Monde

Les éoliennes, autant en emporte le vent

Slate.com, mis à jour le 21.08.2010 à 9 h 30

Les Etats-Unis devraient arrêter de subventionner cette énergie sur laquelle on ne peut pas compter.

Un champ d’éoliennes au Colorado. REUTERS/Rick Wilking

Un champ d’éoliennes au Colorado. REUTERS/Rick Wilking

Dans le Texas, on fait les choses en grand, et rien n'échappe à la règle, pas même le vent. C'est en effet l'Etat américain le plus prolixe en énergie éolienne, pouvant ainsi produire environ 9.700 megawatts. (À peu près l'équivalent de la production éolienne installée en l'Inde) Les contribuables texans paient aujourd'hui 4 dollars de plus par mois sur leur facture d'électricité (environ 3,12 euros) afin de financer les quelques 3.700 kilomètres de câbles électriques tout neufs qui servent à transporter le courant généré par les éoliennes situées en zone rurale jusqu'au coeur des villes.

Mais aujourd'hui, les citoyens de cet Etat devraient demander à se faire rembourser. Pourquoi? Parce qu'en périodes de fortes chaleurs –et dieu sait qu'il peut faire sacrément chaud au Texas– les contribuables texans ne peuvent pas compter sur cette énergie éolienne. Le 4 août dernier, vers 17h, la demande électrique de l'Etat a battu un record avec 63.594 megawatts. Mais si l'on en croit l'opérateur du réseau électrique de l'Etat (l'Electric Reliability Council of Texas, ou ERCOT), les turbines des éoliennes ne produisaient qu'environ 500 megawatts au pic de la demande, et alors que le prix de l'électricité était au plus haut.

Autrement dit, au moment où ils en avaient le plus besoin, les Texans ne pouvaient compter que sur 5% de la capacité éolienne installée de leur Etat. Ils peuvent bien se vanter de la taille de leurs fermes éoliennes, il n'empêche qu'avec tout l'air chaud du Texas, elles n'ont réussi qu'à produire 0.8% de la demande électrique de l'Etat lorsque celle-ci culminait.

Le vent, ce n'est pas fiable

Pourquoi le Texas arrive-t-il à tirer si peu de jus de ses éoliennes quand la demande s'emballe? Pour une raison simple: s'il fait si chaud au Texas l'été, c'est parce qu'il n'y a pas de vent. Les gradients de pression –les différences de pression atmosphérique entre deux points géographiques– sont largement responsables de la vitesse du vent près de la surface de la Terre. Plus les différences de pression sont grandes, plus le vent souffle. Pendant les canicules, ces gradients sont souvent au minimum; résultat, des turbines éoliennes qui ne tournent pas.

N'allez pas croire que l'énergie produite le 4 août est une aberration; l'ERCOT avait prévenu depuis longtemps: en 2007, l'opérateur a déterminé qu'«au cours des pics de demande des douze prochains mois, on ne pourra compter que sur 8,7% de la capacité éolienne installée». Rebelote en 2009 avec le même chiffre, 8,7%.

L'incorrigible versatilité du vent n'est pas l'apanage du Texas; rappelez-vous les problèmes d'énergie éolienne liés au froid intense qui ont touché l'Angleterre l'hiver dernier. Au mois de janvier, le Daily Telegraph écrivait que les températures glaciales s'accompagnaient également d'«une absence de vent qui signifie que sur les habituels 5%, seulement 0,2% de l'électricité du Royaume-Uni» était générée par le vent.

Il est crucial de comprendre ce manque de fiabilité du vent, au moment même où les principales infrastructures  américaines s'effondrent, désespérément à la recherche de nouveaux investissements. En juin dernier, le Government Accountability Office publiait un rapport où il déclarait que «les collectivités auront besoin de centaines de milliards de dollars dans les années à venir pour construire et moderniser les infrastructures de traitement des eaux usées». Ajoutez à cela les routes, les barrages, les ponts, les gazoducs et oléoducs, les transports en commun, et vous comprendrez rapidement que l'engouement des hommes politiques pour l'énergie éolienne ne fait que détourner l'argent de projets qui méritent un réel investissement et qui sont bien plus importants aux yeux du public.

