie politique de la capitale»… Du côté de Jacques Chirac, l’argument est déjà avancé. Les avocats de l’ancien Président affirment que leur client veut «apaiser une source de polémique». C’est évidemment un argument qui représente sans doute le summum du culot. Je rembourse ce que j’ai détourné pour apaiser une source de polémique! Cela revient à dire que le procès qui allait débuter à la fin de l’année et grâce auquel on espérait savoir exactement ce qui s’était passé et quelles ont été les responsabilités de chacun, est rabaissé au rang de «polémique». Nous payons, disent-ils pour éviter la polémique alors que les emplois n’étaient pas fictifs. De l’autre côté, ceux qui obtiennent ce remboursement, la mairie de Paris, peuvent dire: «Il paie, c’est un aveu de culpabilité». Au moment où le PS a tout intérêt à prouver qu’en matière de gouvernance et de transparence il n’a rien à voir avec la majorité actuelle qui ne donne pas vraiment une image exemplaire, l’accord secrètement négocié entre les avocats de la mairie de Paris et ceux du président est du plus mauvais effet.

... sauf pour le contribuable

Le bon côté de l’affaire, c’est que le contribuable s’y retrouve. La mairie de Paris est remboursée. C’est vrai, la mairie retrouve ses billes, mais ce n’est même pas une bonne affaire pour le contribuable, parce que les trois quarts de la somme sont versés par l’UMP et que les partis politiques sont très largement financés par des fonds publics. 70% en ce qui concerne l’UMP. Les sommes allouées à chaque mouvement politique sont en rapport avec leurs résultats électoraux. Donc, ce que paie l’UMP à la Mairie de Paris (sous réserve encore, n’oublions pas d’une acceptation de l’accord en conseil municipal) proviendra, en grande partie de fonds public… donc du contribuable. Le contribuable national aura remboursé le contribuable parisien pour que la «polémique cesse». Le procès, tant retardé sera donc vidé de tout intérêt et après une vie de slalom judiciaire, Jacques Chirac passe la dernière porte sans encombre grâce au soutien de l’Elysée (qui a fortement appuyé cet accord) et de la mairie de Paris!

Maintenant, il serait assez amusant et instructif de faire le procès d’un seul emploi fictif. Un emploi qui n’a matériellement pas pu exister mais pour lequel personne ne s’est jamais ému! Celui de Jacques Chirac lui-même… je ne prendrai l’exemple que d’une année de la vie politique de Jacques Chirac: 1979… En 1979, Jacques Chirac était à la fois maire de Paris (donc président du conseil de Paris, qui a rang de conseil général), député de Corrèze (à 500 kilomètres de là), président du conseil général de Corrèze et, il s’est présenté cette même année en tête de liste pour les élections européennes. Tous ces emplois à plein temps, bien sûr. Il n’a donc réellement rien été de tout ça, surtout que son vrai boulot à l’époque, c’était président du RPR.

Thomas Legrand

Article mis à jour le 4 octobre avec le non-lieu requis par Philippe Courroye.

Thomas Legrand
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