Economie

Comment savons-nous que l'économie chinoise a dépassé celle du Japon?

Joshua Keating, mis à jour le 20.08.2010 à 5 h 44

Parce que les Chinois le disent.

Echafaudages dans la province chinoise de Anhui Jianan Yu / Reuters

Echafaudages dans la province chinoise de Anhui Jianan Yu / Reuters

Le 16 août 2010, l’économie mondiale a franchi une étape historique: la Chine est devenue la deuxième économie de la planète, dépassant le Japon, tenant du titre depuis plus de quarante ans. Le nouveau statut économique de la Chine est devenu officiel lorsque le gouvernement japonais a annoncé qu’après un trimestre marqué par le ralentissement de son activité, le Produit intérieur brut (PIB) annuel du pays s’élevait à environ 1 280 milliards de dollars, soit un peu moins que celui de la Chine (1 330 milliards de dollars). Mais la méthode de calcul du PIB est-elle la même dans tous les pays?

En théorie, oui. Et ce via le System of National Accounts (SNA), une série de directives élaborées par les Nations unies, la Commission européenne, le Fonds monétaire international (FMI), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Banque mondiale.

Ce système se fonde sur deux méthodes principales.

La première implique une estimation de la production. On calcule donc la valeur des biens produits par toutes les entreprises du pays, la valeur ajoutée de la fonction publique, et – tout particulièrement dans les pays en voie de développement – la valeur des biens produits pour la consommation personnelle: les récoltes issues de l’agriculture vivrière, par exemple. Mais attention: le PIB ne prend pas en compte l’ensemble des richesses. Si vous bâtissez une nouvelle maison, cette dernière sera considérée comme une valeur ajoutée. Mais si votre maison prend de la valeur, vous en serez le seul bénéficiaire, et le PIB de votre pays n’en sera pas modifié. Bien entendu, les entreprises ont tout intérêt à gonfler leurs bénéfices; il est donc parfois difficile de faire correspondre chiffres et réalité.

La seconde méthode implique que l’on évalue les dépenses de consommation des ménages d’un pays donné. Une grande partie des données s’appuient alors sur des sondages; ce système présente donc lui aussi quelques problèmes. Les personnes interrogées ont par exemple tendance à revoir à la baisse certaines de leurs dépenses (alcool, cigarettes…).

En général, cependant, les deux séries de chiffres sont proches – et en agrégeant les résultats obtenus  à l’aide de ces deux méthodes, on peut se faire une assez bonne idée de la taille de l’économie du pays concerné.

Certains remettent en question l’utilité du PIB: ils font valoir que les fluctuations monétaires rendent peu fiables les comparaisons entre pays. Selon les chiffres de la parité du pouvoir d’achat – qui établit une comparaison entre pays du prix absolu d’un «panier de la ménagère» – la Chine aurait en fait dépassé le Japon il y a déjà… dix ans.

Il faut savoir que la plupart des pays disposent de leur propre institut statistique chargé de suivre l’évolution de la croissance économique et de calculer le PIB (aux Etats-Unis, c’est le Bureau of Economic Analysis, rattaché au département du Commerce). En revanche, nombre de pays en voie de développement n’ont pas toujours les moyens de réunir toutes ces informations (il arrive souvent qu’une partie de la population ne déclare pas ses revenus); ils demandent donc souvent l’aide d’une organisation internationale (le FMI, par exemple).

Les chiffres du PIB des pays européens sont vérifiés par Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne, et ce pour une simple raison: le PIB d’un pays détermine le montant de sa contribution au budget de l’UE. On a ainsi découvert cette année que la Grèce et l’Irlande avaient sous-évalué leurs ratios dette/PIB afin de minimiser la gravité de la crise les concernant.

Dans la plupart des pays, en revanche, aucune autorité super-étatique ne vient vérifier les calculs effectués par les offices statistiques nationaux pour s’assurer qu’ils suivent bien les directives du SNA; les économistes internationaux doivent donc souvent s’en remettre à la bonne foi des Etats concernées. Personne ne remet en question le nouveau statut de la Chine, mais ce pays a souvent été suspecté de falsifier certaines données. La Chine n’appartient pas à l’OCDE, mais elle coopère avec l’organisation pour élaborer des statistiques qui respectent les directives du SNA.

Ces directives sont actualisées de temps à autre. L’édition la plus récente date de 2008; pour l’heure, elle n’est appliquée qu’en Australie. Elle a récemment été amendée: les investissements des entreprises dans le secteur recherche et développement sont désormais considérés comme des valeurs ajoutées. Ce qui signifie qu’au fur et à mesure que ces nouveaux critères seront adoptés (sans doute au cours des quatre années à venir), un bon nombre de pays verront leur PIB faire un bond de 1%. Une façon comme une autre de stimuler la croissance…

Joshua E. Keating

Traduit par Jean-Clément Nau

Photo: Echafaudages dans la province chinoise de Anhui Jianan Yu / Reuters

Joshua Keating
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