Imaginez qu'une société propose de construire un pont à Minneapolis, ou dans n'importe quelle autre grande ville des États-Unis, et qui coûterait, disons, 250 millions de dollars (195 millions d'euros). La route serait étudiée pour faire circuler des milliers de voitures par jour, mais il y a un hic: aux heures de pointe, la voie principale serait fermée, le pont laisserait alors les automobilistes n'exploiter que 5 voire 10% de sa capacité totale. Si un tel scénario se produisait, la réaction indignée des habitants ne se ferait pas attendre.

Comment stocker?

C'est exactement le problème auquel nous sommes aujourd'hui confrontés avec l'énergie éolienne. La vérité, c'est que ces imposantes turbines –même si elles séduisent certains partis politiques– sont tout simplement trop nombreuses dans notre réseau tentaculaire de distribution de l'électricité. Elles ne remplacent pas et ne remplaceront jamais les centrales à charbon, au gaz, ou bien (mes préférées) nucléaires.

Malgré tout cela, les lobbyistes pro-éoliennes ont fait mouche en parvenant à convaincre le public et –plus important encore– les politiciens que l'énergie éolienne représente la voie de l'avenir. Aujourd'hui, plus de 30 Etats ont mis en place des règles qui exigeront une augmentation spectaculaire de la production d'énergie renouvelable au cours des prochaines années. Et c'est le vent qui devra fournir la plus grosse partie de cette électricité, puisqu'il s'agit de la seule énergie renouvelable qu'on peut installer rapidement et à grande échelle pour répondre aux exigences d'un mandat.

Les problèmes posés par l'intermittence du vent pourraient être rapidement résolus si seulement nous avions un moyen extrêmement peu coûteux de stocker de grosses quantités d'énergie. Si seulement. Cette question du stockage à grande échelle donne du fil à retordre aux inventeurs depuis des siècles. De nos jours, même les meilleures batteries sont trop encombrantes, trop chères, ou bien trop capricieuses. Certaines solutions, comme le stockage d'énergie par air comprimé ou les réserves d'eau pompée, sont viables, mais ce sont, à l'instar des batteries, des technologies coûteuses. Et même si les coûts dégringolaient, faisant donc du vent une source énergétique réellement viable, qui paierait la facture?

Une analyse objective des coûts élevés de l'énergie éolienne et de sa maigre contribution à nos besoins en électricité est urgente en ces temps de crise. Malgré une santé financière nationale peu encourageante, et malgré le fait que le secteur de l'énergie éolienne, grâce à son crédit d'impôt de 0,022 dollar (0,017 euro) par kilowatt-heure produit, reçoive une subvention à hauteur de 6,40 dollars (4,99 euros) par million de Btu (1 Btu=1.054-1060 joules) produit –une subvention 200 fois supérieure à celle reçue par le secteur du pétrole et du gaz, selon l'Energy Information Administration– les lobbyistes pro-énergie éolienne en demandent toujours plus. Le 27 juillet dernier, l'American Wind Energy Association (Ndt: l'Association américaine de l'énergie éolienne) publiait un communiqué exhortant à la création d'un mandat fédéral pour l'électricité renouvelable, et où ils déploraient également la chute spectaculaire du nombre d'éoliennes construites au cours du deuxième trimestre par rapport à 2008 et 2009. La présidente de ce lobby, Denise Bode, a déclaré que «l'industrie éolienne américaine est en détresse».

Heureux de l'entendre. Il est grand temps que nous arrêtions de dépenser autant d'argent dans le vent.

Robert Bryce
Chercheur au Manhattan Institute, son dernier ouvrage: Power Hungry: The Myths of «Green» Energy and the Real Fuels of the Future

Traduit par Nora Bouazzouni

Photo: Un champ d’éoliennes au Colorado. REUTERS/Rick Wilking

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