Economie

Le commerce, c'est toujours l'avenir

Daniel Gross, mis à jour le 26.08.2010 à 9 h 54

La mondialisation et le capitalisme ne sont pas solubles dans la crise. Pour les jeunes, le commerce international reste plus que jamais une des clés de l'avenir.

Le port de Melbourne Mick Tsikas / Reuters

Le port de Melbourne Mick Tsikas / Reuters

«Je n’ai qu’un mot à te dire», lance M. McGuire à Benjamin Braddock, incarné par Dustin Hoffman, dans Le Lauréat. «Rien qu’un mot: plastique». Quel conseil qui tienne en un mot pourrait bien prodiguer un entrepreneur chevronné à un étudiant fraîchement sorti de la fac ou d’une école? Chine? Inde? Hedge fund (aïe, ça fait deux mots!)? Pourquoi pas commerce?

A la mi-août, le ministère américain du Commerce a annoncé  que le déficit commercial des Etats-Unis avait enregistré une pointe de près de 50 milliards de dollars [39 milliards d’euros] au mois de juin. A la suite de quoi les prophètes de malheur se sont réveillés. Les importations, qui avaient explosé pour atteindre 200,3 milliards de dollars [156,5 milliards d’euros] en juin, n’entrent pas dans le calcul du Produit intérieur brut. Si de tels équilibres des échanges persistent, avertissent les pessimistes, ils risquent de contribuer à un ralentissement de la croissance.

Le commerce génère de l’expansion

On peut toutefois analyser les données des échanges commerciaux autrement. Sur ces deux dernières années, les chiffres des importations et des exportations ne semblent pas signaler une «seconde» récession – c’est-à-dire une nouvelle baisse du niveau de l’activité économique globale des Etats-Unis – mais au contraire une certaine expansion.

En juin 2010, les importations se situaient à 200,3 milliards de dollars [156,5 milliards d’euros] et les exportations à 150,5 milliards de dollars [122,2 milliards d’euros], soit des échanges de biens et de services totalisant 350,8 milliards de dollars. Sur le même mois de l’année précédente (juin 2009), les importations représentaient 155 milliards de dollars et les exportations 128 milliards de dollars; le total des échanges de biens et de services s’établissait alors à 283 milliards de dollars.

En d’autres termes, en juin dernier, le volume du commerce international américain avait augmenté de près de 24% en un an (les exportations et les importations ayant respectivement gagné 17,5 et 29%).

Bien que ces échanges soient loin de leur pic (en juillet 2008, alors que les exportations se situaient à 165 milliards de dollars et les importations à 232 milliards de dollars, le total mensuel approchait les 400 milliards de dollars), au cours de l'année 2010, le ralentissement de la croissance a donné de l’élan aux échanges commerciaux. Juin 2010, les exportations avaient augmenté de 5% par rapport à décembre 2009, les importations de 10,5%.

Un cercle vertueux

Ce volume en hausse du commerce – l’échange de flux croissants de marchandises et de services entre les Etats-Unis et l’étranger – profite à de nombreux secteurs. Les entreprises spécialisées dans le transport (par bateau, camion, train) ou la logistique ont toutes enregistré des résultats dépassant leurs attentes. Ce phénomène revitalise les marchés étrangers, créant ainsi un cercle vertueux: plus les Etats-Unis importent, plus les revenus de leurs partenaires commerciaux augmentent dans le monde, ce qui donne un coup de fouet aux exportations américaines. En effet, un plus grand nombre d’étrangers a les moyens d’acheter les produits fabriqués et commercialisés par les Américains.

Cet essor des échanges fait aussi du bien aux professionnels dont l’activité dépend directement de l’état du commerce, notamment les producteurs de denrées dont le cours est fixé par la demande mondiale: produits alimentaires, minéraux, métaux, pétrole, etc.

Bien que les exportations semblent toujours à la traîne, chaque jour qui passe, les sociétés américaines s’impliquent un peu plus dans l’économie mondiale. Tous les mois, General Motors (GM) vend autant de voitures en Chine qu’aux Etats-Unis. Même si cela n’a pas d’incidence sur les importations, le bilan de GM en bénéficie (ce qui stabilise, du même coup, les postes des cadres basés aux Etats-Unis).

Deux défis considérables

Pour les Etats-Unis, l’un des défis de taille consiste à relancer la demande nationale, encore faible. Les Américains remboursent leurs crédits, épargnent davantage et dépensent avec parcimonie. Après la crise, rien de vraiment étonnant… Mais un autre challenge est encore plus important. Les entreprises implantées aux Etats-Unis (PME et gros groupes) réussiront-elles à se procurer une part de la demande mondiale croissante? Pour rattraper leur retard, à moins de se délocaliser en Inde, au Brésil ou en Chine, le meilleur moyen est de miser sur le commerce. Je rappelle ce qui peut apparaître comme une évidence: faire du commerce avec nos amis et nos voisins ne suffit plus.

Dans le secteur de l’information, parallèlement aux initiatives visant à monétiser le «coup d’œil» des internautes aux Etats-Unis, les médias intelligents devraient aussi chercher à investir dans de nouvelles entreprises à l’étranger (Slate.fr est un bon exemple.)

Si Newsweek a connu bien des difficultés au niveau national, de nombreux médias étrangers ont acheté des droits pour pouvoir utiliser le nom et les contenus du magazine et en faire des versions locales en langue étrangère. Newsweek Pakistan  va bientôt être lancé. J’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi tous les groupes de presse américains ne mettent pas en place une stratégie commerciale agressive pour s’implanter profondément en Inde. De même, pourquoi les hôtels de luxe et autres formes d’hébergements haut de gamme ne s’efforcent pas d’attirer les Chinois (plus de 20% de la population mondiale!) qui ont les moyens et le désir de faire du tourisme aux Etats-Unis?

Les entreprises et les particuliers qui n’ont pas de stratégie pour exporter plus ou s’investir davantage dans les marchées étrangers, ou pour jouer un rôle dans le commerce international, laissent passer un énorme filon. 

D’où mon conseil, en un mot: commerce.

Daniel Gross

Traduit par Micha Cziffra 

Photo: Le port de Melbourne Mick Tsikas / Reuters

 

Daniel Gross
Daniel Gross (64 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte