Economie

Information financière: qui croire?

Gérard Horny, mis à jour le 18.08.2010 à 12 h 44

Les agences de notation ont mauvaise presse et la presse elle-même est suspecte. Faut-il alors chercher les informations en Chine?

Le parquet de la Bourse de Shanghai Aly Song / Reuters

Le parquet de la Bourse de Shanghai Aly Song / Reuters

Si vous étiez en vacances au mois de juillet, l’information vous a sans doute échappé: une agence de notation chinoise, Dagong International Credit Rating Company, est venue piétiner les plates-bandes des trois grandes agences de notation existantes (Standard & Poor's, Moody's et Fitch). Elle a publié pour la première fois les notes qu’elle attribue aux emprunts émis en monnaie locale ou en devises par cinquante pays représentant environ 90% de l’économie mondiale. La nouvelle a été reprise par toute la presse internationale dans les jours qui ont suivi et, depuis un mois, c’est de nouveau le silence. Il faut dire que l’agence Dagong ne s’est guère manifestée ensuite, si ce n’est en publiant le 6 août une note de 19 pages précisant sa méthodologie. Mais là où l’affaire devient vraiment intéressante, c’est que des financiers n’ont pas oublié l’événement et s’affichent désireux d’en savoir plus sur Dagong, ses méthodes de travail et les conclusions auxquelles aboutissent ses analystes.

Un cercle jusque-là fermé

«L’oligopole» des trois grandes agences en place, pour reprendre une expression de Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, va-t-il être battu en brèche? Il est beaucoup trop tôt pour l’affirmer et il n’est pas certain qu’une agence d’origine chinoise puisse vraiment inspirer confiance aux financiers de New York, Londres ou Tokyo. Mais la crise financière a laissé des traces. Les liens étroits entre ces agences et les établissements financiers qui montaient des produits structurés hautement toxiques, leur rôle dans l’aggravation de la crise budgétaire traversée par certains Etats européens, tout cela conduit beaucoup d’investisseurs à vouloir réduire leur dépendance à l’égard de ces institutions. Cela est vrai aux Etats-Unis où la réforme de la régulation financière doit conduire à réduire le rôle des agences de notation, mais cela l’est encore davantage en Europe continentale où l’on se méfie des influences anglo-saxonnes. Le fait que le groupe français Fimalac dirigé par  Marc Ladreit de Lacharrière ait pris le contrôle de la troisième et la plus petite de ces trois agences en 1997 n’y change rien: Fitch est une agence américaine et sa fusion avec l’agence anglaise IBCA détenue aussi par Fimalac la conduit simplement à avoir deux sièges sociaux, l’un à New York, l’autre à Londres.

La grogne des investisseurs est d’autant plus forte que la presse anglo-saxonne a joué aussi un rôle trouble dans la dernière crise des emprunts d’Etat en Europe: la Grèce notamment a souffert à plusieurs reprises d’informations publiées à Londres qui se sont révélées complètement fausses, sans aucune explication ni excuse. Que l’information financière soit manipulée par certains gros intervenants est une hypothèse de plus en plus souvent envisagée par des investisseurs qui sont loin d’être des adversaires du capitalisme. Alors, que le jeu de l’information s’ouvre à de nouveaux acteurs leur semble salutaire.

Quelles différences?

Question à un million de yuans: le salut peut-il venir de Chine? Les rapports du gouvernement chinois avec l’information laissent évidemment planer quelques doutes… Les travaux de l’agence Dagong ont un mérite: ils tranchent avec le discours habituel. Sur les 50 notes distribuées par ses soins, 23 sont très voisines de celles attribuées par Moody’s, Standard & Poor's et Fitch, et 27 sont sensiblement différentes. Mais ces différences sont pour le moins troublantes. Dans 9 cas, Dagong attribue des notes sensiblement plus élevées que celles des trois grandes agences: comme par hasard, ces neuf pays sont tous des pays émergents et celui qui bénéficie de la note la plus élevée est la Chine… Dans les 18 autres cas, la note donnée par Dagong est plus sévère, et là il s’agit majoritairement de pays développés. Les Etats-Unis perdent leur AAA et se retrouvent au 13° rang, derrière la Chine (10e) et un peu devant le Japon, le Royaume-Uni et la France, qui occupent respectivement les 15e, 16e et 17e rangs.

Les arguments paraissent solides: les bonnes notes attribuées aux pays émergents reflètent leur dynamisme économique et leur capacité à accroître dans le futur la richesse taxée. Le cas de la Chine est significatif: sur les sept premiers mois de cette année, les recettes fiscales du gouvernement central et des gouvernements locaux sont en hausse de 25,7 % par rapport à la même période de 2009.  Mais il ne faut pas oublier que nous sommes en phase de reprise: sur les six premiers mois de l’année, l’Etat français a aussi vu ses recettes fiscales bondir de 20,5 % par rapport à 2009…

Dagong affirme travailler uniquement sur la base de critères objectifs, à la différence des agences occidentales qui, comme l’a affirmé son président, sont politisées et très idéologiques…  Cette dernière remarque est pertinente: il est fort probable en effet que les experts des trois grandes agences n’ont pas un jugement parfaitement neutre sur les questions budgétaires, qui sont au cœur même de tous les débats de politique économique depuis Keynes. Quand au fait que l’agence Dagong soit un modèle d’objectivité... c'est une autre histoire.

Gérard Horny

Photo: Le parquet de la Bourse de Shanghai Aly Song / Reuters

 

 

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