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La «chaude-pisse» de retour en France

Jean-Yves Nau, mis à jour le 23.08.2010 à 12 h 21

Des dizaines de milliers de jeunes seront touchés en 2010: le préservatif n’est décidément plus à la mode.

Des préservatifs, à Shanghai. REUTERS

Des préservatifs, à Shanghai. REUTERS

Dépêche estivale et urgente datée du 19 août en provenance de  l’Institut national de veille sanitaire (InVS): les «infections à gonocoques» ne cessent de progresser en France. «Infections à gonocoques»? Parlons clair: il s’agit ici de «blennorragies», de  «gonorrhées» ou –pour parler plus familièrement encore– de la célèbre «chaude-pisse» tenue pour une maladie quasi-professionnelle du temps du service militaire  obligatoire. On peut le dire autrement: une infection des organes génito-urinaires  due à un  gonocoque, bactérie bien connu des services hospitaliers sous le nom de Neisseria gonorrhoeae. Dans tous les cas, une infection transmise via toutes les pratiques mettant en contact –de différentes manières– des muqueuses sexuelles avec d’autres  (y compris la sodomie et la fellation).

Extraits de la dépêche de l’InVS:

«Selon les résultats fournis à l’Institut de veille sanitaire par deux réseaux spécialisés dans la surveillance de ces infections, l’augmentation de ces infections s’est poursuivie entre 2008 et 2009 (+52%). Cette progression a été observée sur l’ensemble du territoire. Elle est légèrement moins importante en Ile-de-France (+38%) où on constate une augmentation chez les hommes (+44%) et une relative stabilité chez les femmes (-5%). Dans les autres régions en revanche, l’augmentation du nombre de cas (+54%) se vérifie à la fois chez les hommes (+51%) et chez les femmes (+75%).»

Affaire importante semble-t-il au vu des pourcentages annoncés. Mais encore? «Ces infections ne font pas l’objet d’une déclaration obligatoire. Et compte tenu de nos méthodes de recueil des données statistiques il nous est aujourd’hui encore bien difficile de donner des chiffres correspondant à des valeurs absolues, nous a expliqué le Dr Anne Gallay, coordinatrice du groupe “infections sexuellement transmissible” à l’InVS. Pour autant, toutes les données épidémiologiques convergent pour nous permettre de conclure à une augmentation constante et progressive. En pratique, cette infection concernera cette année plus de sujets que les années précédentes, dans tous les cas des dizaines de milliers de personnes.» 

Toujours selon la vigie nationale et sanitaire, la «chaude-pisse» touche  essentiellement des personnes  jeunes, le plus souvent des hommes: environ quatre-vingt cinq fois sur cent. Elle provoque chez eux de (très) douloureuses infections de l’urètre («urétrites»). Ces douleurs (sensation d’uriner «via des lames de rasoir») font que le diagnostic est chez eux relativement facile et rapide. Il n’en va pas de même chez les femmes, où l’infection évolue durablement de manière masquée, insidieuse et d’autant plus redoutable. En théorie, le traitement par antibiotique est simple et efficace, du moins si le médecin prend en considération l’émergence de plus en plus fréquente des phénomènes de résistance de la bactérie aux antibiotiques visant à la détruire. Non  traitée, cette infection  peut, au fil du temps, être à l’origine de complications graves.

Mais encore? Il n’y aurait là qu’un chapitre parmi tant d’autres de l’évolution des maladies infectieuses si ces chiffres ne constituaient un très fidèle témoin de l’évolution des comportements sexuels à risque; témoin qui dépasse la seule blennorragie.  Car la «chaude-pisse» n’est jamais, pour reprendre les termes de la dépêche de l’InVS, rien d’autre que la conséquence d’un «rapport non protégé avec un partenaire occasionnel ou avec des partenaires multiples». Aussi «l’usage du préservatif est-il le meilleur moyen d’éviter une éventuelle contamination par le gonocoque». Ces nouvelles données chiffrées viennent compléter celles concernant l’augmentation du nombre des cas, en France, de syphilis.

Dans les pays encore qualifiés d’«industriels» et depuis une dizaine d’années, le sida n’est plus –à juste titre– perçu comme une maladie mortelle mais comme une affection d’évolution chronique. De ce fait, les messages préventifs concernant le recours (en tant que de besoin) au préservatif masculin  sont de moins en moins diffusés; le seraient-ils qu’ils risqueraient d’être de moins en moins audibles.

Interrogé en janvier 2009 sur la question de la –future– pandémie grippale, le sociologue Michel Setbon nous répondait, prophétique, dans les colonnes du Monde:

«Plutôt que de n'être que les amplificateurs d'annonces catastrophiques, les journalistes gagneraient en efficacité à éclaircir, traduire et rendre compréhensibles par le public des messages trop souvent imprécis, contradictoires et confus (…). Par exemple: quand et à partir de quel événement  le public devra-t-il modifier ses comportements pour se protéger? Quelles sont, parmi les nombreuses mesures protectrices envisagées, celles qui auront le plus d'efficacité pour les individus et pour la collectivité? Bref, poser de bonnes questions.»

Dont acte. Mais les sociologues sont-ils encore audibles ?

Jean-Yves Nau

Photo: Des préservatifs, à Shanghai. REUTERS

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