Life

Le football a des hauts et des bas, pas les figurines Panini

Yannick Cochennec, mis à jour le 23.08.2010 à 10 h 36

Plus de 150 millions de vignettes ont été vendues en France l'an dernier. Le succès ne s'est jamais démenti depuis le lancement en France en 1976 du célèbre album.

Des autocollants Panini sur un ordinateur Pascal Lauener / Reuters

Des autocollants Panini sur un ordinateur Pascal Lauener / Reuters

Avec l’ouverture des championnats de France de Ligue 1 et de Ligue 2, le football s’est remis en scène. Enfin, diront certains. Déjà, répondront les autres. L’opportunité pour le sport n°1 de reprendre la main, ou plutôt pied, après le fiasco des Bleus au mondial sud-africain. L’occasion pour le ballon rond de se montrer généralement sous son meilleur jour dans des enceintes souvent pleines.

Dans la douceur des soirées du mois d’août, le public en vacances a le temps, en effet, d’aller au stade en famille, à la fois avide de découvrir les nouveaux maillots de leurs équipes préférées et de jauger surtout les nouvelles recrues pleines d’énergie en ce début de saison. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les ventes de L’Equipe, en août, sont traditionnellement les meilleures de l’année pour le quotidien sportif qui recrute des acheteurs occasionnels coupés d’Internet sur leur lieu de villégiature et désireux de prendre des nouvelles de leurs onze favoris.

Pour le football, ce milieu d’été correspond également au temps des photos officielles, prises sous un beau soleil et avec un maillot flambant neuf. Ces clichés qui couvriront les murs des chambres des passionnés sous la forme de posters et garniront, en décembre prochain, à sa sortie, le célèbre album Panini auquel tout jeune mordu de football pense inévitablement quand démarre une nouvelle saison comme celle-ci. Le premier album Panini publié en France date de 1976, période magique des Verts de l’AS Saint-Etienne, finaliste de ce qui ne s’appelait pas encore la Ligue des Champions mais la Coupe d’Europe des clubs champions.

L’an dernier, près de 3,8 millions d’albums ont été écoulés en France, gratuitement pour 3,5 millions d’entre eux sous la forme notamment de suppléments dans plusieurs quotidiens de la presse régionale. En 2010, les vignettes, bien payantes elles, se sont encore arrachées à environ 150 millions d’unités, soit 30 millions de pochettes de cinq stickers, une pochette étant vendue 0,50€ chez les marchands de journaux qui restent la principale source d’approvisionnement des aficionados dont les plus jeunes ont en moyenne 6 ans. La cour de l’école primaire reste, en effet, le premier «marché» où s’échangent les vignettes.

Depuis 35 ans, le succès ne se dément pas. Parmi la vingtaine d’albums autocollants édités chaque année par Panini, celui de la Ligue 1 et de la Ligue 2 demeure un best-seller dont le record reste la saison 2006-2007 avec 65 millions de pochettes achetées, soit 325 millions de stickers.

Le prochain album Foot 2011, qui sera riche de 112 pages et de quelque 600 photos, est en cours de préparation et sera bouclé à la mi-octobre avant l’impression à Modène, en Italie, et la mise sur le marché en décembre. «La phase la plus active de la production de cet album se situe entre début septembre et la mi-octobre, indique Isabelle Fillon, chef de marché collectibles chez Panini depuis les bureaux français de la marque à Saint-Laurent du Var. Mais les photos ont commencé à être faites dès les matches amicaux de l’été et suivront l’évolution du mercato jusqu’à son terme avant que ne soit donné le bon à tirer de l’album.»

Pour les clichés, ces portraits des joueurs qui composeront l’album, Panini est en contrat avec des agences photographiques spécialisées, mais négocient aussi directement avec les clubs en collaboration avec l’Union Nationale des Footballeurs Professionnels (UNFP) et la Ligue de Football Professionnel (LFP) qui récupèrent les royalties.

Tous ceux qui ont eu, un jour, un album Panini entre les mains ont toujours eu un sentiment: que certaines images étaient plus introuvables que d’autres et donc très difficiles à dénicher et à échanger dans les cours de récréation. Comme si Panini éditait certaines vignettes en plus petites quantités afin de créer une rareté dans le but de susciter la vente. Isabelle Fillon balaie cette croyance, mais reconnaît que les vignettes représentant les écussons des clubs, plus luxueuses et fabriquées différemment des autres stickers de manière à leur donner un aspect plus brillant et plus éclatant, sont, elles, moins diffusées.

Pour tous les collectionneurs, qui ne sont pas toujours en culottes courtes car nombreux sont les adultes à répertorier fiévreusement les albums depuis plus de 30 ans, la marque a mis un site Internet à leur disposition pour leur permettre de récupérer les pièces manquantes et compléter ainsi leurs albums. Sans oublier les forums de discussions dédiés à cette véritable passion.

Passion qui, elle, a dépassé les inventeurs de ces petites vignettes. Car tout a commencé, en effet, de façon bien artisanale à Modène, en Italie, à la fin des années 50 quand Giuseppe et Benito Panini, deux frères, marchands de journaux par le biais de leur réseau Agencia Distribuzione Giornali Fratelli Panini, se sont rendu compte que les enfants adoraient collectionner les photos de footballeurs trouvées dans les tablettes de chocolat. Pour mieux vendre leurs journaux, ils eurent donc l’idée d’en glisser une au cœur de chaque quotidien après avoir récupéré un stock de ces images à Milan. Un triomphe.

Forts de leur découverte commerciale, ils rebondirent alors sur un autre concept avec la création d’un premier album, baptisé Calciatori, sorti en 1961 en hommage au Calcio, le championnat italien. Il s’agissait alors de vignettes en carton qu’il fallait coller avec un tube de colle, le système adhésif n’apparaissant que dix ans plus tard.

L’engouement a été immédiat et tel dans la région de Modène qu’Umberto et Franco, les deux autres frères de la fratrie Panini, n’ont pas tardé à rejoindre l’aventure familiale devenue au fil des ans un véritable succès industriel. Quarante ans plus tard, Panini emploie plus de 700 personnes et trois usines tournent à plein régime dans le monde, en Italie, au Brésil et aux Etats-Unis, dernier marché porteur grâce au contrat récemment signé avec la NBA pour la commercialisation de cartes représentant les joueurs de basket de la ligue américaine. Pour la première fois, Panini vient même de faire affaire avec le Comité International Olympique et devrait donc sortir un album à l’occasion des Jeux de Londres en 2012.

Pour revenir au football, un milliard de pochettes, soit cinq à six milliards de vignettes, sont éditées, chaque année, à travers le monde sachant que chaque Coupe du Monde fait, elle aussi, l’objet d’un album depuis 1970. Les frères Panini, qui ont évidemment fait fortune grâce à leur magnifique idée, ont vendu leur affaire à Robert Maxwell à la fin des années 80. Après, ils sont restés des éditeurs et des collectionneurs passionnés. Avant de décéder en 2007, Franco s’était ainsi spécialisé dans l’édition de beaux livres. Quant à Umberto, il a ouvert le musée Panini à Modène, un musée privé qui expose tous les modèles, souvent uniques, d’une autre marque historique de la ville, Maserati…

Yannick Cochennec

Photo: Des autocollants Panini sur un ordinateur Pascal Lauener / Reuters

 

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